‹ Souvenirs, 1878-1893Chapitre 14 sur 23 · V.W...— „.»^«.^ .« ^^..^^^ ^ ,«.. ^«Jf · texte numérisé non relu

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général Pittié comme étant la moralité de sa ré^** * lection : u La France a vu, en un demi-siècle, dc^^ !•* fois la monarchie et deux fois l'empire s'écrouler da^* ■ ^'^ des révolutions ; et quand on vient lui offrir u^^ nouvelle restauration, elle sait ce qu'on lui propos^^' c'est encore une révolution, la plus redoutable toutes, pour aboutir à un de ces gfouvememen éphémères, qu'elle a déjà subis et renversés. » P cette évocation des dangers courus, le Présidec^^"'^ avait voulu convier les républicains à s'unir plu^^^* fortement pour en prévenir le retour. Le lendemain -^ je donnai lecture de la déclaration ministérielle, qi^*^ ^ nécessairement abordait d'autres sujets.

Les incidents de la lutte électorale, les polénii^ ^ ques passionnées auxquelles avait donné lieu If^ ^ question coloniale nous créaient l'obligation de sur-^^ seoir à toute nouvelle entreprise. En même temps^ ^^ nous affirmions la volonté de garder jalousement.^ -^ j)our les mettre en valeur, les possessions heureuse-^ '^^ ment acquises et dont l'abandon nuirait au bon renom ^ ^

de la France aussi bien qu'à ses véritables intérêts. --

lia Passant à un autre ordre d'idées, nous relevions la ^^

fâcheuse inmiixtion de certains fonctionnaires et -^ *~^

surtout du clergé dans la récente lutte électorale : ^

« Chacun, a compris, disions-nous, qu'une telle situation ne saurait se perpétuer et que le grave problème de la séparation des Eglises et de l'Etat le tarderait pas à s'imposer irrésistiblement. » Là 'éside, en effet, une des raisons du mouvement |ui devait, vingt ans plus tard, aboutir au régime ictuel. On ne s'explique pas qu'ainsi averti, le clergé 18 se soit pas appliqué, par son abstention politique »t la correction de son attitude, à prévenir un dénouement qu'il redoutait et dont le pays s'accommoderait >lus aisément qu'il ne pensait. Nous terminions par m large appel à la conciliation républicaine, ne conlaissant d'autre frontière à gauche que celle qui est racée par les révolutionnaires : « Pour la première bis, remarquait M. Camille Pelletan, nous avons levant nous un ministère qui ne prononce pas l'ex- :ommunication majeure contre telle ou telle revenlication du parti républicain. »

Nous débutions sous d'heureux auspices. Mais, en >olitique, les rêves d'avenir sont rarement réalisés. 1 est peu de desseins qui n'aient été traversés par les événements que la sagesse humaine n'avait pas )révus. Au moment où nous préparions la solution néthodique des questions posées devant l'opinion, '.ertains républicains modérés crurent bon de donner iux esprits une orientation différente. M. Duché et plusieurs de ses collègues de l'Union républicaine présentèrent ^ une motion tendant à l'expulsion des

membres des familles ayant régné sur la France- C'était mettre le feu aux poudres, raviver bien inuù- ^ ^ lement les passions excitées par les élections. Je fSi^ rendis à la commission chargée du rapport. J'exp^' sai les inconvénients d'une initiative qui ne répo^' dait pas aux nécessités présentes et provoquer^^ une agitation considérable. Je donnai Tassuram^^ que, si des menées sérieuses nous étaient dénoncée" *' le gouvernement ne se laisserait devancer par p^^ ^ sonne : il prendrait de lui-même les mesures néce?' ** saires; au besoin, il demanderait une loi nouvelle Mes objurgations furent vaines. Les auteurs monti rent une insistance d'autant plus surprenante qu'i^^ avaient fait crédit à M. Jules Ferry, en 1883, lorsqi^^^^ celui-ci s(» déclarait suffisamment armé en vertu de^^^^ droits supérieurs de l'Etat. La discussion publiqu -^^^ s'engagea le 4 mars. Comme je le donnai à entendre^^^' c'étaient moins les princes que les ministres qu'o^ ^O^ semblait viser. J'obtins le rejet de la motion, ai^ -^^ prix d'une coupure dans la majorité. Le mal pu-^-^"* être n'paré j)ar une interpellation de M. de Lanessai^ 0^^ (|ui, aussitôt a[)rès le vote, offrit à la majorité l'oc-*^-^

casion de se reformer eu enregistrant mes engage--' w^^ nients.

Je iiigiiopais pas qu il existait quelque fermen ^^^ -

Me* tation dans les milieux orléanistes. Le résultat de;<5 ^^^ '

élections avait (»xalté leur confiance et décuplé leur^^^•

illusions. Ils voyaient déjà la République coni^ — • ^ ^ '

promise (*t se départaient de la prudence obser-^^

CONCENTRATION RËPUBUCAINE. 337

vée depuis 1883. Les princes laissaient agir et, sans y coopérer directement, s'intéressaient au mouvement qui se produisait autour d'eux. Sur ces entrefaites, je reçus la visite de M. Louis Gai, ancien officier de marine, directeur de la Liber téy que j'avais rencontré chez M. Grévy. C'était un galant homme, sincèrement rallié à la République et qui, ayant servi sous le prince de Joinville, gardait des attaches avec la famille d'Orléans. Il venait me complimenter sur mon discours du 4 mars, qu'il trouvait politique et courageux. La conduite des princes ne justifiait en rien, selon lui, l'ostracisme, dont on avait voulu les frapper : « Pour le moment, je le crois, répondis-je. Mais leurs amis les compromettent et c'est ce qui a donné prétexte à la proposition que j'ai combattue. Il ne faudrait pas que cela recommençât, car je ne me chargerais pas de couvrir les princes une seconde fois. Ils doivent veiller à la fois sur eux-mêmes et sur leurs partisans. S'ils sortent de la correction, je n'attendrai pas d'être poussé par la Chambre. Je l'ai promis et je ne manquerai pas à ma parole. » Il me remercia de ma franchise et me dit qu'il ferait entendre d'utiles conseils.

