SUR M. L ABBÉ DE PRADT
Tout homme d'e.<5prit que fut l'abbé de Pradt, souvent il était ridicule ; jamais il ne l'a été autant qu'en cette occasion. Ses pamphlets en avaient fait un des héros de l'opinion libérale. Sa renommée semblait grande, surtout dans le vulgaire. Toute son ambition était d'être ttéputé. Les cabales de la gauche avaient plusieurs fois tenté son élection. Enfin il arrivait au terme de ses souhaits. A peine fut-il à Paris que commencèrent pour lui de cruels mécomptes. Ses bavardages brillants, ses tirades de salon, sa verve sans mesure, ses écrits politiques supposaient sans doute beaucoup d'esprit, mais ne prouvaient nullement un sens pratique, une connaissance positive des affaires, un ménagement convenable des personnes. C'était un de ces talents, comme il y en avait à la fin de l'ancien régime, au commencement de la Révolution, un talent à demi homme de lettres, à demi homme de salon, une conversation de feu d'artifice, que son état d'abbé avait contribué à rendre plus vive, plus exagérée, comme entraînant moins de responsabilité. Tout cela pouvait aller à l'Assemblée constituante, oîi beaucoup d'autres étaient de ce genre, où tout passait si vite et durait si peu qu'on n'avait point besoin d'esprit de conduite et de prudence. L'abbé de Pradt se trouvait
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parmi des hommes d'un autre temps et d'une autre école, des députés formés aux luttes difficiles de la restauration, où les partis avaient acquis une tactique bien différente, ofi les opinions les plus vives avaient des limites à respecter, où l'on ne recrutait de majorité qu'à la condition d'être ou de se montrer modéré, où les affaires se traitaient à fond, soit en théorie, soit en pratique. Les traditions des premiers temps révolutionnaires n'étaient pas plus de mise que les habitudes irresponsables du causeur ou du pamphlétaire. M. de Pradt, dès son arrivée, me dit, et sans doute à beaucoup d'autres : « On ne peut songer à rien faire avant d'avoir changé vingt-sept articles de la charte. » On le crut fou. Personne ne le prit au sérieux. Il assista à une réunion de députés de la gauche, où M. Constant ne se fit faute de le persifler, sans miséricorde. Il commença bien vite à comprendre que cette position tant souhaitée lui était impossible. N'avoir ni succès ni considération, ce lui était fort cruel. « Imaginez, me disait-il, que lorsque j'entre dans mon bureau, on ne fait pas plus d'attention à moi qu'à X***. » Ce pauvre M. de X*** était un de nos députés auvergnats que son exagération, en 1815, avait un instant tiré de l'obscurité et qui y était retombé. Bref, l'abbé de Pradt donna sa démission, avant même d'avoir tenté de monter à cette tribune, où il s'était promis de si beaux succès, quand il s'écriait : « Bien habile qui me fera taire ! » Du moins cette démission était une preuve d'esprit.
AU COMTE DE MONTLOSIER
Paris, 20 mai 1828.
Pour le moment on ne voit rien de grave que le sort de la loi électorale et de la loi de la presse à la Chambre des pairs. Si elles étaient rejetées, la situation serait critique, et la Chambre des députés prendrait quelque gros parti. Si ces lois passent, la session est faite, sauf les hasards, et chacun s'en ira tranquille.
Le parti détrôné est le plus vif, mais ce n'est plus l'ardeur des premières années de la restauralion. On est d'avance tout résigné à la défaite. Les lois une fois votées, le roi et tout le monde seront bientôt accoutumés à ce nouveau train.
DK LA DUCHESSE DE DINO
Rochecotte (i), o juillet 1828.
