Fonderie
Louis XIV voulant réunir dans la ville de Douai , tous les objets propres à son artillerie , résolut d'y établir une fonderie de canons. Il fît venir Jean-Baltazar et Jean- Jacques Kcller natifs de Zurich, qui avaient déjà donné des preuves de leur capacité à Brisât k. Les ordres du Souverain furent exécutés par ces artistes en 1669 , et la fonderie fut placée dans l'ancien château. Ils restèrent en ville jusqu en 1696 , et furent remplacés , à celle épopue , par M. Claude Bevenger de Falize > qui [mourut en 1723, avec le titre de commissaire des fontes de l'artillerie. Nicolas- Jean Befcugcî* succéda & son oncle, et termina sa carrière en célibat jan 1^38. Son frire- cadet François- Simon Bercngor d'Onicourt , alors commissaire provincial
DES HÀBITÀNS DE DOUAI. .22*5 d'artillerie, fut engagé à sermettre a la tête de la fonderie. 11 mourut en i »j47 1 et son filsf Jean-François Bcrcnger , né a Douai, le 16 juillet i^25 , le remplaça. Le,s succès * outenus de ses opérations, lui firent confier, en 1757 , lamisssion importante de remonter la fonderie de Strasbourg. Il répondit à l'espérance qu'on avait fondée sur ses lumières. 11 forma l'établissement : il y coula plus de 45o bouches-à-feu , [la plupart en canons de 16 et ^4» ct nc revint, trois ans après, à son poste primitif, quapiès avoir formé un sujet capable de bien diriger ce nouvel atelier.
Non content de fournir, par ses procédés , les preuves de ses connaissances , il voulut les transmettre à la postérité. On trouve en effet, dans V Encyclopédie, le fruit de ses méditations sur l'incertitude de Tait de la fonderie; et les rédacteurs de ce bel ouvrage n'ont pas hésité a lui rendre justice , en y plaçant la note suivante : Nous saisissons
avec plaisir cette occasion de rendre à ses ialens-et, à son intégrité , toute la justice qui leur est due ; mais on sait bien que çe ne sont pas toujours les gens de cette
trempe qui sont consultés , écoutés et employés. Vol. i.#r, page 6 13 /édition in-folio.
Dès 1763, M. Berenger avait éprouvé la vérité de cette remarque. Un Irlandais, nommé Moofe avait obtenu du gouvernement la permission de faire la comparaison des pièces fondues par ses procédés avec celles fournies par M. Berenger. Ces épreuves eurent Jieu à Lambres , sous la direction de M. de Gribeauval, alors maréchal-decamp. Un détachement de la brigade de Dt^mazis , laquelle devint, deux ans après, le régiment de Besançon, était venu de la Fère, pour procéder à celte opération, et était resté à Douai du 5 septembre au 21 octobre suivant. Ce ne fut qu'après avoir démêlé et déjoué des intrigues, que le commissaire reconnut la supériorité du système de M. Berenger -, et ce fut pour reconnaître ses talens que LouirXV lui déféra, aussitôt après , le titre de commissaire- général de ses fontes. Onze ans plus tard, Louis XVI, son successeur, le décora du collier de son ordre* Malgré ces distinctions et ces avantages , de nouveaux adversaires se présentèrent encore. En 17 86, deux frères, nommes Poitevin ,
«lui
DES HÀBITANS DE DÔUÀT. 2^5
qui avaient été employés dans les forges du Périgord , après ravoir été dans une fonderie de brouze, à Vienne, revinrent en France, avec de puissantes recommanda lions , et obtinrent que des expériences fussent faites à Douai et à Strasbourg. Quoique le résultat de ces eipériences fût loin d'être à leur avantage , il entrava néanmoins lès opération* de M. Bcrcnger. Il lui fut cependant permis de couler a ses frais , et suivant ses procédés , deux cauons, dont on éprouverait la bonté f en faisant tirer jusque ce qu'ils fussent hors de service. Ces pièces tirèrent d'abord chacune les quatre coups à double charge, dont un à boulet nud ; elles tirèrent ensuite £000 coups chacune; et comme elles furent reconnues après en état d'en tirer ^000 autres , on pensa qu'il était inutile de consommer une plus grande quantité de poudre, pour se convaincre de leur bonté. Le procès -verbal de «ette opération a été clos le 1 janvier 1788 ; il fut envoyé au ministre de la guerre, et les canons furent déposés à l'arsenal.
Les terrains et bâtimens du collège du Roi ayant été réunis à la fonderie , par décret du 5 février 179$ , M, Berenjjcr , pour tir«v
326 SOUTÎNTES
parti de cet emplacement, fit faire une troisième machine a forer , et il la peifcClionna de manière à rendre son action plus expéditive que celle des deux autres qui existaient déjh. Cette machine fut totalement achevée à la fin du mois d'août de la même année. En exécutant ce plan, il en imaginait, il en améliorait d'autres; il s'occupait a préparer ce qui était nécessaire pour la construction d'un nouveau four a réverbère, suffisant pour la fonte de 3o milliers de métal , qui eut économisé une immensité de bois ; et , pour épargner à l'Etat, l'entretien de 2j chevaux employés a faction des machines à forer, i! allait reproduire le projet rejeté par le .ministre, en 1785 , de faire mouvoir ces machines a l aide d'un moulin qu'il était
facile d'établir sur le ruisseau qui traverse la
fonderie.