Peu à peu cependant j'apprenais que les démarches se multipliaient autour des princes. On leur présentait des délégations qu'ils recevaient avec un certain apparat. On colportait les propos qui s'échangeaient dans ces occasions et qui marquaient un

hommage dynastique rendu à la maison de FranC^* Les princes étendaient leurs fréquentations, ils vi^^' taient les diplomates étrangers, attiraient de hai^

fonctionnaires et devenaient l'objet de nombreus ^ communications dans les journaux. Bref, ils sr^^'

fraient à l'attention et gardaient de moins en vaovc:^^-^

de retenue. Mes collègues de l'Intérieur et de ^f^^

Justice recevaient des informations analogues. . —

n'était plus permis de douter que la mansuétud-^^^ du gouvernement avait été interprétée comme un -^^ garantie d'impunité. Bientôt sans doute la situatio^^^^ .appellerait une intervention énergique.

Un événement de famille précipita le cours des choses. Le comte de Paris mariait sa fille Mari< Amélie-Louise-Hélène avec le prince royal Charle^^^ de Portugal. Le 14 mai 1886, une grande soirée fu^^ donnée à l'hôtel Gallièra, rue de Varenne, où leî5=^ comte résidait dès le 22 mars. J'avais été averti que^ cette circonstance serait mise à profit pour donner la plus haute idée de l'importance et des relations de la maison d'Orléans. Voici ce que j'en ai dit à la Chambre, le 11 juin, alors que tous ces détails étaient présents à ma mémoire : « Si vous croyez que cette revue (du personnel monarchique), dont vous avez vu figurer la description chez un des historiographes du lendemain, que cette multitude de cartes, de brochures, de photographies — cette photographie notamment au dos de laquelle était représentée une carte de France, indiquant ce qu'était la

France à T origine et ce que la monarchie l'avait faite, avec la mention, dans un coin, des provinces perdues en 1871, comme si la République en était responsable!... Si vous croyez que cette mise en scène, savamment calculée, dans laquelle on se targuait même de la générosité d'amis, dont on montrait à l'univers, je puis le dire, les offrandes avec la désignation des dames de telle ou telle province, si vous croyez que tout cela ne constitue pas des actes de prétendants ! Et non contents d'organiser ces manifestations,... on conviait les représentants des puissances étrangères ! » Interrompu à droite par ces mots : « C'est absolument inexact », je répondis : « Il faut avoir reçu comme moi les confidences de ceux que ces invitations inattendues embarrassaient. »

Nous ne délibérâmes pas longuement, mes collègues et moi, sur le parti qu'il convenait d'adopter. Déjà M. Grévy, sortant de sa réserve, avait laissé tomber cette parole : « Si vous ne prenez pas l'initiative, d'autres la prendront, et alors votre situation sera difficile. » Notre voie nous parut tracée et nous résolûmes de présenter un projet de loi qui nous donnât la faculté d'expulser par décret, en conseil des ministres, tout membre des familles royales qui pourrait créer un danger pour la République. Ce n'est certes pas qu'aucun de nous, quelle que fût sa nuance politique, allât de gaieté de cœur au-devant de semblables mesures. Les lois d'exception et sur-

tout les lois d'expulsion sont toujours pénibles à ceux qui n'aimenl ni à sortir du droit commun ni à froisser les sentiments d'humanité. Mais les engagements que nous avions contractés envers la Chambre, le souci de la tranquillité publique l'emportaient sur nos répugnances.

L'histoire, la tradition parlementaire apaisaient d'ailleurs nos scrupules. Les hommes d'Etat de tousles temps ont reconnu ces mesures comme néces — saires et légitimes. Les plus modérés n'ont pas été les moins affîrmatifs. En 1871, quand s'agita la ques — tion de rapporter la loi qui excluait de France leî princes d'Orléans, M. Thiers, obligé de s'inclinei devant la volonté de l'Assemblée nationale, disait : « Les lois que vous voulez abroger, les princes que vous voulez ramener sur le territoire de la France, créeront cette situation singulière qu'aucun pays n'a encore acceptée, c'est qu'il y aura un gouvernement à côté du gouvernement établi. » Parole prophétique, que l'année 1880 voyait se réaliser. M. Dufaure, ce jurisconsulte accompli, ce respertueux serviteur du droit, ne craignait pas de déclarer : « Les membres des dynasties déchues ne peuv(»nt prétendre à rentrer immédiatement dans le droit commun; il y a un temps plus ou moins long pendant lequel ils doivent se résigner à être l'objet de mesures exceptionnelles. » Est-ce que la République, fidèle à ce principe, n'avait pas. en 1884. sans que la conscience nationale s'en indignAt, exclu les

princes de réligibililé à la Présidence, au Sénat et à la Chambre des députés?

Ces rigueurs sont la contre-partie, le rachat, peut^ on dire, des faveurs exorbitantes, des dérogations au droit commun, dont les princes ont joui, quand leurs familles étaient sur le trône. Au mépris de toutes les lois militaires, ils étaient, de par ordonnances royales, colonels, généraux ou amiraux à l'âge où les simples citoyens entrent à Saint-Cyr ou en sortent. Les privilèges, qui, dans la bonne fortune, les mettent au-dessus des autres hommes, les désignent dans l'adversité pour subir des ostracismes qu'ils sont seuls à connaître. Ce spectacle n'est pas exclusif à la France; il s'observe dans tous les États monarchiques où la révolution a passé, à certains jours de leur histoire.

