LE CLOITRE D'ARLES
Que de palais couverts de ronces et d'épines! Que de débris sur terre, hélas! que de tombeaux! Là-bas l'amphithéâtre aux immenses ruines, Ici le cloître sombre avec ses vieux arceaux.
Le temps n'a pas encor détruit les colonnades. Un gazon desséché recouvre le préau.
La lune aux tons d'opale éclaire les arcades ; .Mais où donc étes-vous, moines au blanc manteau ?
L'écho m'apporte-t-il le son de vos cantiques, Tantôt joyeux, tantôt plus tristes que la mort ? Où donc est l'orgue saint et ses concerts mystiques? Le vent se tait. Au loin tout repose et tout dort.
8') soivi;niks
Dieu ! que d'infortunés vinrent à cet asile Pour rafraîchir un cœur desséché par les maux, Et, demandant la paix à ce cloître tranquille, Ne purent la trouver qu'au fond de leurs tombeaux!
Que de rêves d'amour, dans ce lieu de mystère, Se sont évanouis au sein de la douleur! Que d'espoirs envolés!... et j'inscris sur la pierre Le doux nom que l'amour a grave dans mon cceur.
Ma vie a maintenant le charme de l'aurore. Mon âme a la fraîcheur de l'ombre des lilas. Je suis jeune, je crois, j'aime, j'espère encore. Remords et désespoir, je ne vous connais pas.
Et même dans ce lieu que la mort seule habite, Où chantent sourdement les oiseaux de malheur, Où la triste ruine à la tristesse invite, Je me sens animé d'un souftle de bonheur.
Mais de ces jours d'espoir, d'allégresseet de fête, Garderai-je autre chose, hélas! qu'un souvenir? Tout s'efface. Au beau temps succède la tempête, Et le sombre ouragan gronde après le zéphyr.