INSOMNIE
Ce que je connaissais jadis de l'insomnie, C'était le long fléau, l'implacable ironie, La persécution, l'indicible tourment, Les angoisses du mort enterré tout vivant. Quel prodige, mon Dieu! quelle métamorphose! L'insomnie était noire, et l'insomnie est rose. Les ténèbres font place à des flots de clarté; Tout se remplit d'extase et de félicité. De flammes et de fleurs ma chambre se colore; Au milieu de la nuit resplendit une aurore. Vous tous pour qui la vie est un pesant fardeau, Dormez sur votre lit comme dans un tombeau. 0 vous qui n'aimez pas, dormez tous. Moi, je veille. Seul, heureux, et dans l'ombre arrive à mon oreille,
Quand tout dort sur la terre, et tout dort dans les deux, L'écho lointain et doux, l'écho mystérieux De ta voix, dont l'accent attendrit et console, De ta voix, mon amour, de ta voix, mon idole. Reine par le talent, reine par la beauté, Charmante vision, tu ne m'as pas quitté.
Sommeil tant recherché, que la souffrance implore, Va consoler les cœurs que le chagrin dévore. Dormir c'est oublier, et c'est presque mourir. Sommeil, fuis loin de moi. Je veux me souvenir. Je ne demande rien à la nuit qui s'achève. Que rester éveillé, lorsque mon âme rêve. Rien ne peut m'assoupir, rien ne peut me calmer. Je veux vivre, je veux penser, je veux aimer, Aimer autant qu'on peut aimer. Oh ! sois bénie, Sois bénie à jamais, ô divine insomnie!