LES DÉCRETS
Le 16 janvier 1880, le cabinet lut sa déclaration ^^x Chambres. Je m'étais inspiré, dans la rédaction "^ ce document, de lesprit qui m'avait animé pendant n^es voyages aux ports maritimes. De nouveau, je ''^coïu mandais l'union et la concorde. Nous nous proposions, mes collègues et moi, de rapprocher les "^Verses fractions du parti républicain et même, s'il ^^ pouvait, de diminuer l'écart entre lui et ses adver- *^*i*es : « Sans cesser d'être fermes nous serons con- ^^tiants, disions-nous, parce que nous voulons, non ^'^^lure, mais ramener, et fonder une République ^'^s laquelle tous les Français puissent successive- ^^Ht faire leur entrée. » Nous énumérions les ré- '^'^es, nombreuses, auxquelles nous allions nous ^nsacrcr, en première ligne celle du personnel, "^^ nous entendions rappeler à la stricte obéissance ^^ respect des institutions.
Cet exposé fut bien accueilli. Mais il n'y a pas ^^ ^ s'illusionner sur ce ^enre de succès. Tout dépenu.-^ ^ des solutions effectives qui seront données aux ques— -^^ tions, au fur et à mesure qu'elles surgiront. Notre-»» ^ rencontre véritable avec la Chambre se produisit les 12 février. Ce jour-là s'ouvrit la discussion sur l'amnistie plénière des condamnés de la Commune, qui réapparaissait sur la scène parlementaire, après avoii été si funeste aux cabinets Dufaure et Waddington. Je m'en étais entretenu souvent avec M. Gambetta. Tous deux nous considérions cette amnistie*^ comme désirable, nécessaire même ; nous ne la ju — gions pas encore possible. L'état des esprits, dau;^ les Cliambres et dans le pays, créait un obstacle însur^ montable. Le Sénat surtout manifestait une opposition irréductible ; son aversion à l'égard des chefs de l'insurrection n'avait pas faibli. Pour espérer le succès — et. en pareille matière, quand on tente il faut réussir — un certain délai semblait indispensable, au moins un an ou deux. Il fut donc entendu que je repousserais l'amnistie totale, comme mes devanciers, sans proscrire pourtant l'espérance. Nous réglâmes Tordre et la marche de la discussion. Le rapporteur Casimir Périer répondrait à Louis Blanc: puis Proust parlerait dans le sens de Louis Blanc, sans aigreur, sans incriminer le ministère. Je répondrais courtoisement à Proust. « Ne vous étonnez pas, me dit M. Gambetta. si plusieurs de mes amis votent l'amnistie; ils sont engagés. Vous "n'en aurez
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pas moins trois cents voix, si vous réservez l'avenir. » Il convient de remarquer que la mesure ne visait plus que huit cent cinq condamnés. Au 31 décembre 1878, il y avait quatre mille trois cent onze déportés : depuis, trois mille cinq cent six grâces étaient intervenues.
Quand mon tour de parler fut venu, j'expliquai dès les premiers mots notre attitude. J'exposai les inconvénients d'une résolution trop hâtive, qui compromettrait la cause en voulant devancer l'heure. Laissons le temps faire son œuvre, disais-je : « Peut-être un jour, au scinde cette France tranquille, apaisée, prospère, unie dans la République, un gouvernement fort de votre confiance, justifié par les gages de modération, de sagesse et de fermeté qu'il aura pu donner, ce gouvernement sera en droit de se lever et de dire : Les mesures hardies que vous nous aviez conseillées, et que nous avions toujours jugées dangereuses pour la République, le moment est venu de les réaliser. » Ce langage, qui paraît aujourd'hui plutôt timoré, fut salué comme une heureuse hardiesse et donna satisfaction à la Chambre. Malgré nue réplique véhémente de M. Madier de Montjau, 316 voix contre 114 repoussèrent l'amnistie plénière. Ainsi que me l'avait annoncé M. Gambetta, ses amis Paul Bert, Proust, Allain Targé, Spuller, Rouvier, Thomson se trouvaient dans la minorité. Mais un »d article de la République française prouva que i« n'étais pas désavoué par M. Gambetta.
