‹ Souvenirs; (volume 4)Chapitre 42 sur 55 · DU DUC DE BROGLIE · texte numérisé non relu

DU DUC DE BROGLIE

Coppet, 3 décembre 1827.

Votre lettre a fait comme nous, mon cher ami, elle est arrivée tard, bien tard, trop tard. A la première nouvelle du danger du pauvre Auguste nous sommes partis de Broglie et venus sans nous arrêter jusqu'à Annonnais; là nous avons trouvé un voilurier. Il avait vu défiler les voitures du convoi. Je vous laisse à juger du reste du voyage. Vous le pouvez, car vous nous connaissez tous ; mais ce que vous ne sauriez vous figurer, c'est le spectacle de. désolation que présente ce malheureux Coppet : ma belle-sœur et sa mère sont dans un état qui fait une profonde pitié ; rien jusqu'à présent n'a pu, je ne dis pas distraire, mais intéresser cette infortunée jeune femme, ni la vue des amis les plus chers de son mari, ni les espérances de son enfant, ni quoi que ce soit au monde ; les douleurs mêmes de l'accouchement n'ont pu détourner sa pensée un seul instant ; et la vue de son enfant n'a pu obtenir d'elle le moindre témoignage de joie; l'enfant se porte bien fit promet de vivre ; la mère elle-même n'est point mal comme santé, mais si on peut résister longtemps à cet excès de douleur, en vérité, je l'ignore. La maladie du pauvre Auguste a été une fièvre maligne très vive. Sa mort a été un deuil pour tout le pays. Tous ces beaux établissements qu'il avait formés vont se détruire peu à peu, et la maison elle-même a déjà l'air d'un tombeau. Oh ! mon Dieu, que la vie humaine est une courte chose !

Nous comptons rester encore ici une quinzaine de jours, et puis retourner à Paris. Nous vous y verrons

sûrement au commencement de la session, car, ma foi, celle-ci sera curieuse. Adieu, mon cher ami, aimons-nous.

DE LA DUCHESSE DE BROGLIE

Coppet, 4 décembre 1827.

Cher Prosper, bien que je n'aie eu le temps ni la force, au milieu du trouble et de la douleur qui nous accablent, d'écrire à personne, je veux vousécrire un mot. Je sais et je sens combien vous êtes ému, pauvre Prosper, ce cher Auguste était pour vous commepour moi, quoique à moindre degré, uni à toutvotre passé. Je suis sûre que les déchirantes impressions que Coppet désolé me fait éprouver, vous les partagez. Ah ! cher Prosper, quelle dispersion de tant de choses si chères, quel lien brisé ! Et sa pauvre femme, c'est une douleur incomparable ! Ce pauvre enfant, c'est un fils, est venu au monde bien portant par la protection de Dieu, mais sous quels tristes auspices! Cette pauvre créature si jeune, si pure, si vive, qui n'a connu aucun mécompte, qui ne trouve rien d'incomplet dans le bonheur de ce monde, et à qui tout est ravi ! La mère est admirable; elle n'a pas, pour supporter la douleur de sa fille, la force qu'elle avait pour la sienne. Elle dit : Mon fils n'était plus dans les flammes et ma fille y est. Mais elle est soumise ; elle peut encore bénir Dieu au milieu de son agonie. La fille est bien pieuse ; l'âme d'Auguste est allée si droit dans le sein de Dieu. Toute cette année son avancement religieux frappait chacun ; il a été presque toujours en délire, pendant sa maladie et même en délire, il priait. Ah !

cher Prosper, l'Évangile, l'Évangile, c'est la vie 1 quand je compare la douleur sentie depuis que j'appelle Dieu mon père que je me sens enfant de DieupSir le sang de Jésus-Christ, avec la douleur éprouvée dans le temps ou ma piété était confuse, vague, ah ! je ne puis assez bénir l'Évangile. L'Évangile si tendre qui me fait sentir la bonté de Dieu au milieu de ma peine et de celle encore plus grande que je vois ! Les douleurs de la vie sont tout autres, Dieu ne les inflige plus qu'à regret, la pitié est immense incomparable. Ah ! cher Prosper, si mes paroles avaient aujourd'hui un peu de poids près de vousj'obtiendrais que chaque jour de votre vie vous cherchassiez Dieu AdiW^^V Evangile dans l'Évangile seul, en lui demandant de s'y révéler lui-même. Ah! combien ce cher Auguste voudrait contribuer môme après lui à un tel résultat !

