LE BAL
C'est ici, dans ce bal aux lumières magiques, Que je vais vous parler pour la dernière fois ; Puis je ne verrai plus vos traits si poétiques, Puis je n'entendrai plus le son de votre voix.
Au milieu des clartés je suis dans les ténèbres, Et la douleur a pris la place du plaisir. La valse retentit comme des chants funèbres; Tout va m'ètre enlevé, puisque vous allez fuir.
C'est à travers les fleurs que vous m'êtes ravie, Et vous disparaissez comme une ombre du soir. Cette fête est pour moi Timage de la vie : La joie à la surface, au fond le désespoir.
Il faut qu'à tous les yeux je cache mon martyre. Le monde est inflexible, et l'on doit obéir. Quand on voudrait pleurer, il faut savoir sourire. Qui donc dans une fête a le droit de souffrir ?
Dieu veut que sur la terre aucun bonheur ne dure. Je sens que tout finit. L'orchestre aux mille voix A fait entendre, hélas ! son suprême murmure. Adieu, bel ange, adieu pour la dernière fois !