Fortifiés par tant d'exemples et de si illustres modèles, nous déposâmes le 27 mai un projet de loi d'expulsion facultative. Nous donnions ainsi à la mesure son caractère le plus modéré, puisqu'elle n'atteignait que ceux dont l'éloignement paraîtrait indispensable. Il est même possible qu'elle n'eût pas trouvé d'application immédiate, car la seule menace aurait prévenu la sanction et suffi sans doute à ramener l'ordre et la correction dans le camp royaliste. La majorité du parti républicain nous trouva beaucoup trop réservés ; la commission chargée de rapporter le projet conclut à le remplacer

par une disposition plus rigoureuse qui, dès maintenant et sans exception, expulsait tous les membres des familles royales. Personnellement je ^^ pouvais me résoudre à chasser du territoire àf^ personnes inoiTcnsives, des vieillards, des femm^*' des enfants, dont Tabsence n'importait pas à la sé^^' rite de la République. Mes collègues se rangèr^^ à mon avis et nous décidâmes de nous rallier* l'amendement de M. Emile Brousse, qui ne pronc^^' çait Téloignement immédiat qu'à l'égard des ch^^^^ de famille et de leurs héritiers directs, dans l'orcl ^ de primogéniture, et le laissait facultatif pour to les autres membres.

Ici s'est présenté un cas intéressant de procédu parlementaire, dont les conséquences devaient et considérables. La Chambre allait se trouver en fa de trois textes : celui de la commission, qui obligatoirement tous les membres; celui du gof vernement, qui les excluait facultativement, et celir-*^ de M. Brousse, qui excluait obligatoirement 1^ -^ uns et facultativement les autres. Si ce troisiènr^'"^ texte, auquel le gouvernement adhérait, dans l'i possibilité d'imposer le sien, était mis aux vo le premier, comme amendement au projet de t commission, il succombait inévitablement sous I coalition de la droite et des partisans de l'expulsio^^^ totale, au nombre de plus de deux cents. Le texlf -^^ de la commission venant ensuite serait vraisemblr^- ^ blement adopté, grâce à l'appoint d'une partie de^ ^^

la

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î;ion

CONCENTRATION RÉPUBUCAINE. 343

îdérés, qui préférerait l'excès de rigueur à Timpuisttce. Quant au cabinet, il était renversé par ce vote quel il se serait opposé. Si, au contraire, le projet

la commission s'offrait en tête, il était repoussé r la droite et les modérés. Le texte Brousse serait suite voté par ses partisans et par un appoint de licaux, qui s'y rallieraient, faute de mieux. Ainsi, Ion la procédure suivie, c'était la mesure radicale la commission ou la mesure tempérée de . Brousse qui triompherait. Dans ce dernier cas,

ministère, au lieu d'être renversé, obtenait un ccès, puisqu'il aurait patronné la rédaction accep- 5 par la Chambre.

Il importait donc que le projet de la commission t mis aux voix le premier. Mais était-ce possible? ; pouvait-on pas soutenir que le texte Brousse, int un amendement, devait venir tout d'abord? ms nous réunîmes, le dimanche 6 juin, M. Floquet, secrétaire général de la présidence de la Chambre moi, dans le cabinet de M. Grévy, pour étudier ce ave problème. Il fut reconnu, après mûr examen, le la manière correcte d'opérer était la suivante :

le gouvernement, maître de choisir son heure >ur abandonner son projet, le maintiendrait proviirement; 2° la formule Brousse serait dès lors un aendement à ce projet et non à celui de la comission; 3^ quant à la rédaction de la commission, le était sans conteste un amendement au projet inistériel et devait être discutée avant lui. Une fois

celte rédaction écartée, le texte Brousse, amende- | ^*>^ ment au projet ministériel, serait mis en discussion et le gouvernement s'y rallierait au moment qu'il jugerait convenable. C'est ainsi que les choses | ^ furent réglées et se déroulèrent effectivement, sans qu'aucune objection ait été soulevée. | ^ *^

Le 10 juin, s'ouvrit la discussion publique, qui dura deux jours. Le premier vote, celui du passage à l'examen des articles, réunit 310 voix, toutes républicaines, contre 233. Le projet de la commission n'obtint que 220 voix contre une coalition de 31400" dérés et droitiers. L'amendement Brousse, accep^ parle ministère, l'emporta par 315 voix, exclusive' ment républicaines, contre 232, provenant pres(j^® toutes de la droite. Le succès couronna donc a^* efforts et consolida le cabinet, car les radicaux ei^^

mêmes nous savaient gré de n'avoir pas perir^^ que la motion aboutît à un avortement. Mon r^^ personnel fut des plus rudes, j'eus à répondre

MM. Camille Pelletan, Piou, Madier de Montja ^^'

qui, malgré la différence des opinions, se trouvaie '^^'^' unis pour nous combattre.

Il me restait une lâche encore plus ardue : co ^ — vaincre le Sénat. Si l'on se rappelle les tentative ^^^ infructueuses de 1883, on reconnaîtra que le proj fc^J actuel, bien plus rigoureux que les proposition ^c^D d'alors, avait les plus grandes chances d'être t"^^^^^^' poussé. L'esprit qui avait condamné l'article se ^*— ^P^ dominait encore dans l'Assemblée. Quelle lutte, ^ ^^

tout cas. que celle où l'on trouverait devant soi les de Broglie, les Buffet, les Bocher, les Chesnelong, les Léon Say, les Jules Simon ! La nomination de la commission confirma mes craintes; elle était résolument hostile et avait choisi pour rapporteur l'un des hommes qui pouvait le mieux agir sur le Sénat, M. Bérenger. La voix qui s'était élevée si souvent en faveur de la République et du droit s'élèverait de nouveau pour défendre ce qu'on nommerait la liberté; elle entraînerait sans doute une grande fraction des modérés.