Adieu, cher Prosper,je connais le cœurde Gésarine, je sais sa pitié.

DE M. DE RÉMUSAT

Paris, 8 décembre 1827.

Oui, mon ami, vous dites vrai, la vie se ternit en se prolongeant, et j'admire ceux qui conservent plus de vingt ans de la sérénité et de l'espérance. Nous n'habitons qu'un bien petit coin du monde ; tous tant que nous sommes, nous n'avons guère que des amitiés de choix, nous sommes peu, et cependant, depuis sept à huit ans, que de vides dans celte poignée d'hommes ! Je n'y puis songer sans une douloureuse surprise. Depuisvotre pauvre beau-frère (1) jusqu'à Auguste, que

(i) Le comte Germain, c. b.

■de pertes! que de liens rompus qu'avaient formés ou l'affection ou quelque sympathie I Et Camille Jordan, et de Serre et Foy ! Et je ne parle pas de sentiments plus intimes, de pertes plus déchirantes, les paroles me manqueraient avec les pleurs. Il y a une ode de Klopstock : Aux amis qui ne sont plus, qui m'avait beaucoup touché autrefois. J'y ai bien souvent pensé depuis 1 Je ne sais si vous la connaissez.

Chaque jour rend plus sombre le voile qui couvre le monde à mes yeux, je viens encore de perdre ma pauvre petite belle sœur; ce malheur était prévu, il a dû longtemps en précéder d'autres, mais n'importe, il ajoute à ce fonds d'abattement dont je n'espère au reste, ni ne désire revenir. J'aimais beaucoup cette enfant, elle avait un esprit singulièrement sérieux et Tâme la plus honnête, je crois, que j'aie rencontrée.

Nous vous y verrons à ce Paris, cet hiver; tant d'événements nous en donnent l'assurance, II esttriste de ne pouvoir librement jouir d'un spectacle si curieux et à beaucoup d'égards si beau. Ce mouvement de la France était imprévu et vraiment admirable. Ce lion subjugué, enchaîné, secoue sa crinière et ses gardiens prennent la fuite, car on n'en doute plus. Le caractère de Yillèle semblait garantir qu'il hasarderait de gouverner cette nouvelle Chambre, mais il paraît avoir calculé qu'il valait mieux se retirer qu'être chassé, et qu'après une mise en accusation, le retour serait difficile. Ce n'est pas qu'il n'essaye de temps en temps de rapiécer son ministère ; mais le projet de retraite en masse domine tous les autres projets, et l'on croit même que la démission est définitivement acceptée depuis avant-hier. Il a essayé de composer un ministère parfaitement insignifiant avec Laine,

AXNEE 1827. 441

Ravez, Chabrol, etc., elc; rien n'a réussi. La combinaison la plus probable, est celle du ministère Pasquier-Polignac avec MM. Portalis, de La Ferronnays, Chabrol, Martignac. Je crois que tout le monde, autour du roi, a envie de composer le ministère le plus tôt possible et bien avant la session, afin d'avoir plus de liberté dans le choix. Il semble vraiment que l'effort que la France vient de faire doive être compté pour rien, et que la majorité, dont la seule menace renverse M. de Villèle ne mérite pas d'être consultée. 11 paraît que celui-ci restera député. Le roi lui conserve toute confiance. M. de Talleyrand est un peu étonné qu'on no s'occupe pas de lui. M. de Chateaubriand est à peu près dans le même cas, et M. Decazes fait des courses en voiture assez gratuitement. Quant à M. Royer, il reste dans sa rue d'Enfer, et la leur garde bonne.

