‹ Souvenirs, 1848-1878Chapitre 9 sur 10 · FONDATION DE LA RÉEJUBLIQ(JE · texte numérisé non relu

FONDATION DE LA RÉEJUBLIQ(JE

contre 352 ', l'amendement Wallon, ainsi conçu : « Le Président de la République est élu pour sept ans... » Ce n'était plus le maréchal de Mac-Mahon personnellement, c'était le « Président de la République », en général, qui était élu pour sept ans. Dès lors, la forme républicaine du gouvernement se trouvait légalement reconnue. L'habileté des républicains de l'Assemblée avait eu un puissant auxiliaire dans l'opinion publique, que cet éternel provisoire énervait, et dont la pression détermina de bons citoyens, tel M. Wallon, à faire pencher la balance. Le soir du vote, on illumina dans les bureaux de la République française. Mais M. Gambetta, d'ordinaire si optimiste, nous dit : « Calmez-vous, mes amis ; nous arriverons, mais il y a encore bien des difficultés à surmonter. »

Il voyait juste. Car l'année 1875 tout entière se passa en oscillations, en remous, dont quelques-uns nous inspirèrent de vives inquiétudes. Cette Assemblée agonisante ne pouvait pas se résigner à mourir. De temps en temps, elle avait des sursauts de vie qui semblaient reculer indéfiniment le jour de sa disparition. Après avoir, par 425 voix contre 254, voté l'ensemble de la loi sur l'organisation du pouvoir exécutif, elle se détourna de son œuvre; elle ajourna l'organisation du Sénat et la loi qui devait

1. Par une ironie des choses, les monarchistes les plus déterminés avaient dit quelque temps auparavant : « Nous ferons la monarchie, fût-ce à une voix de majorité. »

fixer les rapports entre les pouvoirs publics. La France possédait une moitié de Constitution et ne pouvait obtenir l'autre moitié. Situation bizarre et intolérable pour un grand pays. On marchait sur de frêles bases entre lesquelles régnait le vide.

Néanmoins, de notables changements survenaient dans le personnel gouvernemental. L'ordre moral s'estompait à l'horizon. Au mois de mars, un ministère semi-libéral se forma sous la direction de M. Buffet : il comprenait MM. Decazes, Dufaure, Léon Say, Wallon. L'apparition de ces noms faisait pressentir la fin du provisoire. Ce qui importait plus encore, c'était l'avènement du duc d'Audiffret-Pasquier à la présidence de l'Assemblée, en remplacement de M. Buffet. Assurément cet homme politique n'était pas des nôtres; royaliste convaincu, il avait ardemment souhaité la fondation d'une monarchie constitutionnelle. Mais ses qualités morales rassuraient. Loyal avant tout, il n'aurait jamais permis que sa haute magistrature abritât des manœuvres louches. Simple député , libre de son action, il pouvait être dangereux pour la République ; président, il était pour elle une garantie.

Enfin, entraînée par la force des choses, l'Assemblée vota l'ensemble des lois constitutionnelles et fixa la date de sa séparation au 31 décembre 1875. Elle avait vécu près de cinq années, alors qu'elle n'avait été élue que pour conclure la paix et préparer de nouvelles élections, moins hâtives et plus réflé-

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