Nous restions, en effet, en parfait accord. Sur 1 politique étrangère particulièrement nos vues étaien les mômes. Nous résolûmes d'échanger nos idée au moins une fois par quinzaine. J'allais dînerai présidence de la Chambre et nous passions la soiré tête à tète. Notre objectif commun était de resserre nos liens avec l'Angleterre, de nous rapprocher d la Russie et, par la suite, d'amener une entente^ entre les trois puissances. Il m'a été donné, dix ansplus tard, de réaliser avec le concours de M. Ribot la partie principale du programme : l'accord avec la Russie. Quant à la triple entente, elle n'est devenue un facteur européen qu'en ces dernières années. J'ai pu apprécier, dans nos entretiens, la sûreté et la variété des informations de M. Gambetta. Le nombre des personnes qui s'appliquaient à le renseigner est surprenant; il avait des correspondants de tous les côtés et dans toutes les classes. Un de ses amis notamment, dont il taisait le nom, occupait à San Remo une villa confortable, qu'entourait un jardin magnifique. Le prince héritier Frédéric, souffrant de sa maladie de larynx et habitant la maison contiguë, aimait à se promener sous ses ombrages. Des relations familières s'établirent entre le Français de marque et le futur empereur d'Allemagne. Il y eut des épanchements sur l'avenir des deux pays. Le correspondant de M. Gambetta ne désespérait pas qu'on pût un jour s'entendre sur l'angoissante question d'Alsace-Lorraine. Ses lettres, du plus
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haut intérêt, montraient sous un jour touchant Tctat d'esprit de Tauguste malade. Il semblait deviner le souverain qui, dans sa courte apparition sur le trône, étonnerait le monde par son détachement des grandeurs : « Qui sait? me disait M. Gambetta. La justice immanente réserve de si grandes surprises! »
Une des premières visites que je reçus au quai d'Orsay fut celle du prince Orloff, ambassadeur de Russie. Nous n'étions pas étrangers l'un à l'autre, ayant eu de fréquentes rencontres dans les salons ministériels. A un moment de l'entrevue, il me dit : « Maintenant que je me suis acquitté de mes communications officielles, voulez-vous que nous causions à titre privé ? Et, pour le mieux marquer, quittons, s'il vous plaît, cette place (j'étais à mon bureau) et allons nous asseoir près de la cheminée. Il est convenu — n'est-ce pas ? — que nos gouvernements ne nous entendent pas et que ces propos ne laisseront aucune trace. » — « Volontiers, répondis-je un peu intrigué, je vous écoute. » — « Eh bien! reprit-il, une chose m'a toujours étonné, c'est que vous soyez allés au congrès de Berlin, pour vous associer à ceux qui nous ont dépouillés. N'était-ce point votre intérêt de vous rapprocher de nous, au lieu de favoriser les intrigues du prince de Bismarck? Il ne vous aime pas plus que nous et par conséquent il nous dicte, aux uns et aux autres, notre conduite. » Je lui ex-
posai les raisons multiples qui nous avaient amenés à Berlin et je protestai de nos bons sentiments pour la Russie. « Soit, dit le prince, qui ne parut pas convaincu. Mais laissons cela, c'est le passé. Pour Tavenir, qu'est-ce que vous comptez faire? » — « Cultiver avec soin, répondis-je, toutes les occasions qui peuvent développer les sympathies entre les deux gouvernements. Ne le crions pas sur les toits, car il faut marcher prudemment; nous sommes entourés de mauvaises volontés qui pourraient amener Téchec de nos tentatives. » — « Je constate avec plaisir, appuya-t-il, que vous êtes personnellement dans un état d'esprit qui permettra, à un moment donné, d'en reparler d'une manière plus précise... Notre causerie est terminée, ajouta-t-il après quelques banalités, je redeviens ambassadeur et je prends congé du ministre. »