DE M. ROYER-COLLARD

Paris, 14 décembre 1827.

Eh bien, voilà depuis ma dernière lettre, une autre France dans laquelle le canapé tient un peu plus de place. Il est décidément impossible, nonpasseulement que le ministère se conserve, mais qu'il ouvre la session. S'il seretirait demain, laChambreétant encore loin, vous verriez sortir des mauvaises traditions du passé, et du besoin d'éluder le présent, un de ces ministères tricheurs, à qui nous avons eu si longtemps à faire. Aussi c'est merveille d'entendre bien des gens que vous connaissez insister avec une vivacité extraordinaire sur l'importance de se hâter. C'est que, si on

attend les approches delà Chambre, le peu qu'ils sont encore aujourd'hui se sera évanoui. Il ne faut pas moins que la nécessité présente et grondant assez fort pour amener une conduite raisonnable et les hommes capables de la faire prévaloir contre les difficultés qui se présenteront. Mais y aura-t-il, en effet, une Chambre qui ait de la volonté et de la persévérance? Toutes les questions aujourd'hui sont dans celle-là. Je l'espère sans en être bien sûr? Il me paraît qu'il n'y a jusqu'ici et avant qu'elle se forme que des minorités; par conséquent de possible qu'une majorité de coalition. Il s'agit d'étudier les conditions de cette majorité et de les remplir. Sa couleur sera d'être un centre, ayant à défaire chaque jour les deux extrêmes. Je laisse aller ma plume comme irait notre conversation au coin du feu. Du reste, je ne suis rien et de rien; je regarde, j'écoute, j'attends. Je voudrais bien que vous fussiez ici et quelques autres amis et, parmi lesquels le beau-frère de celui que vous pleurez et que je regrette moi-même beaucoup, quoique je ne l'aie presque pas connu.

SUR M. DE VILLELE.

Pour me servir de l'expression employée par l'historien de Louis XI (1), je dirais de M. de Yillèle : « Tout mis en balance, ce fut un ministre. » Il a duré six ans, terme prodigieux et presque inconcevable dans l'état de la société et des esprits en France ; il a joui d'une renommée d'habileté qui lui donnait de la considéra-

(1) Philippe de Commiiies. c. b.

tion au dedans et au dehors. Sa chute n'a point détruit cette renommée. Ce n'est point entre ses mains qu'a péri la fortune de son parti, et lorsqu'il a été éloigné des affaires elle était en assez bonne situation, de sorte qu'on a pu dire que sa disgrâce avait été une cause de ruine pour la dynastie. Le hasard des circonstances ne suffit point pour expliquer une carrière parcourue avec un pareil succès. La qualité éminente de M. de Villèle, le bon sens d'un administrateur, ne peut pas non plus être la cause unique, qui l'a placé et maintenu à la tête des affaires. Il n'était pas un homme politique, en ce sens qu'il ignorait complètement l'Europe et à peu près la France; mais il avait à un haut degré l'intelligence de son propre parti, et, ce qui est mieux encore, ille connaissait d'instinct. Il en était réellement et ne voulait ni ne pouvait s'en séparer, et cependant il en savait les inconvénients, et n'avait pas pour ses opinions une affection d'enthousiasme. Ce n'était point la société Piet qui avait rétréci ses idées; elles étaient restées au même point. Officier de marine dans sa première jeunesse, il s'établit, dès le commencement de la Révolution, à l'île Bourbon, s'y maria et y passa quinze ou vingt ans à faire valoir son habitation et à faire travailler ses nègres. Revenu des colonies, il avait vécu à la campagne en bon et intelligent propriétaire sans nulle étude, sans lecture, sans besoin de s'instruire. Tel était son point de départ. Il devint député et ministre, tout comme, sous l'ancien régime, il eût été un membre distingué des états du Languedoc. Sa politique consistait à ne pas se brouiller avec son parti en le rendant assez raisonnable pour qu'on pût mener les affaires régulièrement; il avait bon jugement, décision sensée

