Souvenirs;
Mon cher ami, voilà nos élections à peu près terminées ; elles nous laissent exactement comme nous
(1) Événements de décembre 1821 a décembre 1822. — Formation d'un nouveau cabinet pris exclusivement dans la droite : MM. de Villèle, Corbière, le duc de Bellune, de Peyronnet, de Montmorency, de Clermont-Tonnerre. — Il n'a pas de président du conseil (14 décembre 1821). — Le nouveau ministère retire le projet de loi relatif à la censure. — Prompte rupture de la coalition formée entre la droite et la gauche. — Position difficile et embarrassée du cabinet qui essaye de se concilier les exagérés de l'extrême droite en leur distribuant de nombreux emplois, mais qui ne peut les satisfaire tous. — La majo- III. 1
étions, sauf l'effet moral des élections de Paris qui est très grand et nous sera bon sous plus d'un rapport.
rite de l'ancien centre ministériel se rallie à lui. — Influence de la congrégation. — Complots révolutionnaires.
— Conspirations tramées par le carl)onarisme à Saumur, à Belfort, à Marseille et découvertes avant d'avoir éclaté.
— Complicité de MM. de La Fayette, d'Argenson, Manuel, de Corcelle, etc. — Délibérations de la Chambre des pairs sur sa compétence comme cour de justice. — Présentation à la Chambre des députés d'un projet de loi sur la police des journaux (2 janvier 1822). — Indignation qu'il excite dans le parti libéral. — La commission propose, entre autres amendements, d'enlever au jury le jugement des délits de presse. — Longue et violente discussion de ce projet de loi. — Malgré la résistance opiniâtre de la gauche, toutes les dispositions du projet sont adoptées, y compris l'amendement contre le jury qui, combattu par M. de Serre, a été adopté par le gouverment. — On vote également un amendement de M. Bonnet qui, en cas de poursuites pour diffamation contre un fonctionnaire public, interdit à l'accusé de faire la preuve des faits par lui allégués. — Sur le rapport de M. de Martignac, on vote aussi, après des débats non moins vifs, la loi relative à la police des journaux. — Seconde conspiration de Saumur. — Tentative infructueuse du général Berton pour s'emparer de cette ville, après avoir proclamé à Thouars un prétendu gouvernement provisoire (24 février). — Un conseil de guerre de Tours condamne à mort trois élèves de l'École de Saumur pour la conspiration précédente. Ce jugement est cassé pour vice de forme. — Troubles à Paris à l'occasion d'une mission. — L'École de droit est fermée pour six mois. — Troubles à Lyon, à Toulouse, etc. — Élections partielles àParis et dans quelques départements, généralement favorables à la gauche. — Discussion et vote à la Chambre des
. pairs des deux lois sur la presse. — La première n'y passe
Le parti s'en trouvera bien dans son intérieur comme dans ses relations extérieures. C'est là ce qui m'en
qu'avec un amendement considérable. — Formation dans cette Cliambre d'une opposition puissante et habile à laquelle se rallient les membres du précédent ministère. — Discussion et vote du budget de 1822. — Violentes attaques de la gauche contre la politique intérieure et extérieui*e du cabinet. — Clôture de la session (1'='' mai). — Emportements du parti ultra-royaliste. — Incendies multipliés dans plusieurs départements. — Élection d'un cinquième de la Chambre des députés (9-16 mai). ^- L'opposition, victorieuse à Paris, est vaincue dans les départements. — Mort du duc de Richelieu. — M. Frayssinous, évèque d'Hermopolis, est nommé grand maître de l'université. — Progrès de l'influence ecclésiastique. — Faibles elTorts de M. de Villèle pour contenir la réaction politique et i^eligieuse. — Procès politiques. — Condamnation et exécution du maréchal des logis Sirejean à Tours et du capitaine Vallé à Toulon. — Troubles à Paris par suite du refus de laisser célébrer l'anniversaire de la mort du jeune Lallemand. — Ouverture de la session de 1822 (4 juin). — La Chambre des députés demande, dans son adresse, le châtiment des conspirateurs. — Discussion et vote d'une loi de douane conçue dans l'esprit du système protectionniste le plus exagéré, et d'une loi relative à la construction de plusieurs canaux. — Exigences croissantes des ultra-royalistes, malgré les faveurs dont on ne cesse de les combler. — Continuation des conspirations et des procès politiques. Violences du ministère public. — Arrestations du général Berton et du lieutenant-colonel Caron. — Vifs débats sur la question d'Espagne, sur la police, sur la manière dont sont conduits les procès politiques. — M. Mangin, procureur général à Poitiers, ayant, dans l'acte d'accusation du général Berton et de ses complices, désigné plusieurs députés comme complices de la conspi-