J'abordai la tribune, le 22 juin 1886, sous l'empire d'une préoccupation très vive. Non seulement le sort du cabinet, mais surtout la bonne harmonie entre les deux Chambres était en jeu. Je portai mon effort sur le centre gauche; c'était lui qu'il fallait persuader. De son suffrage dépendait l'adoption de la loi. Je me plaçai sous l'égide des grands noms qui, à diverses époques, sous différents régimes, avaient défendu exactement la même thèse. Je m'adressai à l'àme républicaine de ces modérés qui, venus de la monarchie, avaient, par patriotisme, fondé les institutions actuelles : « Je leur demande, dis-je, au nom de ce passé qui sera leur honneur dans l'histoire — car ils ont apporté à la République un concours efficace ; ils l'ont cautionnée devant le pays; ils ont contribué à la faire adopter par une foide d'esprits timides et scrupuleux qui, sans eux, ne l'auraient pas acceptée — je leur demande, au

nom de ce passé si honorable, si glorieux, de vouloir bien réfléchir aux conséquences de leur vote - * Ces adjurations déterminèrent Tabstention de plusieurs d'entre eux, qui ne pouvaient se résoudra ^ nous approuver formellement. Sur Tarticle premi ^r? décisif, on constata une trentaine d'abstentions 9 '^ plupart appartenant au centre gauche; 137 voix se prononcèrent en notre faveur, contre 122. C'était» ^^ scrutin de l'article sept, retourné. Sur rensemfcï<* de la loi, le vote par appel nominal fut marqué p^r un détail impressionnant. Le général Faidherbe ▼ * moitié paralysé, voulant donner à la Républi(ï^^ un dernier témoignage, se fit porter à la tribu:*^^- Les cris enthousiastes de la gauche saluèrent ^►^^ apparition. Certains de nos collègues, je crois, ^^' rent influencés par cet exemple. Nous obtînmes W^ ^^ suffrages contre 107.

Le texte définitif est le suivant : « Article preml "^'^' Le territoire de la République est et demeure int^.----^''* dit aux chefs des familles ayant régné en France ^ à leurs héritiers directs, dans l'ordre de primogé- ^'' ture. — Article 2. Le gouvernement est autorisc^^ '^ interdire le territoire de la République aux memb^^"^^ de ces familles. L'interdiction est prononcée par ^^ décret du président de la République, rendu en c^^^^' seil des ministres. — Article 3. Celui qui, en vic^*^* tion de l'interdiction, sera trouvé en France, ^^ Algérie ou dans les Colonies, sera puni d'un em]^^^

sonnement de deux à cinq ans. A l'expiration de sa peine, il sera reconduit à la frontière. — Article 4. Les membres, des familles ayant régné en France ne pourront entrer dans les armées de terre et de mer, ni exercer aucune fonction publique, ni aucun mandat électif. » Cette loi est toujours en vigueur ; Tarticle 2 n'a jamais été appliqué, sauf, temporairement, au duc d'Aumale.

A ma réception diplomatique du mercredi 23 juin, plusieurs représentants étrangers, pour bien indiquer que leur présence à l'hôtel Gallièra n'avait pas eu la signification qu'on s'était plu à lui donner dans le camp royaliste, m'adressèrent leurs compliments sur la victoire parlementaire que le gouvernement venait de remporter. Le général Menabrea fut plus explicite. Venu à mon cabinet, le 25 au matin, pour m'entretenir du traité de commerce projeté avec l'Italie, il me raconta que la duchesse de Gallièra lui avait dit en propres termes, en l'autorisant à me le répéter, « que le comte de Paris n'avait que ce qu'il méritait et que, si elle avait prévu l'usage qui serait fait de son hôtel y elle ne J 'aurait pas mis à la disposition du comte et de sa famille ». Les princes furent jugés imprudents; ou estima que leur attitude avait commandé celle <iu gouvernement.

Le départ des prétendants ne provoqua pas d'émotion. Il leur fournit l'occasion, qu'ils paraisent chercher, d'accentuer le caractère qui motivait

leur disgrâce : « On poursuit en moi, dit le comte de Paris dans sa proclamation du 24 juin, le principe monarchique dont le dépôt m'a été .transmis par celui qui Tavait si noblement conservé... Seule, cette monarchie nationale, dont je suis le représentant, peut réduire à l'impuissance les hommes de désordre qui menacent le repos du pays, assurer la liberté politique et religieuse, relever rautorilé, refaire la fortune publique... J'ai confiance dans la France. A l'heure décisive, je serai prêt. » Le prince Victor adressa ses adieux à ses visiteurs en termes analogues : « L'exil n'ébranlera pas ma foi dans notre cause, il ne m'empêchera pas d'y dévouer ma vie... Je compte sur le peuple pour me rouvrir les portes de la France. Vienne l'heure des grandes crises. Dieu aidant, je ne faillirai pas aux devoirs que me tracera le patriotisme et que m'impose mon nom. » Ainsi, de leur propre aveu, c'étaient bien des prétendants que la loi venait d'éloigner.