sur ce qui se présentait à lui sous forme d'aiïaire. Pour des principes, des systèmes, des opinions, dans le vrai sens du mot, il n'en avait pas et ne concevait guère comment les autres en avaient. Il était plein d'orgueil, de grande idée de lui-même, de dédain pour ce qui l'entourait, mais il avait si peu d'éclat, un esprit si peu général et si peu absolu, qu'il ne choquait personne. Calme et patient, il supportait sans s'émouvoir les contradictions et les contrariétés. Quand il arriva au pouvoir, son compatriote, le chevalier de Panât, disait : « Il ira plus loin qu'on ne croit, on ne » sait pas ce que peut un Gascon qui se possède ». Il fut l'homme d'affaires du parti qui lui donnait confiance à ce titre. Ses relations avec Charles X étaient celles d'un intendant avec un grand seigneur qu'il a convaincu de son habileté et qui le laisse tout diriger dans la maison, hors sa propre conduite. Charles X croyait régner, et il avait raison. Toutes les grandes fautes politiques sont de lui et de son parti. M. de Villèle livré à lui-même ne les aurait pas commises, et les a permises sans en comprendre la portée.

Janvier 1828 -Août 1829 (1).

AU COMTE DE MONTLOSIER

Paris, 24 mars 1828.

Le parti délrôné est bien fort, il a des racines profondes et do puissants soutiens. Il a tout couvert, il a

(1) Événements de janvier 1828 a aoct 1829. — Après de longues et pénibles négociations, formation d'un nouveau caljinet où siègent MM. de Martignac, de La Ferronnays, Roy, Portails, etc., et dont l'évèque d'Hermopolis et M. de Chabrol continuent à faire partie (5 janvier). — Nouveau changement de ministère en Angleterre (25 janvier). — Le duc de Wellington devient chef du cabinet qui, par la retraite successive des whigs et des amis de M. Canning n'est plus composé que de toricii. Ce nouveau cabinet ne dissimule pas le regret que lui cause la bataille de Navarin. — Difficultés de la position du ministère, placé entre les exigences de l'opinion libérale et les résistances du roi qui entretient une correspondance secrète avec M. de A'illèle. — Renvoi de MM. Franchet et Delaveau. Vaines tentatives pour fortifier le cabinet en y faisant entrer M. de Chateaubriand. M. de Vatimesnil est nommé grand maître de l'instruction publique (l*"" février). — Ouver-

446 SOUVENIRS DU BAKON DE BAHANÏE.

perché partout; ce n'est que pied à pied que l'on gagnera du terrain, et malgré toutes les injures qu'on

ture de la session (o février). — Discours du trône, conçu dans un esprit libéral. — Vérification des pouvoirs des députés. Vifs et longs débats auxquels elle donne lieu. Violentes accusations dirigées contre les moyens employés par le précédent ministère pour dominer les élections. — Exposés de la situation diplomatique faits aux deux Chambres par M. de La F'erronnays et accueillis avec une grande faveur. — A la Chambre des députés, une partie de l'ancienne opposition de droite se réunit à la droite avec M. de La Bourdonnaye, le reste, avec MM. Hyde de Neuville, Delalot, etc., s'unit à la gauche qui triomphe dans l'élection des candidats à la présidence, M. Royer-Collard est nommé président. — MM. de Chabrol et l'évèque d'Hermopolis sortent du ministère et sont remplacés par MM. Hyde de Neuville et l'évèque de Beauvais (3 mai). — Autres nominations dans le même sens. Destitution ou déplacement de plusieurs préfets compromis dans les élections. — Formation d'une commission chargée de préparer un projet d'organisation départementale et communale. — M. de Chateaubriand et le Journal des Débats se rallient au ministère. — La Chambre des députés, après une discussion très animée, vote une adresse au roi qui déclare déplorable le système du dernier cabinet. — Propositions faites à la Chambre des députés pour l'abolition de la censure, la modification de la législation concernant l'imprimerie, la réélection des députés promus à des fonctions publiques, la réforme du conseil d'État, etc. — Présentation des lois financières et d'un projet de loi relatif à la revision des listes électorales en vue des élections qui se préparent pour remplir les sièges vacants dans la Chambre par suite d'élections multiples et d'annulations. Inquiétudes causées par une de ces réunions tenue à Paris dans un lieu public. Vifs débats à ce sujet dans les deux Cham-