frappe surtout. Dans le système du centre, les deux sections centrales g^a^^[taient nécessairement vers F exration, M. de Sainte-Aulalre demande qu'il soit appelé à la barre et jugé pour offense envers la Chambre. La proposition est rejetée à la majorité de 226 voix contre 127 (o août). — Suite des procès politiques. — Nombreuses condamnations capitales. — Exécution de Maillard à Pau, — des sergents de La Rochelle à Paris, — du lieutenant-colonel Caron à Colmar, — du général Berton et de ses complices à Poitiers et à Thouars. — Fin des sociétés secrètes. — Innombrables condamnations pour délits de la presse, pour propos et cris séditieux. — Dissolution et réorganisation de l'École de médecine à la suite de manifestations contraires à l'influence du clergé (2 novembre). — Suppression de l'École normale. — Suppression du cours d'histoire de M.Guizot. — Ordonnance qui règle d'une manière définitive le système de la comptabilité financière. — Élection d'un cinquième de la Chambre des députés. Sur quatre-vingt-six nominations, la gauche n'en obtient que sept (13-20 novembre). — Négociations sur les affaires d'Orient. — L'empereur Alexandre, ne pouvant se décider à la guerre contre la Porte, se livre entièrement à l'Autriche et à l'Angleterre pour essayer d'obtenir d'elles quelques concessions. L'insurrection grecque se soutient. — En Espagne, après diverses alternatives, le parti révolutionnaire prend le dessus sur le parti modéré. — Insurrection absolutiste dans les provinces du Nord. — Établissement de la régence d'Urgel. — En France, le parti ultra-royaliste presse le gouvernement d'intervenir pour renverser la constitution des Cortès. — Préparatifs du congrès de Vérone où cette question paraît devoir être l'objet principal des délibérations. — Suicide de lord Londonderry. — M. Canning le remplace comme ministre des affaires étrangères. — M, de Villèle devient président du conseil. — Son désir d'éviter la guerre. — Réunion préliminaire de Vienne avant le
trême droite et l'extrême gauche ; dans l'état actuel l'extrême droite etTextréme gauche gra^-itent nécessairement vers le centre droit et le centre gauche. C'est un grand progrès. Du reste, d'après ce qu'on me mande et ce qui doit être, rien ne changera ; le ministère et son partiront au contraire s'efforcer d'être encore plus modérés qu'auparavant. A tout prendre, ils regardent le résultat électoral comme une défaite. Ils se disent très
congrès (septembre). — La Russie pousse à la guerre contre la révolution espagnole. L'Angleterre s'y oppose ouvertement. M. de Metternich essaye de la détourner sans mécontenter l'empereur Alexandre. M. de Montmorency y incline malgré les instructions de M, de Villèle.
— Congrès de Vérone (20 octobre). — Question d'Espagne.
— Continuation des eflforts de la Russie pour décider la France à la guerre contre la révolution espagnole. Efforts en sens contraire de l'Angleterre. — Jeu double de M. de Metternich. — M. de Montmorency se laisse entraîner à des démarches qui rendent la guerre presque inévitable.
— A Paris il n'est pas approuvé, et la France demande à -ses alliés, sans pouvoir l'obtenir, l'ajournement des communications hostiles à faire au cabinet de Madrid. L'Angleterre se sépare des autres puissances. — Délibérations du congrès sur les moyens de réprimer la traite, sur les colonies espagnoles, sur la Grèce, sur l'Italie. — Évacuation partielle du Piémont et des Deux-Siciles par les forces autrichiennes. — Tentative de M. de Metternich pour augmenter, dans la péninsule, l'ascendant du cabinet de Vienne. — Clôture du congrès par une circulaire des cours d'Autriche, de Prusse et de Russie qui frappe d'anathème toutes les révolutions (14 décembre). (D'après les sommaires des chapitres lsui, lxix, lxx, lxxi, lxxii, lxxiii, Lxxiv, Lxxv, Lxxvi, Lxxvii, LxxvHi, Lxxix de VHlstûire de la Restauration, par M. Louis de Viel-Castel.)
décidés à ne présentera la session que le budget et les canaux, et craignent assez peu leur montagne, parce que, pour les attaquer avec quelque force, elle est obligée de se faire libérale et qu'ils sont décidés à l'être eux-mêmes tant qu'ils pourront. Lisez le Journal des Débats; la politique des meneurs est là tout entière. Voilà ce qu'on voit de plus clair à vingt lieues de Paris 1).
Que faites-vous? Avez vous posé votre esprit quelque part? Pour moi, je me trouve à merveille dans le repos où je \is, et j'y passerais volontiers un an. Paris m'a ennuyé cet hiver; je prends une grande aversion du mouvement sans but et de la parole sans dessein. J'aime mieux attendre que remuer en ne marchant pas. En attendant je me suis donné un mois pour recueilUr et rédiger quelques idées sur l'emploi de la peine de mort en fait de crimes pohtiques. La question m'intéresse depuis longtemps et peut-être, au milieu de leurs procès de complots, publierai-je ce que j'écris pour prouver que la peine de mort, enpohtique, si l'on n'est la Convention^ n'est aujourd'hui qu'une ^'ieillerie, une routine empruntée à des temps tout autrement faits que les nôtres, et où elle avait une efficacité qu'elle n'a plus du tout. Quand cela sera fait, que je le publie ou non, j'entreprendrai un grand travail sur les principes et la pratique du gouvernement représentatif et il me mènera où il voudra.
(1) Bois-Mllet, propriété de M. de Meulan, située près de Montereau. c. b.