LE C L O IT R L; D'ARLES
Encore un peu de temps, encor quelques années, Cloître, et sous tes arceaux seul je retournerai. Et, repassant en moi mes jeunes destinées, Je resterai pensif, et je me souviendrai
Du temps où, parcourant un sentier plein de roses, Je rêvais la vertu, tout en rêvant l'amour, Cueillant surmon chemin des fleurs à peine écloses, .M'en couronnant le front, et chantant nuit et jour.
Souvent vous promenant dans ce corridor sombre, Moines, il vous semblait, la nuit, apercevoir Une image adorée, et vous voyiez dans l'ombre Celle que vous pleuriez le matin et le soir.
Ainsi lorsque aura fui ma rapide jeunesse, Debout, sur les débris de ma félicité, yuand je me souviendrai de mes beaux jours d'ivresse, Comme un pâtre en hiver se souvient de l'été,
Ici, je reverrai, de même que des songes, \'oltiger les objets de mon ancien bonheur. Et j'entendrai l'écho des gracieux mensonges Dont les voix de sirène avaient bercé mon cœur.
NOTRE-DAME DE LA GARDE
NOTRE-DAME DE LA GARDE
C'est l'heure où la fraîcheur de la nuit dure er>core. L'astre au front argenté va pâlir, et l'aurore
Rendra roses les deux.
Partons I Un doux zéphyr a rajeuni la terre, Et gravissons, avant qu'ait paru la lumière,
Le mont silencieux.
Matelots, je veux voir votre église chérie, Oui, je veux, comme vous, de la vierge Marie,
Invoquer la bonté, Et, sur le noir rocher de la rude colline, Saluer, ce matin, la croix d'or qui domine
La mer, l'immensité.
Toi qui pendant la nuit conduis les blanches voiles, Toi qui fais scintiller la clarté des étoiles
A l'œil des matelots, Ton sourire, ô Marie, apaise les orages, Et les vaisseaux légers abordent aux rivages,
Que respectent les Ilots.
Que de fois, implorant ta bonté tutélairc, Des mères pour leur fils ont, en ce sanctuaire,
Versé longtemps des pleurs !
Et que de fois, Marie, exauçant leur prière. Tu sauvas leurs enfants, toi qui sais d'une mère
La joie et les douleurs !
La lune au sein des airs s'efface et s'évapore. Lîne clarté blanchâtre apparaît et colore
La nature au réveil.
Un globe lumineux sort du ciel. Quelle vue! Quels splendides rayons, quelle immense étendue !
Salut à toi, soleil!
0 moment solennel! 0 quart d'heure d'ivresse ! Salut, salut à toi, nature enchanteresse. Air frais et radieux !
NOTRE-DAME" DE LA GARDE 93
En voyant la lumière et ses mille étincelles, Le cœur s'épanouit, et l'âme prend des ailes Pour voler dans les cieux.
La ville s'élendant en vaste amphithéâtre, Les rayons du soleil au feu vif et rougeâtre,
Les rapides vaisseaux, Oui, venant chaque jour de tous les points du monde, Semblent se reposer, majestueux sur Tonde,
Comme les rois des eaux ;
Dans le lointain, les monts à la crête brillante, Qu'éclaire du matin la llamme étincelante
Sous le firmament d'or, Et l'oiseau, dont la voix rajeunit la nature, S'élançant tout à coup du sein de la verdure
En un joyeux essor;
Et puis à l'horizon la mer, la mer immense, Qui fait, par son azur et par sa transparence,
Pâlir le firmament, Et les flots argentés qu'aucun souffle ne ride Réfléchissant le ciel dans une onde limpide,
.Miroir de diamant ;
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Ces merveilles de Dieu, ces mille et mille flammes, Ces sites enchanteurs qui remplissent les âmes
D'amour, d'espoir, de foi, Ces frais coteaux, séjour favori de l'aurore, Sont dignes, ô .Marie, ô vierge que j'implore,
D'clre bénis par toi.
Tu souris, la nature est souriante et belle,
Les fleurs émaillent l'herbe où la perle étincelle,
Et ton souffle divin Charme l'air; et l'enfant qui vient au sanctuaire Unit en ton honneur la rose printanière
Aux lilas du matin.
La nature par toi s'anime et se réveille.
Le jeune agneau bondit, et la rapide abeille
Va recueillir son miel.
Ton regard, 6 Marie, illumine l'aurore, Et l'oiseau te salue avec son chant sonore.
Souveraine du ciel.
Ton visage, plus blanc que la neige éclatante, Éclipse du soleil la clarté rayonnante, Gloire du paradis.
NOTRE-DAME DE LA GARDE (j5
l'ii croissant argenté t'inonde de lumière, La lune est à tes pieds, tu parais la première Aux élus éblouis.
Ton front est couronné d'étoiles radieuses. Dans un nuage d'or les saintes bienheureuses
Chantent auprès de toi.
Non, sans toi rien n'est pur, sans toi rien n'est aimable. Doux espoir de mon cœur, protectrice ineffable.
Pitié, pitié pour moi !
Donne, reine du ciel, les moissons à la terre, Les fleurs à la prairie, au vallon la lumière.
Aux vierges la beauté.
Donne, ô douce Marie, un baume à la souffrance, La rosée aux jardins, à l'âme l'espérance
De l'immortalité.