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dit à celle pauvre nation, elle est si loin des révolutions qu'on ne peut lui imprimer aucune activité suivie,

bres. Le gouvernement interditles réunions dans de telles conditions. — La cour royale déclare qu'il n'y a pas lieu à suivre dans l'afTiiire des troubles du mois de novembre précédent. — Discussion, à la Chambre des députés, de pétitions relatives à la violation du secret des lettres et au cabinet noir. — Rapport et discussion des pétitions relatives à des illégalités commises dans les élections. — M. de Pi^adt se démet de ses fonctions de député. — Présentation à la Chambre élective d'un projet de loi sur la presse périodique, qui supprime l'autorisation préalable, la censure, les procès de tendance, établit le système des gérants responsables, etc. Il est d'abord accueilli avec faveur, même par la plupart des opposants. — Élection d'une quarantaine de députés appartenant presque tous à la gauche et au centre gauche. A Paris, l'extrême gauche obtient un triomphe complet. — Brillant succès des cours de MM. Guizot, Villcmain et Cousin à la Faculté des lettres. — Le baron de Damas est nommé gouverneur du duc de Bordeaux, au grand déplaisir des ministres et du parti libéral (26 avril). — Discussion et vote par les deux Chambres de la loi relative à la revision des listes électorales, amendée dans un sens libéral. Triomphes oratoires et popularité de M. de Martignac. — Discussion et vote parla Chambre des députés du projet de loi relatif au régime de la presse périodique. Beau discours de M. de Martignac. — M. de Chateaubriand est nommé ambassadeur à Rome (1" juin). —Ordonnances par lesquelles il est interdit aux jésuites de prendre part à l'enseignement dans les petits séminaires, et aux petits séminaires de recevoir d'autres élèves que ceux qui se destinent à l'état ecclésiastique (16 juin). Fureur qu'elles excitent dans le parti religieux. Satisfaction du parti libéral. — Violente discussion à la Chambre des députés sur des pétitions dirigées contre

Donnez une semaine de congé à la Chambre des députés, il n'y a pas un député de la gauche qui ne soit

les jésuites. — Prise en considérations à la presque unanimité d'une proposition d'accusation contre l'ancien ministère, présentée par M. Labbey de Pompières. — La Chambre écarte, par l'ordre du jour, une pétition tendant au rétablissement de la garde nationale de Paris. — Discussion et vote par la Chambre des pairs de la loi sur la presse périodique. Vivement attaquée par les membres de la droite, elle est défendue par le garde des sceaux et par M. de Chateaubriand. — Discussion des lois de finances. — La discussion delà proposition d'accusation contre les anciens ministres est ajournée après le vote du budget, c'est-à-dire indéfiniment. — Discussion et vote par les deux Chambres d'un crédit extraordinaire pour les bourses des petits séminaires. Opposition extravagante de M. Duplessis-Grenédan. Excellents discours de l'évêque de Beauvais et de M. de Maitignac. — Clôture de la session (18 août). — Position difficile du ministère entre l'hostilité violente de la droite, les exigences de la gauche et les défiances du roi, qui a pour principal conseiller M. Ravez. — Violences de l'épiscopat et du parti ultra-religieux contre les ordonnances relatives aux jésuites et aux petits séminaires. L'intervention du saint-siège y met fin en donnant raison au ministère. — Voyage du roi dans les départements de l'Est. L'accueil enthousiaste qui lui est fait, surtout par les libéraux, lui persuade que l'opinion est pour lui et qu'il peut tout oser. — Voyage de la duchesse de Berry dans l'Ouest, oîi les restes des anciennes armées vendéennes lui font une réception qui la confirme dans les sentiments d'exagération royaliste. — Destitution de quelques conseillers d'État amis de l'ancien cabinet, arrachée à grand'peine par le ministère aux répugnances de Charles X. Mécontentement des libéraux qui trouA'ent ces con-