Oui, sûrement, j'ai une vraie passion pour Rochecotte ; d'abord c'est à moi, première raison ; secondement c'est la plus belle vue et le plus beau pays du monde; enfin c'est un air qui me fait vivre légèrement et puis j'arrange,, je retourne, j'embellis, j'approprie. Vous allez peut-être croire encore que je veux faire ici les jardins de Sémiramis, et me dire que je me ruine. Mon Dieu, non! mais détruire des taupes dans mon potager, mettre des lapins dans ma forêt, cela ne vous semble-t-il pas déjà mériter beaucoup de préoc-
(1) Propriété de madame la duchesse de Dino, située près de Langeais (Indre-et-Loire), c. b.
cupalions? Car j'ai pris la vie de campagne à la lettre; et vous qui avez habité la Vendée et qui avez donné des bals à des daines qui arrivaient à cheval, jambe de-ci, jambe de-là, vous ne serez pas étonné lorsque je vous dirai que sous la décence d'un devant de cheval, je parcours ainsi le pays par quelque temps et quelque chemin qu'il fasse.
A travers cette vie primitive, il m'est cependant arrivé quelques notions assez imparfaites de Paris. Je ne vous parle plus de l'Académie. Si M. de Talleyrand ne vous en a pas fait depuis longtemps mes compliments (1), c'est le plus vilain des hommes; et puis, un compliment de plus de vous à moi ou de mo,i à vous ne vous apprendra pas mieux que vous ne le savez que voire joie est ma joie, comme votre peine serait ma peine.
Si vous voulez préparer vos travaux dans le repos de la campagne, ne venez pas ici; l'accompagnement obligé de chaque parole est un martelage continuel, et des chants grivois rie tous les maçons et mécaniciens du canton. Au Marais vous me paraissez beaucoup plus réservés; la pruderie de madame de Chaslelluxme semble devenue formidable. M. Mole devait m'écrire, mais comment l'espérer d'après ce que vous me dites de son absorption? Cela durera-t-il encore aux moissons? Cela ira-t-il jusqu'à vendanges, ou même jusqu'à la Saint-Marlin? Vous voyez que mes mesures sont bien villageoises.
Adieu. Ne me laissez pas ignorer vos projets. Je
(1^ M. de Barante avait été nommé membre de l'Académie française le 19 juin 1828. Il y succédait à M. de Sèze. c. B.
veux croire qu'ils vous seront favorables. Vous savez que mon amitié n'est pas d'un jour.
AU COMTE DE MONTLOSIER
Paris, 9 juillet 1828.
Les ministres ont fait une route qu'ils ne prévoyaient pas. Leur sympathie et leur situalion vis-àvis la cour devaient leur faire souhaiter une de ces majorités du centre et de la droite, si commodes en apparence, si peu contrôlantes. Mais, en même temps, il fallait contenter le public, qu'au fait, la Chambre représente assez fidèlement, et, en lui donnant les satisfactions indispensables, on s'est trouvé bien loin de la droite, et l'on a pour majorité la gauche qu'on n'aime guère. Ce n'est pas une mauvaise position : le ministère aura peu de force, mais pourra durer. Les réformes n'iront pas vite. La caste des fonctionnaires défendra pied à pied les privilèges administratifs, toutefois je doute qu'il soit possible désormais de retourner en arrière et de faire de la contre-révolution, en se servant, pour outil, de l'administration impé riale.
DE LA DUCHESSE DE BROGLIE
Broglie, 18 juillet 1828.
Jesoupire tous les joursaprès votre article sur le livre madame Necker(l), cher Prosper, etil ne paraît pas. Je
(1) V Éducation progressive ou Étude du cours de la vie, tome l" : Étude de la première enfance, c. b.
4o8 SOUVENIRS DU BARON DE BARANTE.
sais pourtant qu'il est fait et je vous en remercie de tout mon cœur. Voilà Victor revenu et notre vie de campagne commencée, elle lui plaît, il s'y trouve plus heureux qu'ailleurs. Moi aussi j'aime beaucoup ce genre de vie, tout s'y calme sans s'y décolorer. Du reste, notre cœur est bizarre, le calme y arrive et s'en éloigne on ne sait comment, quelquefois par les voies les plus inattendues. Rien de si trompeur que nos émotions. Quel étonnement on éprouverait mutuellement si on se voyait au fond ; combien nous nous communiquons peu tels que nous sommes, même sans vouloir tromperies autres. Ma disposition est toujours assez abattue quoique cette vie me fasse du bien, mais f attends, j'ai une confiance intime au fond de moi, que je suis guidée par une main qui sait tirer parti même du mal en moi pour me délivrer entièrement de mes misères. Je ne suis pourtant pas aussi fataliste que M. Cousin. Qu'il est absurde! A-t-on jamais osé vanter le succès, la force à ce point, paraphraser si longuement, avec tant de pompe, ce mot sublime qu'// faut aller au secours des vainqueurs . Moi, élevée à être battue et à aimer les battus de tous les partis, cela m'indigne ! A présent, j'espère que vous m'écrirez des nouvelles.