Je rapprochai cette conversation de quelques mots que m'avait dits M. Waddington en me remettant le service : « La Russie est disposée, je crois, à un rapprochement, mais nous sommes épiés par le prince de Bismarck. La menace d'un traité entre la Russie et la France pourrait le décider à ouvrir les hostilités. Lisez les dépêches de Saint- Vallier. Elles sont fort instructives. » Une lettre, en effet, du 14 novembre 1879 donnait des détails circonstanciés sur une longue conversation que notre ambassadeur avait eue avec le chancelier, à Varzin. Celui-ci paraissait fort désireux de prévenir toute fausse in-
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terprétation sur Tobjel de Talliance étroite qu'il venait de conclure avec rempereur François-Joseph : « Nous avons été, dit-il, menacés de la guerre par la Russie. Voilà le motif de l'accord de Vienne. » — « J'ai compris, continuait-il, que la chose devenait grave et qu'il fallait aviser, car je voyais les coquetteries de GortschakofT et de la presse russe pour flatter vos rancunes contre nous et vous entraîner à une alliance. » Le mot était lâché; l'alliance de la Russie et de la France, c'était bien le cauchemar de M. de Bismarck. Pour la prévenir, il eût été capable de déclarer la guerre, car, disait-il plus lard avec insistance, « je ne veux pas être attaqué À la fois à l'est et à l'ouest. » Il nous importait 4Jonc de procéder avec circonspection ; d'autant plus cque l'ancienne amitié entre la Russie et l'Allemagne pouvait après tout renaître. Cependant, dès aujourci'hui, nous devions créer l'atmosphère propice à <3'étroits rapports dans l'avenir. Cette politique eut l'approbation du conseil. M. Gambetta m'engagea "Vivement à la poursuivre et, en même temps, à di- :»Tiinuer, autant qu'il dépendrait de nous, les trop ^•"lombreux frottements qui, du côté des Indes, se Joroduisaient entre l'Angleterre et la Russie.
Je mis donc une cordialité particulière dans mes Relations avec le prince Orloff. Je voulais qu'il eût X 'impression de se trouver auprès d'amis de son
pays. Il se montra très sensible à mes prévenances.
On jugera du ton de nos rapports par ce billet tracé
de sa main, qui me remerciait des condoléance émues que je lui avais adressées, à Toc^asion lattental du Palais d'été, le 18 févriei-1880 : « Mon — sieur le Minisire, vos lignes si pleines de cœur seront placées sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté y reconnaîtra le vrai sentiment de la France et Elle appréciera vos sentiments si nobles et si élevés. Pour ma part, je ne puis que les admirer et vous remercier d'avoir bien voulu me les exprimer. — Veuillez, Monsieur le Ministre, recevoir l'expression de mes sentiments les plus dévoués. Prince Orloff. »
Malheureusement cette intimité naissante subit bientôt un temps d'arrêt, par suite de circonstances aussi fâcheuses qu'imprévues. Un Russe d'Arkhangel, du nom de NicolaiefT Hartmann, qui se dissimulait sous le pseudonyme de Nicolas Soukouroukof, avait, le 10 novembre 1879, fait sauter un train de chemin de fer. dans l'espoir d'atteindre la famille impériale. Son crime accompli, il s'était, croyait-on, réfugié en France. Le 25 février 1880, l'ambassade me remit une demande d'extradition, accompagnée du sif^nalement et de la photographie du personnage, (lelui-ci ou son sosie fut immédiatement arrêté, mais le juge d'instruction signala l'insuffisance des pièces qui « ne permettaient pas plus de j)rouver l'identité du prisonnier (jue sa participation à l'attentat qu'on lui imputait ». J'en rendis compte
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au prince Orloff, dans une entrevue du 29 février, en insistant sur la nécessité de fournir des pièces plus probantes. Au cours de la conversation, le prince fit allusion aux polémiques de presse provoquées par l'incident et exprima l'espoir que le refus d'extradition, s'il lui était opposé, ne serait pas motivé par des raisons politiques, telles que la méconnaissance du caractère de l'acte; le gouvernement russe le considérait comme un crime de droit commun au premier chef et n'admettait pas qu'une discussion pût s'élever sur ce point. Le conseiller d'ambassade, comte Kapnist, avait tenu le même langage au garde des sceaux Cazot.