Ce drame eut un épilogue, aussi fâcheux qu'imprévu. L'article 4 portait que les membres des familles ne pourraient « entrer » dans l'armée. La première rédaction de M. Brousse disait : « faire partie ». Pour éviter de donner à la loi un caractère rétroactif, il avait, sur notre demande, substitué le mot « entrer », ce qui permettrait de conserver leurs grades (non l'emploi) à ceux qui les posst^ daient déjà. Le général Boulanger, toujours désireux de se signaler, avait, sans prévenir le conseil,

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signé des arrêtés de radiation et les avait notifiés aux princes. Dès que nous l'apprîmes, nous interpellâmes le général. Il s'excusa, disant qu'il ne s'était pas avisé de la distinction dont nous l'entretenions, qu'il avait appliqué la loi de bonne foi, et qu'aujourd'hui, les arrêtés étant publics et aux mains des intéressés, il ne pouvait les retirer; que du reste, si ces arrêtés avaient violé la loi — ce qu'il ne croyait pas — les parties lésées n'avaient qu'à se pourvoir devant le Conseil d'Etat.

Le duc d'Aumale se pourvut, en efîet, tant en son nom qu'au nom des autres membres de la famille, et, ce qui est piquant, le Conseil d'État donna gain de cause au ministre. En dehors de la procédure, le duc d'Aumale écrivit, le 11 juillet, au président de la République une lettre fort vive, qui se terminait par ces mots : « Les grades militaires sont au-dessus de votre atteinte, et je reste le général Henri d'ÛRLÉANs. » Un décret, aussitôt rendu en vertu de l'article 2, prononça son expulsion. Grosse émotion chez les monarchistes de la Chambre. Interpellation, le 13, de M. Keller. Le général Boulanger répondit que le grade était la propriété de l'officier, à la condition d'avoir été obtenu conformément à la loi. Il donna lecture des états de service du duc d'Aumale, nommé d'emblée sous-lieutenant à quinze ans, le 1«' janvier 1837, et général de division en 1843, à l'âge de vingt et un ans. La majorité acclama le ministre, l'approuva par 351 voix contre 172 et

vota l'affichage de son discours. Voilà donc mi*^ en reHef cette personnalité inquiète et remuaJï^ qui, selon le mot de M. Clemenceau, « aimait ti**î le bruit ou, pour être plus juste, ne le fuyait f^ assez ». Le lendemain, à la revue de Longchai^^P' le général fut applaudi autant et plus que le pr^"*^" dent de la République. Son cheval noir avait sédL "^^^ la foule. Lui affecta la modestie. Descendant !^P®* Champs-Elysées, à la tête de son brillant état-maj^^^*^' il dépassa ma voiture et salua profondément le p sident du conseil.

En exil, le duc d'Aumale donna suite à la pen& généreuse qu'il nourrissait déjà. Il voulait assur à la France, par l'intermédiaire de l'Institut, la co servation de son domaine de Chantilly et des adnr: râbles collections qu'il renferme. En conséquenc et en vue de prévenir les difficultés que son absencr^ pourrait susciter, il ordonna, par lettre du 29 aoû datée de Woodnorton, l'ouverture du testament olo^ graphe du 3 juin 1884, aux termes duquel il léguai ce domaine à l'Institut, « afin, disait-il, de conserve à la France tout cet ensemble qui forme comme monument complet de Tart français dans toutes sei^ branches et de l'histoire nationale à des époques de^ gloire ». Col acte magnifique rendit plus cuisants les regrets que j'éprouvais de n'avoir pu sauvegarder la personne de ce valeureux soldat.

Les vacances parlementaires furent troublées par

de violentes polémiques de presse. Le général Boulanger en était le principal objet. Comme il avait nié que le duc d'Aumale eût contribué à son avancement, les journaux royalistes publièrent coup sur coup trois lettres qu'il lui avait adressées, comme à son chef hiérarchique, et desquelles il résultait que 1^ prince était intervenu en sa faveur. Le général, x^aal servi par sa mémoire, démentit la première, j^arue le l" août, n'y retrouvant pas, dit-il, son langage habituel. Elle était ainsi conçue :

Belley, le 8 mai 1880.

« Monseigneur,

« C'est vous qui m'avez proposé pour général.

'est à vous que je dois ma nomination.

« Aussi, en attendant que je puisse le faire de vive oix, à mon premier passage à Paris, je vous prie 'agréer l'expression de ma vive reconnaissance. e serai toujours fier d'avoir servi sous un chef tel ue vous, et béni serait le jour qui me rappellerait ous vos ordres.

« Daignez agréer. Monseigneur, l'assurance de ^■:*ion plus profond et plus respectueux dévouement.

« Général Boulanger. »

Ce sont surtout les mots : « béni serait le jour » c| ui empêchaient le général de reconnaître son style.

Les deux autres lettres levèrent tous les doutes ^^ lui-même ne contesta plus.

Je me trouvais à ce moment Thôte de M. Gr^"^^ à Montrsous-Vaudrey. Nous examinâmes s'il ^^^* viendrait de provoquer la démission du ministre^

la Guerre. Nous fûmes arrêtés par la considéra ^^^^ qu'il paraîtrait sacrifié aux haines des royalis^^^* Lorsque, plus tard, nous nous réunîmes en con^^^'' à Paris, l'incident était à peu près oublié et auc?^^ de nos collègues ne songea à l'évoquer.

Je profitai de mon séjour chez le Président pour le consulter au sujet du voyage que je comptais entreprendre en province. Il avait été décidé en conseil qu'au cours des vacances, je profiterais d'une circonstance pour exposer au pays la politique que nous avions suivie et que nous nous proposions de continuer. Le moment semblait bien choisi. Notre situation parlementaire était excellente. Nous venions de résoudre la question des princes. Nous avions dénoué heureusement les difficultés du Tonkiii et de Madagascar. Au dehors, quelques succès dij)lonKitiques marquaient 1 intluence croissante de la France. Les radicaux nous faisaient crédit. Nous étions en droit de dire que cette politique de concentration, décriée par certains doctrinaires de la Républiijue. avait produit de bons résultats. Les cordiales invitations des municipalités de Toulouse, Montj)ellier (»t Bordeaux m'offraient l'occasion de m'expliquer.