M. Royer-GoUard est, dit-on, bien ennuyé de la présidence.
Adieu, bien cher Prosper, écrivez-moi et venez, cela vaudrait bien mieux. Aimez-nous toujours, n'est-ce pas?
A M. ANISSON DU PERRON
Au Marais, jeudi 31 juillet 1828.
Je pensais bien que les succès des doctrines prohibitives de notre ministre du commerce vous déchireraient le bon sens ; mais il s'ensuit qu'il est très digne de ceux à qui il a affaire. Ce sont les commerçants français qu'il faut éclairer ou qu'il faut apprendre à ne guère écouter. Les principes ne manquent pas; à eux seuls, ils ne persuaderont personne. Il faut des faits, des enquêtes, de la statistique. La réclamation des vins(l) était juste au fond, mais, comme elle était exagérée, pleine d'erreurs et de faux calculs, elle a donné apparence de raison à l'administration. Du reste, les industriels demandent aux gouvernements ce qui ne dépend point d'eux. Dans l'état actuel de nos mœurs et avec le désir général et naturel de s'enrichir, l'offre doit souvent précéder la demande, et la production prendra l'avance sur la consommation. De là des oscillations inévitables et une sorte d'incertitude dans les spéculations. Ce sont inconvénients passagers et il arrivera même que l'industrie apprendra à être mieux avisée, plus prudente ou mieux appuyée de capitaux.
Je trouve que nous sommes en bonne situation politique et que l'apathie qui saisit tout le monde en cette fin de session repose sur une sécurité assez bien fondée. Tout le monde est calme et content. Jamais minis-
(1) Un député, M. de Saint-Albin, au cours de la discussion du budget avait demandé la révision des droits sur les boissons, c. b.
tère n'a en une meilleure posilion. Le public n'est point exigeant, il lui suffit qu'on soit dans la bonne voie, il lui importe peu qu'on y marche plus ou moins vile. Les évêqnes sont tout attrapés de leur escapade; Rome ne les appuie pas. Le nonce lui-même les désavoue, ou du moins se cache de tout rapport avec eux. L'archevêque de Paris a toujours peur le lendemain de ce qu'il a fait ou dit la veille. Le mot de l'énigme, le secret de leur déconvenue, c'est qu'ils se sont mépris sur le caractère du roi qui, avant tout, aime que les choses aillent bien et facilement, et qui est tout aussi méconlent des contrariétés qui viennent de ce côté que si elles lui venaient d'ailleurs.
Que Dieu nous préserve de la guerre! Je n'ai pas même trop de goût pour l'expédition de Morée. J'ai toujours peur que cela ne nous entraîne plus loin qu'on ne veut. J'ai encore bien moins de goût pour les ambitions du Rhin et des Alpes dont je vois poindre le commencement. Pourle moment, toutefois, on est conviiincu qu'aucune chance ne peut amener laguerre. Tout le monde en tremble, l'Autriche et l'Angleterre plus que qui que ce soit.
A MADAME DE BARANTE
Broglie, 10 août 1828.
J'aurais surtout aimé à faire ce voyage avec vous; le calme de ce château vous aurait plu, je n'y vois pas tant de règles ni d'observances qu'on l'a prétendu. Pour toute pratique, il y a un quart d'heure avant déjeuner une prière en commun, et encore ne le saurais-je pas, si on ne me l'avait pas dit. Quelqu'un qui
ne serait pas tout à fait de leurs amis ne s'en apercevrait pas.