M. Nicolas Mourawief, avocat général à la cour et professeur de droit à l'université de Pétersbourg, fut mis, par l'ambassade, en contact avec M. Cazot le 4 mars. Il ne produisit pas de pièces justificatives se contenta d'expliquer le mécanisme des lois rusi, en s'attachant à bien marquer le caractère du crime. Dans l'intervalle, notre procureur général E>auphin avait lui-même interrogé le prisonnier et confirmé les conclusions du juge d'instruction. Le conseil des ministres, réuni le 6 mars, sous la présidence de M. Grévy, se rangea à l'opinion du procureur g^énéral et dès lors estima que l'extradition ne pouvait être accordée, faute de preuves. Comme, d'autre P^ï't, il était impossible de prolonger une détention qui devenait arbitraire et soulevait, à ce titre, des pro- ^sta. tiens, le prisonnier fut dirigé sur l'Angleterre.
Au sortir du conseil, j'avisai le prince Orloff du résultat par un billet personnel, en lui annonçant une prochaine notification officielle et me mettant, ainsi que M. Cazot, à sa disposition pour des explications verbales. Nous nous rendîmes dans l'après-midi à l'ambassade ; la conversation fut assez animée et je vis avec peine que le prince s'était mépris sur l'intention amicale de ma communication. Dans les mots « à l'unanimité », que j'avais insérés pour montrer combien la cause nous avait paru évidente, l'ambassadeur avait cru voir une façon désobligeante d'accentuer le refus. Détail plus grave, dans sa hâte d'informer son gouvernement, il avait expédié mon billet personnel à Pétersbourg, où il devait produire une fâcheuse impression par son tour laconique et familier.
Ces explications échangées, j'adressai au prince, sous la date du 8 mars, la notification officielle annoncée, dont la correction, je crois, ne laissait rien à désirer :
« Monsieur l'Ambassadeur,
« Ainsi que je me suis empressé d'en informer Votre Excellence samedi matin, le Conseil des ministres, dans sa séance du même jour, 6 mars, a pris connaissance d'un rapport adressé la veille par M. le Garde des sceaux au Président de la République, au sujet de la demande d'extradition formée
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par votre gouvernement contre un individu inculpé de détérioration de la voie du chemin de fer de Moscou-Koursk. Ce rapport, s'appuyant sur deux autres rapports, l'un émané du procureur de la République, l'autre du procureur général près la cour d'appel de Paris, conclut que les preuves manquent pour établir Tidentité de l'inculpé et sa participation aux actes incriminés.
« Le Conseil, après avoir examiné attentivement
ces documents et en avoir délibéré, s'est rangé à
l'avis de M. le Garde des sceaux et a décidé qu'il
n'y avait pas lieu d'accorder l'extradition. J'ajoute
cjue le Conseil s'est maintenu strictement sur le
lerrain défini par la demande d'extradition et ne
^'est préoccupé d'aucune question plus ou moins
Cîonnexe. La délibération a porté uniquement sur le
;{>oint de fait que j'ai indiqué plus haut, et a eu, dès
Xors, comme l'instruction elle-même de l'affaire, le
^^aractère purement juridique. Je joins ici les copies,
^3ertifiées conformes, des trois rapports sus-men-
'Cionnés, ainsi que la copie de la lettre d'envoi de
^I. le Garde des sceaux.
« Agréez, etc. »
Tel est le résumé de « l'affaire Hartmann » qui "fit alors grand bruit et eut pour résultat de refroidir pendant un temps nos rapports avec la Russie. Heureusement la force des choses devait l'emporter sur des incidents en somme secondaires.