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contpnt de ce loisir; et puis qu'on vienne nous parler de l'Assemblée constiluanle et du 14 Juillet. Aussi le

cessions insuffisantes. Réformes, améliorations efTectuées ou préparées dans les ditTérentes branches de l'administration. — Acquittement de la Gazette de France, poursuivie pour provocation à la haine et au mépris du gouvernement. — Événements de la guerre entre la lîussie et la Porte. — Expédition française en Morée, qui oblige l'armée égyptienne à quitter le pays. — M. de Metternich, enhardi par les revers ou les succès incomplets des Russes, s'efforce d'amener les grandes puissances à imposer leur médiation à l'empereur Nicolas. Échec complet de cette tentative. — Affaiblissement de la position de l'Autriche en Europe et particulièrement en Allemagne. Progrès de la Prusse. — Usurpation de dom Miguel qui, appelé àgouvernerlePortugalcomme régent au nom de sa nièce donha Maria, se fait proclamer roi. — Rentrée en France de la dernière division de l'armée qui occupait l'Espagne. Conclusion d'une convention pour l'acquittement de la dette de l'Espagne envers la France. — Incidents du blocus d'Alger. — Élaboration par le gouvernement de deux projets de loi relatif à l'organisation départementale et municipale. — Attaque de paralysie de M. de La Ferronnays. M. Portails est chaigé par intérim du portefeuille des affaires étrangères. — Tentative du roi pour faire entrer M. de Polignac dans le cabinet. Elle échoue contre la résistance des minisires et le soulèvement de l'opinion libérale. — Irritation de M. de Chateaubriand de ne pas être appelé à remplacer M. de La Ferronnays. — Ouverture de la session (27 janvier 1829). — Bon effet produit parle discours du trône. —Discours de M. de Polignac à la Chambre des pairs, protestant contre les intentions anticonstitutionnelles qu'on lui supposait. Discussion des adresses des Chaaibres. Le parti libéral prend de plus en plus l'ascendant. Hostilité croissante de la droite contre III. 29

430 SOUVEMFîS DU BARON DE BARANTE.

parti esl-il en sens inverse, et d'ici à un an nous serons toujours à la veille de voir renaître la dernière domi-

le ministère. — Écrit de M. de Lamennais, attribuant au pape un pouvoir absolu même dans l'ordre temporel. — Présentation aux Gliambres de divers projets de loi, entre autres de deux projets relatifs à l'organisation départementale et municipale. Éloquent exposé des motifs de M. de Martignac. Ces deux projets, repoussés avec violence par la droite, sont d'abord accueillis avec faveur par l'opinion libérale, mais elle ne tarde pas à les trouver insuffisants. — Retrait par M. Labbey de Pompières de sa proposition d'accusation contre les anciens ministres. — Discussion à la Chambre des députés des projets de loi d'organisation départementale et communale. La droite les combat comme trop peu monarchiques, la gauche comme antilibéraux. Après une lutte prolongée et malgré les efforts éloquents de M. de Martignac, un amendement qui supprime les conseils d'arrondissement, ayant été voté par suite de l'abstention calculée de la droite, le gouvernement retire ses deux projets (8 avril). Grande joie dans le côté droit et à la cour. Irritation de la gauche, qui rompt absolument avec le ministère. Celui-ci, désormais sans majorité, se trouve réduit à l'impuissance. — Par suite de la démission de M. de La Ferronnays et du refus du duc de Laval appelé au ministère des affaires étrangères, ce ministère est donné à M. Portails que M. Bourdeau remplace comme garde des sceaux. — Irritation de M. de Chateaubriand que leroi persiste à tenir éloigné des fonctions ministérielles. Mort du pape Léon XII (10 février). Élection du pape Pie VIII (31 mars). M. de Chateaubriand veut faire considérer cette élection comme un triomphe de son habileté.Il vient en congé à Paris où il est froidement reçu par leroi. — Continuation des hostilités pendant l'hiver entre les Russes, les Turcs et les Grecs. Protocole de Londres, du 22 mars, qui règle les conditions de l'affranchissement de