C'est d'ailleurs une maison où l'on serait à merveille en établissement pour y bien travailler, comme je fais à Baranle, mais on s'y Iroiive déplacé quand on ne fait qu'y passer. Ce n'est pas que les maîtres du château ne soient g-ens à se laisser dt^ranger; ils aiment la conversalion et perdent volontiers leur temps à deviser, mais on voit que cela dérange leurs habitudes. Les matinées s'arrangent pour le mieux. On déjeune à onze heures, on remonte vers une heure, puis chacun va chez soi et cause de chambre en chambre jusqu'à cinq heures, où l'on se promène. Le soir, quan I on ne traite pas de sujets tout à fait élevés, il y a peut-être moins d'enirain et l'on ne dépasse guère dix heures. Il n'y a ici d'hôies étrangers que madame de Caslellane. Elle a toujours l'air assez souffrante. Mais elle donne encore du mouvement à la maison.
Le calme du château s'étend sur les enfants; ils font tranquillement ce qu'ils ont à faire; on n'entend jamais parler d'eux; ils ne sont pas bruyants, ils ont l'air grave. Il y a des leçons et je crois assez, mais il n'en est jamais question. Madame de Broglie, comme les personnes qui ont éprouvé un grand malheur, a un vif penchant pour l'inquiétude, qui lui était naturelle même auparavant. Kn oulre, ses senlimenls intérieurs sont une cause toujours subsistante d'agitation. Mais tout cela est maintenant docile, et il faut la connaître beaucoup, pour ne la point juger parfaitement sereine. Entre le sérieux de M. de Broglie, et le travail de madame de Broglie sur ellemême, la vie pourrait peut-être sembler monastique
au vulgaire. Mais le bonheur, même à mon âge, est fait de ces éléments mêmes. Être content est encore chose possible ; être amusé est chose fort difficile. La distraction ne prend plus; toutes les petites impressions sont usées; il n'y a presque plus rien de nouveau; mais aussi l'habitude devient une extrême douceur, et l'on se repose avec plaisir sur des sentiments naturels, tranquilles, mêlés de souvenirs, pleins de certitude.
DE LA DUCHESSE DE BROGLIE
Broglie, 25 août 1828.
Vous me faites un très grand plaisir, cher Prosper, en me disant que ces jours vous ont été doux. J'espère au moins vous avoir convaincu que je suis triste et point froide. J'ai un certain embarras avec mes amis dans la crainte de ne pas leur plaire, mais cela ne m'éloigne nullement d'eux, bien au contraire. Surtout, parmi mes amis, ceux qui tiennent à mon passé me sont particulièrement chers et n'êtes-vous pas presque le seul dont je puisse dire cela? Nous avons ici les Guizot; ils ont l'air fort heureux; mais c'est, ce me semble, un bonheur voulu (1), elle me paraît gagner tous les jours en douceur et en simplicité, j'ai peu causé avec lui, il a l'air qu'il a toujours, c'està-dire de vivre plus dans la pensée que dans toute autre chose, et de se créer à loisir une manière d'être pour tout le reste qui est tout à fait normale ; je crois qu'il
(1) M. Guizot venait de se iiancer à mademoiselle Élisa Dillon, nièce de sa première femme, c. b.
JANVIER 1828-AOUT 1829. i63
est tellement habitué à dominer ses impressions par l'intelligence que, lorsqu'il s'est dit qu'il sentait une chose il ne met pas en doute qu'il ne la sente et en réalité, il n'affecte jamais rien : voilà ce que je dois éprouver et voilà ce que j'éprouve sont deux idées synonymes pour lui.
J'ai lu avec grand plaisir votre article de la Revue (1) . Vous faites presque venir les larmes aux yeux sur ce pauvre cardinal de Bernis. Le spectacle de la France à cette époque est toujours quelque chose qui nous confond et qui fait tout concevoir : c'est une bien belle leçon que l'atrocité des crimes sortant de la frivolité si entière. Vous m'avez donné du courage pour mon travail et j'espère en venir mieux à bout que je ne le croyais.
