‹ Souvenirs, 1860-1889Chapitre 8 sur 47 · LE SALON DE CH. FAUVETY · texte numérisé non relu

LE SALON DE CH. FAUVETY

damné à la dc^portation pour sa participation à la journée du 13 juin de la môme année. Il passa en Belgique, puis en Suisse, en Angleterre et aux Etats-Unis. Rentré en France en 18c9, Cantagrel assistait assez fréquemment aux réunions de Fauvety. Déiste très convaincu, en ce temps-là, il promettait sans cesse aux athées de leur apporter la preuve mathématique, matérielle de Texistence de Dieu. En 1871, il fut nommé conseiller municipal à Paris, et en 1876, député du XIII° arrondissement en remplacement de Louis Blanc qui avait opté pour le V«. Les opinions religieuses de Cantagrel avaient dû sensiblement se modifier.

Charles Lemonnier, ancien Saint-Simonien, secrétaire général du Crédit Mobilier, devenu riche. Il créa plus tard le journal ayant pour titre : Les Etals-Unis d'Europe, fit partie de l'Internationale et fut un des fondateurs de la ligue internationale de la paix et de la liberté. Propagateur infatigable, Lemonnier a fait à Paris et à Genève de nombreuses et très intéressantes conférences sur des sujets philosophiques et humanitaires, sur Kant, sur Saint-Simon, sur la paix universelle, sur les Etats-Unis d'Amérique, sur le projet de formation des Etats-Unis d'Europe. Sa femme, M"^« Elisa Lemonnier a créé, à Paris, les écoles professionnelles.

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Henri Carie , professeur de phllosophio, spiritualiste convaincu, travaillant comme Fauvety à la fondation d'une religion nouvelle; mais, moins tolérant que lui, il n'entendait admettre dans son église que ceux qui croyaient à Dieu et à l'immortalité de Tâme. Ardent apôtre, Carie faisait, dans quelques groupes modestes, des prédications périodiques et se lais-ait déjà appeler M. le pasteur par quelques amis. Excellent homme, au reste, bon, serviable, estimé et aimé de tous ceux qui s'étaient trouvés en relation avec lui.

Comme Fauvety aussi, il avait cru trouver dans la franc-maçonnerie un milieu favorable à ses projets. Initié dans la Loge Renaissance, il ne tarda pas à donner sa démission quand fut soulevée dans ce groupe la question relative à la suppression des formules dogmatiques. Il reprit plus tard l'activité maçonnique dans la Loge le Libre Examen^ dont les membres lui parurent professer des opinions plus conformes aux siennes, II. Carie a rédigé pendant plusieurs années un journal spiritualiste ayant pour titre : La Libre Conscience.

Raisant, républicain ardent et à toute épreuve, qui fut le compagnon, l'ami de Barbes et de Martin Bernard et qui partagea leur captivité sous le règne de Louis-Philippe. Sous une apparence d'extrême douceur, Alexandre Raisant cachait la plus grande

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énergie. La légende lui attribuait un rôle des plus importants dans le renversement de la Monarchie de Juillet.

C'est lui, disait'On, qui, dans la nuit du 23 au 24 février 1848, avait promené dans les rues les cadavres des victimes de la fusillade du boulevard des Capucines, criant vengeance, appelant le peuple aux armes, et faisant sonner partout le tocsin. Je ne sais s*il a joué un pareil rôle ; mais je sais qu'il était capable de le jouer. J'en ai pour garant sa haine de toutes les tyrannies et de tout ce qui pouvait faire obstacle à Tavènement de la République. Raisant, qui avait sacrifié sa fortune et la plus grande partie de son existence à la cause républicaine, qui, dominé par les aspirations les plus généreuses, ne rêvait que paix universelle et fraternité humaine, devait finir bien malheureusement. Après avoir refusé tout emploi au 4 septembre 1870, dépourvu des ressources les plus indispensables, quand vint la Commune, il se vit obligé d'accepter remploi de commissaire spécial de la Bourse. Arrêté par les troupes de Versailles à leur entrée à Paris, il fut conduit à Sator}^ puis à Saint-Cyr, puis à nie d'Aix, puis ailleurs, puis ailleurs encore, et îondamné finalement à six mois de prison par un Conseil de guerre. Enfermé dans la prison de

Rouen, il y mourut quelques jours avant l'expirait

lion de sa peine. Pauvre Raisantl II méritait un meilleur sort.