nation qui, pour celte fois, serait condamnée à la violence,

la Grèce. Intrigues de M. de Melternich, qui essaye de se réconcilier avec la Russie et de l'éloigner de la France. Elles échouent. — Voyage de l'empereur Nicolas à Berlin, où il s'attache à faire ressortir et à exagérer, pour intimider ses adversaires, ses bonnes relations avec la Prusse et la France. En Angleterre, le duc de Wellington, pour prévenir la guerre civile qui menace l'Irlande, propose et fait voter l'émancipation catholique qu'il avait jusqu'alors repoussée. — Altitude presque hostile du cabinet de Londres contre le parti constitutionnel en Portugal. — Belles discussions à la Chambre des pairs sur un nouveau projet de code militaire. Elles n'amènent pas de résultat. — Une loi qui adoucit la contrainte par corps pour dettes, votée par la Chambre des pairs, n'est pas portée à la Chambre des députés. — Autres projets de la loi sur la librairie, l'imprimerie, etc., qui échouent également. — Discussion et vote par la Chambre des députés du budget des dépenses de 1830. M. de Martignac explique et justifie avec son éloquence ordinaire la conduite du ministère vivement attaquée de tous les côtés. — Nombreux incidents. Progrès du romantisme. Pétition par laquelle les poètes classiques supplient le roi de maintenir la dignité du théâtre. — Vifs débats sur la politique étrangère sur le droit royal de conclure des traités et sur les limites que peut y apporter la nécessité d'en soumettre aux Chambres les clauses financières. — Vives attaques de l'extrême droite de la Chambre des pairs contre le ministère, qu'elle accuse de faire des concessions au parti révolutionnaire. Belle réponse de M. de Martignac, que le roi n'approuve pas. — Clôture de la session (31 juillet). — Inquiétude, agitation des esprits. Nombreux procès de presse. (D'après les sommaires des chapitres cxx, cxxi, cxxii, cxxiii, cxxiv, cxxv, cxxvi, cxxvn et cxxvin, cxxix, cxss, cxxxi, cxxxii, cxxxiii,

On a cru que M. de Chateaubriand allait arriver; il a vu le roi et ne l'a point persuadé. Peut-être pourraitil entrer comme homme de la droite, mais il se proclame du centre gauche, et, sous cet uniforme, il est refusé.

Dans peu de jours on reparlera encore soit de lui, soit de M. Pasquier, car il est difficile de rester comme on est; il semble aussi que quelque lui te un peu vive doive s'engager incessamment à la Chambre des députés; on s'aigrit de part et d'autre; les ménagements n'ont pas servi à grand'chose, et je connais des gens qui s'en lassent. L'excès opposé serait plus funeste. En tout la situation est délicate, et la conduite de chacun assez difficile.

Paris, 15 avril 1828.

Voilàdonc, mon cher ami, notre pauvre archevêque(l) qui se retire du théâtre avant même d'y avoir débuté. C'est peut-être plus sage. J'avais pourtant espéré qu'il saurait imprimer à son esprit une direction convenable à cette situation nouvelle : il pouvait faire un ou deux bons discours graves, complets, fort écoutés; il ne l'a pas voulu. J'y ai regret pour lui. Comme écrivain il avait toujours souverainement disposé de son sujet. Ici il fallait accepter beaucoup de données indispensables, et il a refusé de se soumettre à cette entrave.

La situation politique semble fort améliorée; la

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