Adieu, cher Prosper, Merci encore d'avoir été content de moi; merci de ne pas douter de cette tendre affection qui a presque commencé avec ma vie et ne finira qu'avec elle. J'ai vu avec plaisir qu'un de vos enfants avait un prix. Parlez-moi d'eux.
DU PIUNCE DE TALLEYRAND
Valençay, 28 août 1828.
Je vous remercie d'avoir pensé à me faire expédier les livres relatifs à l'administration locale que je vous avais demandé de me choisir : je les lirai quand la pluie nous arrivera. Jusqu'à présent nous n'avons eu que du beau temps.
(1) Sur les tableaux de genre et d'histoire publiés par M. Barrière et sur V histoire de France au xviii^ siècle {Revue française, 1828). c. b.
On me mande que l'Angleterre commence à ne pas vouloir que toute la terre appartienne à la Russie : l'alliance française devient populaire à Londres. Il faut s'entendre avec la France sur les affaires de Portugal se dit couramment. Notre ministère ne parait pas être assez lui-même; il est tantôt écoutant les gazettes, tantôt écoutant la cour. Gela lui ôte, aux yeux des Anglais, de la force d'opinion. Voilà ce qui m'est revenu du dehors depuis que je suis ici. Mes observations sur l'intérieur se bornent à savoir que de Montargis(t) à Bourges il y a fort près, et que le chemin est bon et que de Bourges à Valençay par l'Épine on vient dîner.
Madame de Dino se porte à merveille ; elle est rentrée dans le grand exercice : hier et aujourd'hui elle est montée à cheval. Son fils aîné Louis est bachelier. Il a très bien soutenu son examen. Notre projet est de lui faire passer l'hiver en Italie. C'est par là qu'il commencera ses voyages; d'Italie il ira en Allemagne. Tout cela vaut mieux que Paris pour ce qui a dix-huit ans bien marqués.
DE LA DUCHESSE DE BROGLIE
Broglie, 6 octobre 1828.
Cher Prosper, je mérite vos reproches sur la correspondance, cette fois-ci j'ai été bien inexacte, mais vous avez su que nous avons eu tant de monde que
(1) M. de Barante était à ce moment à Bois-le-Roi, dans les environs de Fontainebleau, chez M. le marquis de Malteste, c. b.
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notre temps a été tout occupé. J'ai eu une bonne visite de votre sœur, elle ne s'est point ennuyée de ma tristesse; nous avons causé avec plus d'intimité qu'à Paris et cela nous a été doux à toutes les deux. J'ai eu le spectacle de bien-des bonheurs, celui de M. Guizot, celui de M. de Rémusat(l). Élisa a vraiment beaucoup gagné à sa nouvelle situation; elle est pleine de douceur et d'esprit. Je crois que sa maison sera très agréable et nous rappellera les maisons des femmes distinguées de l'ancien régime. On y aura et on y fera de l'esprit à profusion. Madame de Rémusatest fraîche, bonne et gaie; elle m'a vraiment plu, lui est redevenu tout à fait aimable. Son bonheur l'a rendu plus affectueux ; il a vraiment un charme de caractère qui n'est égalé que par la supériorité de son esprit. Après tout cela est venu M. de Lanouville qui a donné un visa de bon établissement au château deBroglie et nous a assuré l'approbation de toute la belle société pour notre château. Voilà comment s'est passé notre temps depuis votre bonne petite visite.
Victor a eu des attaques d'oppression, ce qui le rend peu capable de travailler et l'ennuie; quoique cela ne le change pas, cela n'a pas peu contribué à m'at^ trister et à me décourager, bien que cela ne m'inquiète pas. Tous les sujets de tristesse dont je vous ai parlé sont toujours les mêmes ; ce moment-ci est particulièrement triste parce qu'on vend le pauvre haras de Coppet. Tous ces embellissements vont être détruits, et cette demeure si chère sera toujours plus
(1) M. de Rémusat s'était marié le 1^ août avec mademoiselle de Lasteyrie, petite- fille de M. deLaFayelte. M. de Baranle avait été un de ses témoins, c. b.