Je soumis à M. Grévy les grandes lignes de mon prochain discours à Toulouse. Je ne pouvais trouver un meilleur juge. Car non seulement il donnait la noie juste, mais, son tempérament Téloignant plutôt de Faction, on était assuré qu'une démarche qu'il approuverait aurait sa raison et son utilité. Il me suggéra quelques changements, des suppressions de préférence. Sur la manifestation même, il fut très ferme et très net : « Que le gouvernement, ditil, ne craigne pas de s'affirmer. Vous laissez trop le champ libre aux adversaires. Ils critiquent ce que vous faites et même ce que vous ne faites pas. Le pays finit par croire ce qu'on lui répète. Renseignez-le donc, montrez-lui ce que le ministère a, réalisé. Qu'on sache quel esprit vous anime, vous et vos collègues. Toutefois, évitez ce qui ressemblerait à la polémique. Un gouvernement ne polémique pas. Un exposé clair, sobre, sincère, voilà ce qui convient aux populations. Elles comprennent mieux qu'on ne croit, savent dégager le vrai du faux et jugent avec équité. »

Je partis pour Toulouse le 27 septembre. Mon arrêt dans cette ville me mit en présence d'un homme alors peu connu et destiné à jouer un grand rôle dans la République. Il débutait, très jeune encore, comme préfet de la Haute-Garonne. Je n'eus pas de peine à démêler sous le fonctionnaire le futur homme d'Etat. La manière dont il me parla de la balance

des partis dans le département, des dissensions intestines des républicains, des nuances à garder vis-à-vis des uns et des autres, me frappa vivement. Je compris tout de suite que ce politique, ce diplomate ne se confinerait pas longtemps dans le cadre d'une préfecture et que je le reverrais bientôt sur un autre théâtre. Trois ans en effet ne s'étaient pas écoulés que M. Léon Bourgeois occupait le ministère de l'Intérieur dans le cabinet Tirard et qu'il recueillait, à son premier discours, les applaudissements de la Chambre.

Après m*ètre soigneusement éclairé auprès de lui, je pris la parole, le 28 septembre, au dîner qu'il m'offrit à la Préfecture. Je tins tout d'abord à m'expliquer sur le défaut d'homogénéité du cabinet, qu'on nous reprochait fréquemment, sans tenir compte des nécessités qui l'avaient imposé. Répondant aux admirateurs du parlementarisme anglais, qui nous accablaient de la coniparaison : »< On parle, dis-je, de la séparation du parti républicain en deux fractions opposées, rivales, qui viendraient développer devant le pays leurs j)rincipes. leurs méthodes et leurs desseins, auxquelles le pays accorderait alternativement la préférence, de telle sorte qu'elles occuperaient le pouvoir successivement, et Ton donne en exemple ce qui se passe dans un grand pays voisin. N'avez-vous pas compris qu'un tel système, pour être praticpié sans danger, a besoin d'une condition essentielle : c est que tous les citoyens recon-

naissent la forme du gouvernement. Lorsqu'il existe une troisième fraction qui veut détruire ce gouvernement, qui, pour y réussir, cherche à en entraver systématiquement le mécanisme, n'est-il pas évident que la séparation, si elle se fait avant l'heure, conduit inévitablement à l'instabilité perpétuelle ? » Revenant à la composition de notre ministère : « Nous avons fait appel à l'union. Cet appel a été entendu au delà de nos espérances. Nous avons nous-mêmes donné Texemple. Rassemblés, on peut le dire, des quatre points de l'horizon politique, représentant les fractions les plus diverses, nous avons vécu ensemble en bonne harmonie et nous sommes devenus homogènes par la communauté du but. »

Un autre point sur lequel j'insistai, parce qu'il n'avait pas cessé de me préoccuper, est celui des conflits du travail avec le capital. Les grèves de Decazeville, notamment, s'étaient, à plusieurs reprises, imposées à mes réflexions : « Les conditions du travail, dis-je, se sont modifiées. Nous ne sommes plus dans l'état où nous nous trouvions il y a un demi-siècle. Il faut que la République étudie les moyens de rendre moins précaire le sort des ouvriers et de faire cesser cet antagonisme qui n'est autre chose que le sentiment inconscient, mais pro^ fond, d'un problème non encore résolu. »

De Toulouse, je me rendis à Montpellier et, de là, je rentrai à Paris par Bordeaux. Partout je conseillai l'union et la concorde. Partout j'adjurai les

républicains do ne pas se diviser en présence d' -^^'

versaires qui réunissaient plus du tiers des v o^^ dans le pays et dans la Chambre. Il semblait c^ni^^^ je pressentais le danger qui bientôt fondrait suir3^» 1^ République et compromettrait son fonetionnem* .^enl pendant près de trois années. Mes recom mandatiez ons trouvaient des auditeurs favorables et, si je n'av*^^^'ais consulté que les apparences, j'aurais cru notre g^^'^ouvernement assuré d'une longue durée. Avant de

raconter les péripéties qui amenèrent sa chute, ^ — -> je jetterai un rapide coup d'œil sur Tétat de nos af-

faires à l'extérieur.