Un autre épisode m'a laisse un souvenir plus agréable : c est celui de la « rectification des frontières grecques ». Le congrès de Berlin avait prévu un arrangement entre la Turquie et la Grèce, aux termes duquel celle-ci devait rentrer en possession d'une partie de TEpire et de la Thessalie. Les choses en étaient là, depuis près de deux ans, le gouvernement turc ayant opposé les procédés dilatoires qui lui sont familiers. Le roi Georges * vint à Paris au mois d'avril 1880. Il nous invita à déjeuner, M. Gambelta et moi, à l'hôtel Bristol, place Vendôme : « Il veut sans doute vous parler des frontières grecques, me dit M. Gambetta. Je crois que, sans vous compromettre, vous pourriez vous engager à étudier cette affaire, qui traîne depuis trop longtemps. Ces pauvres gens sont victimes de l'indolence de la diplomatie. » Le roi Georges, que je n'avais pas eu l'honneur d'approcher, mais qui connaissait M. Gambetta, nous reçut avec une grande affabilité. Nous étions cinq à table, dont M. Delyanni, ministre de Grèce à Paris, et le premier aide de camp du Roi. Après le dessert, ces deux derniers s'éclipsèrent et nous resU\mes seuls avec Sa Majesté. Le Roi, qui me parut posséder le dossier à merveille, fit un exposé complet de la situation. Il
1. C'est le souvfM'ain si mallicurcuscmenl assassiné à Salonique, le 18 mars 1013. Jamais cher d'État, par la simplicité et Taménité de ses manières, par sa bienveillance naturelle et par les services rendus à son peuple, ne parut devoir être mieux a l'abri d'un sort aussi trajçique.
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rappela tous les détails de la discussion au sein du congrès et montra la solidité du titre dont la Grèce était munie. Il ne s'agissait que de le mettre en valeur. Si la France voulait prendre une initiative, il était persuadé, d'après ses démarches personnelles, que l'Angleterre s'y associerait, et que l'Allemagne et la Russie l'accueilleraient avec faveur : « Je ne vous demande rien, Monsieur le Ministre, ajouta-t^il ; je sais que vous ne pouvez présentement rien me dire. Je vous prie seulement d'examiner la question. Vos chefs de service pourront vous confirmer la complète exactitude de ce que je viens de vous raconter. Vous reconnaîtrez l'urgence de prendre un parti. La seule solution que la Grèce ne puisse pas accepter, c'est le statu qno. L'indécision, l'inquiétude la minent; la population souffre, les exaltés lui donnent de mauvais conseils : des troubles ou un conflit seraient à redouter. » Je répondis que mes sympathies étaient acquises à la cause hellériique. Je ne pouvais, comme Sa Majesté l'avait pensé, dire un mot de plus sur le moment ; j'en en- "Ireliendrais mes collègues et le président de la RéjDublique. Dans la limite qui nous serait permise, xious agirions au mieux des intérêts de la Grèce. Le ïloi me remercia de mon bon vouloir et m'assura C|u'il n'en demandait pas davantage. La justice de s^a cause ferait le reste.
En sortant de l'hôtel Bristol, nous nous communi- «^juâmes nos impressions. L'accueil franc et cordial
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de Sa Majesté m'avait favorablement disposé. La clarté de ses explications dissipait les doutes que pouvait laisser la simple lecture des protocoles du congrès. M. Gambetta. dont l'attention était depuis long^mps éveillée, me confirma dans mon sentiment. Il me conseilla, si le gouvernement se déterminait à agir, de me concerter préalablement avec le cabinet de Londres. D'après des avis sûrs, que lui avait transmis Sir Charles Dilke, je trouverais de ce côté un complet appui, comme le Roi me Tavait donné à entendre. C'était une occasion de marquer notre accord avec l'Angleterre, ainsi que nous le marquions déjà dans les affaires d'Egypte.
Le conseil des ministres, mis au courant des suggestions du roi Georges, conclut, après une délibération approfondie, qu'il convenait de sonder le gouvernement britannique, en vue de la réunion éventuelle d'une conférence à Berlin, laquelle statuerait sur la suite à donner aux stipulations du congrt»s. On sait le reste. Le cabinet de Londres, d'accord avec nous, établit un tracé des frontières grecques, (»n harmonie avec les intentions du congrès et qui tenait un compte sincère de la géographie et des affinités des populations. La conférence se réunit, le 19 juin 1880, sous la présidence de M. de Bismarck, désireux de compléter son oeuvre de 1878. Le tracé adopté par elle donnait une large satisfaction aux revendications helléniques. Il y eut un temps d'arrêt par suite de mon déj)art du ministère en septembre