Juliette Laraber, qui se nommait alors M'"^ Li Messine et qui, mariée en seconde noces, est devenu» M'"« Edmond Adam. La plus jeune parmi les femmes qui assistaient aux soirées do Fauvety ; c'était à tous les points de vue une personne charmante. Dans ces réunions presque austères, où des hommes, qui, généralement avaient atteint Tâge mûr, délil)éraient gravement sur les questions les plus ardues de la philosophie et de la morale^ elle ap[»ortait Tentrain, la vivacité, le charme de la jeunesse. Elle avait déjà publié plusieurs œuvres littéraires et un volume de polémique : Blanche de Coiicij , r Enfance , Idées anfiprotcdhonniennes sur l'amour, la femme et le riariage. Toujours active et par un privilège particulier de la nature, toujours jeune, elle a fait paraître depuis cette époque de nombreux ouvrages notamment : Le Mandarin, La Papaulé, Récits d'une paysanne. Le Siège de Paris, Journal d'une Parisienne, Grecque, etc., etc. Elle a, en outre, contribué pour la plus grande part à la création de la Nouvelle- Revue, publication destinée à faire concurrence à la Revue des Deu.v-Mondes, Après 1870 , le salon de M'»° Adam devint un centre politique et littéraire qui réunit, pendant la période du 16 mai

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surtout, la plupart des notabilités rf^publicainrs.

I^mcs Jenny d'Héricourt, Angélique Arnaud, liîugénie Niboyet, qui, pendant la période révolutionnaire de 1848, avaient énergiquement soutenu le droit des temmes, assistaient aussi très régulièrement aux soirées de Fauvety.

Toutes les sectes , toutes les écoles philosophiques, toutes les opinions, tous les systèmes ayant des adeptes à Paris, étaient admis dans ce salon hospitalier. On n'exigeait de ceux qui y étaient accueillis que des convictions sincères et la bonne foi. Tous les partis y ont été représentés, sinon habituellement au moins accidentellement, sauf, toutefois, les catholiques ultramontains trop exclusifs et trop intolérants pour se commettre en pareil lieu. Dt^istes et athées, matérialistes, spiritualistes et positivistes, partisans du spiritisme et représentants des protestants de toutes les églises, s'y coudoyaient et vivaient en bonne intelligence. Un jour J'y conduisis un missionnaire Mormon, qui m'avait été chaleureusement recommandé par dos francs-macons. C'était un Marseillais nommé Bertrand. Il avait quitté la Gannobière pour le Lac- Salé, s'était fait initier à la doctrine de Joseph Smith et venait en France chercher des adeptes. Il fut parfaitement accueilli par tout le monde, prit goût à toutes les discussions et assista pendant la

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dur^e (le son sf'jour à Paris, à la plupart des réunions gai eurent lieu.

Avec de tels élémcnls, les controverses étaient nécessairement vives et passionnées; mais sans cesser jamais d'être courtoises, Cliacun soutenait sa tlièse avec l'ardeur des convictions profondes. Tous, pénétrés du profond respect des croyances, écoutaient, non seulement avec patience, mais avec intérêt et bienveillance celui qui parlait ; bien convaincus qu'ils étaient d'ailleurs que, dans le développement de toutes les doctrines, de celles même qu'on peut considérer comme de véritables utopies, quelque rayon de lumière pouvait jaillir.

Dans ces réunions composées de véritables librespenseurs, d'iiorames d'études, chercheurs des vérités utiles à l'humanité, mais très différents d'es- """, de caractère, de manière de vivre, régnait une oitiplète confiance dans l'honnêteté et la bonne des uns et des autres, qu'une syrapatliie très t entre tous en était née.

a tolérance, cette vertu négative inconnue en- ( de la plupart des hommes, était véritablement issée et remplacée, chez les liabitués du salon ^auvety, par un sentiment affeclueux, presque ernei, qui rendait facile la pratiijue du respect le que l'homme a de plus intime et de plus pré- '■%, ses opinions et sa foi.

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