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lié

L'occupation du Tonkin était entrée dans le maine administratif. Il ne s'agissait plus de c battre, mais d'organiser. Depuis longtemps M. Bert avait attiré mon attention. J'avais remar ses capacités, son besoin d'agir, sa résolution; ^

méditais do lui confier dos fonctions important « 11 n'acceptera pas vos oiîres, me disait-on : anci minisire do Gambotta. il no voudra pas recevoir u })osition do vos mains. » Une position avantageus c'est probable ; une position do sacrifice, de dévou mont au pays, périlleuse mémo, nous verro bien, ponsais-j(». Jo lui lis dos ouvertures, janvier 1880; jo lui représentai la grandeur de tache, jo no lui on dissimulai pas les difticultés, h's exagérai plutôt; jo lui parlai en même tem dos services à rendre à la chose publique, dan

en

une colonie encore contestée, dont l'avenir dépendait de Texpérience que nous allions tenter : « Vous aurez, lui dis-je, le rôle des troupes sacrifiées, dont Tabnégation et le courage décident de la victoire. » Il n'hésita plus. Il partit, le 12 février, comme Résident général, avec mission d'instaurer le protectorat. Son seul tort fut de prendre sa tâche trop à cœur, de se dépenser sans compter, jusqu'au jour où, ses forces trahissant sa volonté, il tomba victime du devoir, le 11 novembre 1886. Il avait poussé l'organisation assez loin pour que j'aie pu dire, en septembre, à Toulouse : « Le problème est aujourd'hui très avancé, il est même en grande partie !*ésolu. »

A Madagascar, nous arrivions à nos fins. Le traité 'e protectorat que nous venions de conclure, critiqué »ôr les uns comme inefficace, par les autres comme t*op ample, fut, après une discussion de deux jours, ^opté par la Chambre, le 29 février 1886, à l'éorme majorité de 436 voix contre 28, et peu après pprouvé par le Sénat. L'application, à la vérité, ^annonçait difficile, car nous n'avions pas réellement oumis les Hovas. Nous devions nous imposera eux »ar riiabileté et la persuasion. Pour atteindre ce résiliât paradoxal, j'eus la bonne fortune de rencontrer n administrateur éprouvé, qui, à l'endurance phyique, joignait le courage réfléchi, le tact et la finesse, ^ec la connaissance du caractère des natifs. M. Le ■^yre de Vilers, livré à ses seules forces, n'ayant

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pour tout corps d'occupation qu'une escorte de quatre-vingts hommes, sut, en quelques mois, asseoir notre influence et rendit possible la conquête pacifique de l'île. S'il fût resté à Madagascar, avec les pouvoirs que je lui avais donnés, la conquête militaire à laquelle le gouvernement s'est résolu pl^s tard aurait probablement été évitée.

Dans cette même année 1886, la Grèce nous valut des sujets de préoccupation ; notre rôle i^^ 1 ^parfois difficile à remplir. Le succès de la révolution rouméliote surexcitait les ambitions des P^ tites nationalités. Elles aspiraient à s'agrandir ^^ dépens de l'empire ottoman dont elles esco^P" taient prématurément la dislocation. Les Hell^^^^ ne se résignaient pas à l'idée que les Bulgares ^ ^. possession de la Roumélie orientale, pèseraient^ ^ sormais plus qu'eux-mêmes dans la balance ba J-^ nique. A tout hasard ils s'armaient démesurém^^ dans l'espoir que l'Europe, inquiétée par leurs p^ paratifs, exigerait de la Turquie quelque concess^ de nature à les apaiser, TEpire, par exemple, ent ^ vue en 1880, et dont ils n'avaient obtenu que c^ l>arcellcs insignifiantes.

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Leur tentative était pure folie. L'Europe ne p^^

mettrait certainement pas cette atteinte à la p^^^ , générale et elle avait les moyens de contraindre

Grèce au silence. A la tête du gouvernement ^

trouvait alors un homme distingué, fin lettré, \L D^ ,.

Ivanni, oncle du ministre de Grèce à Paris. /*-

n'avait, malheureusement, ni le goût, ni peut-être la force de résister à la pression de ses concitoyens. Le courant était tel, m'a dit plus tard le roi Georges, que même un homme plus ferme que M. Delyanni ne Faurait probablement pas surmonté. Les puissances, après de vaines remontrances, décidèrent de recourir aux mesures coercitives. Nous avions accepté de nous associer aux remontrances; nous sivions réservé notre participation aux actes matéi^iels, pensant qu'au moment opportun un langage ^rave, solennel, empreint de sollicitude, aurait plus d'empire sur les Hellènes qu'une mise en demeure brutale, blessant leur fierté. Nous ne nous étions pas mépris. Nous choisîmes l'heure d'une suprême démarche. Au nom de notre vieille amitié jx>ur la Grèce, dans l'intérêt de la paix générale à Xaquelle nous étions attachés, nous adjurâmes le gouvernement royal de cesser ses armements.

Cette parole eut un plein succès, M. Delyanni :s'obligea formellement vis-à-vis de notre agent, le comte de Moûy, à démobiliser ses troupes. Nous ^ûmes transmettre cet engagement aux puissances, ^ l'instant même où elles venaient de se résoudre à l)loquer les côtes de Grèce. Elles arrivaient un peu <;omme la maréchaussée, quand les auteurs du délit ont disparu. M. Delyanni eut la satisfaction de dire ^ju'il cédait non à la force, mais à l'amitié de la ïrance. Toutefois il se retira du pouvoir pour faciliter les derniers pourparlers avec les puissances.