Tels étaient les soins de M. Bcrenger, lorsqu'une lettre du ministre, en date du 19 octobre 179^ , lui ordonna de quitter sor-le* champ les ateliers de la fonderie, et de rendre jes comptes. Le directoire du département installa aussitôt M. Eouqucro , nommé pour lui suççédcr. Celte disgrâce étail d'autant
DES HÀBÎTANS BK DOUAI. 227 moins attendue , que la conduite de M.
Berenger était irréprochable , et que le comité de salut public, avec lequel il était constamment eu correspondance , relativement à ses fonctions , témoigna le plus grand étoniiëïïïeiit à l'occasion de son remplacement! Des ouvriers qui se conduisaient mal, et qui nt répondaient pas aux soins qu'on en exi* geait pour le bien du service, furent sans doute les ageus qui le calomnièrent , et qu'on employa pour le faire sortir de son poslc, malgré que, depuis le mois de juin procèdent , il eût présenté aux épreuves 91 canons, qui tous ne le cédaient en rien a ceux trouvés ii Condé , et qui donnèrent a l'étranger des moyens efficaces de s'emparer de Valencicnnes.'
Justice eufin fut rendue a ce respectable vieillard; il fut réintégré dans ses fondions le 23 septembre i'Ç)o» Le même zèle, le même courage Yy accompagnèrent ; niais ses infirmités augmentant chaque jour, sa »urdilé surtout était extrême (elle eudi le rc\uU
tal de 60000 coups tirés près de lui, lors des épreuves des 12,000 pièces qu'il avait fondues}, etue pouvant plus suffire a f immensité de ses travaux, il obtint, eu îtfoi,
228 SOUVENIRS d'avoir pour coopératetir, son second fils, Jean- Théophile , à qui il avait donné le nom du Principal Outil de ses ateliers ( La Perière). Gontent de son sort , satisfait d'avoir donné à l'Etat, pour le remplacer, un sujet qu'il avait forme lui-même, il mouiul en paix , le 3o juin 1802.
Duraut Tannée 1811, on coula dans cet établissement, 12 pièces de 4^ > Tune délies, du poids de 5^4 kilogrammes , tomba au fonds du bateau sur lequel on la chargeait, le 22 juillet de cette année, pour la conduire à Anvers ; et, par sa chute, elle lui occasionna des avaries graves.
Dès avant le mois de juillet 1821, époque à laquelle M. Berenger a cessé d'être attache à la fonderie , cet établissement est resté sous la main directe du gouvernement, qui a nommé des officiers pour le diriger , le régir et le surveiller.
Grâces aux soins et a ^surveillance apportés dans cet établissement, les accidens ne s'y sont pas multipliés. OTi remarque néanmoins ceux des 14 août 1762 et a5 juillet 181 tN Le premier consista en ce que le métal , parvenu en ludion dans Tua des
DES HÀBITANS DE DOUÀI. 2?9
moules, selança avec violence, emporta le toit, et mit le feu à l'édifice j le second provint de*"ce que le Ireuil qui servait à retirer de la fosse, où avait été coule uu mortier à \&Vdlanirojs, pesant i5,ooo kilogrammes * s'élant brisé, la pièce tomba de 18 pied* d'élévation , et dix ouvriers furent plus ou moins griéveineut blessés , sans qu'aucun lût en danger de perdue la vie.
Dans le mois de novembre 1806 , on pratiqua une grande porte, rued'Arras, pour le service de la fonderie , et on jeta deux ponts sur les ruisseaux qui la traversent. Ou évita , par ce procédé, la difficulté de soi tir les bouches-a-feu par l'issue près le pont des Augustïns , formée en l'jfô} et cette issue fur close.
Ou elle encore les trois aecidens suivans y dans les dépendances de l'artillerie.
Le 26 avril 1793, le feu s élant communiqué dans l'atelier des artifices , aux Char treux, l'iJaraie se répandit dans le quartier., Les progrès de cet accident furent aussitôt arrêtés.
Le i3 septembre 1794? explosion , dans Je même atelier, d'uue chaudière remplie
de roche-à-feu. Trois militaires en fuient grièvement blesse'*.
Le 11 juillet i8i4* près du chemin de Fériu , sur la route de Cambrai, explosion d'un caisson chargé d'obus , faisant partie de ceux conduits à Vjicennes. Plusieurs canonniers et soldats du Train , ainsi que des chevaux , fuient lues ou grièvement blesses.
Construction de deux nouveaux magasins
à poudre.
Dans le mois d'août «819, en exécution des ordres du Roi y 27 ares 5g centiares furent distraits de la propriété de M. Durand dEIeeourt , ayant issue dans la ruedArraSi et une indemnité de 6,000 francs lui fut comptée.
ares 5i centiares furent séparés de la propriété de M. Dhérin , cultivateur au Temple , moyennant une somme de 5,coo iViincs.
Les travaux de la construction de cet deux rnagasius commencèrent aussitôt sur ces points; ils furent assis sur une charpente immense. La confection de ces deux magasins du plus grand échantillon , fut terminée Tannée suivante.
Paratonnerres placés sur Us magasins
à poudre,
i.° Au mois de juin 1809, sur celui établi de 1720 à i^3o, près les Chartreux; 2.°à la morne époque, sur celui de la tour à la porte de Paris.
3 ° Le 18 octobre 1819, sur le magasin de la tour St- André , prè* la porte de Lille.
4. * Le 3 novembre suivant, sur celui de la tour des Darnes, au-delà de la sortie des eaux.
5. ° Vers la fin de 18201, sur le nouveau magasin , au jardin du Temple,