Celles-ci, ne voulant pas eivoir agité leurs foudres en vain, alléguèrent un manque de clarté dans la réponse de M. Delyanni, pour esquisser un simulacre de blocus. Tout s'arrangea bientôt ^^^ comme l'écrivait en juin 1886 le comte de MoûV. « ce peuple si douloureusement fi'appé et fréini^' sant encore put reprendre sa vie accoutumée »-

Le 14 octobre, commença la session extraorA*' naire des Chambres. Aucun nuage ne s'élevait ^ l'horizon. A l'intérieur comme à l'extérieur tou^ semblait pacifié. M. Grévy, toujours si réservé, fl^^ cachait pas sa confiance. Un seul point noir, à pein^^ perceptible, se laissait deviner du côté de la commission du budget. Le ministre des Finances, M. Sadi Carnot, avait présenté un budget excellent, méthodique et sincère, contenant plus de réformes que la plupart des budgets qui l'ont précédé et suivi. La commission, j'ignore pour quel motif, se plaisait à embarrasser M. Carnot. Elle avait désorganisé son projet. Elle en repoussait les dispositions essentielles, elle élevait critiques sur critiques et créait au ministre une situation difficile à supporter. M. Carnot n'était pas batiiilleur ; ces attaques continuelles le décourageaient. Un jour il vint au quai d'Orsay m'oifrir sa démission. Je le dissuadai de mon mieux et croyais avoir réussi quand, au conseil du lendemain, 14 octobre, il renouvela son geste. Nous obtînmes qu'il tenterait un dernier efl'ort, dans la

joxirnée, auprès de la commission. Le soir il m'écrivit : « Dans la séance d'aujourd'hui, la commission i' fiiehevé de démontrer qu'elle ne voulait rien laisi^w debout du projet de budget que j'avais soutenu l^^ant elle... Après avoir constaté que je ne ramèi^Tais pas la commission à mes vues, je vous prie ^^ vouloir bien faire agréer ma démission à M. le 'ï^^sident de la République. »

^. Carnot consentit encore, sur mes instances, "Venir avec moi au sein de la commission. Des 3c j)lications fort animées s'échangèrent. Je déclarai ^^ :3c commissaires que la retraite de M. Carnot serait vie de celle du ministère et qu'ils auraient dès la responsabilité de la crise ; nous finîmes par '"^imver une transaction honorable, que le ministre ^ s Finances accepta, de sorte que la discussion du ^^dget put s'ouvrir devant la Chambre le 10 novem- •*^. Le lendemain j'eus la douleur d'annoncer la ^^^rt de M. Paul Bert, « tombé, dis-je, au champ «donneur ». La séance fut levée au milieu de l'émogénérale.

,es débats entamés avec gravité ne tardèrent pas J)rovoquer des incidents fâcheux. Les dissentiments entre le ministre et la commission s'étant '^ «mités, les esprits se trouvaient mal préparés à -^pecter les propositions gouvernementales. Bien- •^ les motions les plus imprévues affluèrent. La émission s'y opposait mollement, laissant volonle ministre seul sur la brèche. Celui-ci, meurtri

362 SOUVEfORS.

encore des coups qu'il avait reçus au cours de rëlaboration. ayant dû abandonner une partie de son système et luttant ainsi dans de mauvaises conditions, sentait ses forces faiblir et son autorité décliner. Une pluie d'amendements submergea tous ses chiffres. La Chambre semblait prendre un maliuplaisir à les adopter, sans se soucier des conséquences. Rien de plus curieux, à cet égard, que le^ multiples voles des 23 et 24 novembre. Il en estu^ où M. Carnot recueillit quinze voix! Aussi avail-^ renoncé à discuter ces fantaisies. Un an après, TA^ semblée, réparant sa cruauté, lui donnait ses su( frages pour la présidence de la République.

Au milieu de ce désarroi, je fus contraint de^ prendre un rôle aussi dangereux qu'inusité pour un président du conseil : je dus me substituer au ministre des Finances et repousser tout au moins les motions qui par leur importance ou leur caractère politique pouvaient justifier mon apparition à la tribune. La question de confiance s'est trouvée par suite engagée plus souvent qu'il n'eût été désirable pour la stabilité du cabinet. Je fis écarter des réductions demandées sur la cour des Comptes, sur le Tonkin, sur Madagascar. Tôt ou tard je devais rencontrer la pierre sur laquelle je buterais. Les majorités se lassent d'être mises à l'épreuve et veulent montrer leur indépendance.

M. Colfavru avait présenté une proposition dev«^ nue célèbre : la suppression du crédit des sous-pre-

fets et, par conséquent, de Tinstitulion elle-même. Je la combattis par des arguments qui ne furent pas réfutés et qui, je crois, ne pouvaient pas l'être. La suppression des sous-préfets, disais-je, ne devait pas être prononcée isolément; avant tout, il fallait considérer Tarrondissement. Tant qu'on laisse subsister celui-ci avec ses attributions, ses services, on ne saurait lui enlever son chef. La vraie question est donc celle de la suppression de l'arrondissement. Je ne me refusais pas à l'examiner et même j'en prenais l'engagement. Mais je me refusais à la résoudre au pied levé, car c'était la réforme adminis- Irative, dans son ampleur, que l'on abordait. Je donnai rendez-vous à la Chambre pour le prochain ]>midget : elle aurait alors tous les éléments sous les yeux et pourrait décider en connaissance de cause. Ces raisons sans doute n'étaient pas trop mauv^ses. Car vingt-sept ans ont passé et les sousf>i*éfets vivent encore. La réforme administrative ^i^e-même n'a pas été entamée, quoiqu'il y ait beau- <^oup à dire en sa faveur et que deux cabinets au '■^oins l'aient solennellement promise. La Chambre ^I^**ouvait quelque humeur d'avoir eu plusieurs fois ^^^ iTàain forcée. D'autre part, certains membres de la cirité ministérielle crurent que leur défection mo- ^^i:^tanée ne tirerait pas à conséquence et qu'il me t.^rait un nombre de voix suffisant. La proposition ^^^l^svru fut votée, le 3 décembre 1886, par 262 voix

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