‹ Souvenirs; (volume 4)Chapitre 55 sur 55 · FIN DU TOME TROISIEME · texte numérisé non relu

FIN DU TOME TROISIEME

APPExXDICE

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Dorothée, princesse de Couiiande, naquit le 21 août 1793, de Pierre, dernier duc de Gourlande, et de Dorothée, comtesse de Méden ; son père était fils de Jean, duc de Gourlande, le ministre et le favori de l'impératrice Anne. En 1793, après de longs débats, la possession de la Gourlande fut régulièrement attribuée h l'empire de Russie. Le duc Pierre renonça au duché, en réservant les droits honorifiques des princes souverains. 11 avait acheté en 1791 le duché de Sagan, en Silésie. 11 mourut en 1800.

11 ne laissa pas de fils; ses trois filles aînées étaient déjà mariées suivant leur rang et leur fortune, alors

que la princesse Dorothée n'était encore qu'une enfant. La mère s'occupa avec une tendresse maternelle et le discernement d'une personne éclairée de l'éducation de sa jeune fille. La princesse Dorothée était la compagne de jeu et d'études des enfants du roi de Prusse. Elle conserva toute sa vie une respectueuse famiharité avec le fils aîné du roi, qui avait, comme on le sait, le goût des lettres, des arts et de la philosophie, plus peut-être que de la poUtique.

En 1808, la duchesse de Courlande, fort liée avec la princesse de la Tour et Taxis, sœur de la reine de Prusse, l'accompagna à Erfurt. Le salon de la princesse était un centre de réunion. L'empereur Alexandre y venait souvent oubher les soucis de la situation; M. de Talleyrand s'en montrait aussi un hôte assidu, il y rencontrait la duchesse de Courlande et il souhaita bientôt voir son neveu, le comte Edmond de Périgord, épouser la princesse Dorothée. L'empereur de Russie favorisa ce projet. Mais la jeune princesse n'avait que quinze ans, aussi ce ne fut qu'en 1810, le 22 avril, quelques jours après les fêtes du mariage de Napoléon et de Marie-Louise, que Edmond de Périgord et Dorothée de Courlande se marièrent.

Nommée peu après dame du palais de l'impératrice, sa beauté, son élégance furent bien vite remarquées et l'on sut apprécier son esprit sérieux, cultivé et indépendant. M. de Talleyrand, plus sensible que

personne à de tels agréments, prenait de plus en plus confiance et plaisir dans la société de sa jeune nièce et jouissait de ses succès. Lorsque survint la catastrophe et qu'il dut. aller à Vienne disputer le salut de la patrie à des ennemis dont il prévoyait que les divisions nous seraient salutaires, M. de Talleyrand voulut que madame de Périgord se rendit avec lui au congres. Elle connaissait l'empereur Alexandre; nombre de ministres ou de généraux alUés étaient des amis ou des parents de sa famille; son jugement était particulièrement sensé et sa conversation habile, elle semblait toujours se placer au point de vue de son contradicteur et lui donner des conseils dans son propre intérêt. Quels services ne pouvait-on pas attendre de madame de Périgord ? Aussi son nom est-il attaché à ce grand acte politique.

En renonçant à la principauté de Bénévent, M. de Talleyrand avait reçu le duché de Dino en Calabre ; il en abandonna le titre à son neveu, et sa nièce s'appela dès lors duchesse de Dino. Rentrée à. Paris au moment où le ministère de RicheUeu succédait, au ministère de M. de Talleyrand, ce fut à elle que son oncle confia le soin de faire les honneurs de son salon, M. de Talleyrand n'était sans doute plus à la tête du gouvernement, maiS; il continuait à avoir une brillante existence, li était grand chambellan, pendant vingt ans il avait dirigé les affaires étrangères, influé sur les révolutions et les changements politiques qui avaient

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remué l'Europe, il restait en relation aA'cc la plupart des hommes distingués par leur capacité, leur expérience et leur esprit, il tenait à toute la haute aristocratie de France et d'Europe par des liens de famille ou de société. Madame de Dino déploya dans cette tâche tant de charme et tant de tact que l'on accourait à l'hôtel de la rue Saint-Florentin pour elle peut-être plus encore que pour le maître de maison.

C'est ainsi que se passèrent les années de la restauration. M. de Talleyrand laissé en dehors des affaires ne prenait guère part au mouvement politique intérieur. Cependant, comme tous les gens de bon sens, il prévoyait que le roi Charles X ne tarderait point à se perdre, et que sa chute ne pourrait avoir d'autre dénouement que la royauté du duc d'Orléans. Son âge ne lui permit pas toutefois de contribuer d'une manière active à la formation du gouvernement de Juillet, mais il se hâta de le reconnaître et, malgré ses soixante-seize ans, répondit à l'appel que le roi Louis-Philippe lit à son patriotisme pour aller représenter la France en Angleterre. Les grandes difficultés que suscitaient la révolution de Belgique et le démembrement d'un royaume fondé en haine et en crainte de la France furent résolues au mieux de nos intérêts : M. de Talleyrand inspira confiance en notre bonne foi et en notre désir de maintenir la paix. Madame de Dino fut à Londres ce qu'elle avait été à Vienne ; elle y obtint le même succès et ses couver-

sations, cette fois encore, facilitèrent l'œuvre de la diplomatie.

Les importantes affaires qui l'avaient conduit à Londres terminées, M. de Talleyrand crut devoir se retirer. Madame de Dino ne resta pas étrangère à la rédaction de la lettre qu'il écri\T[t au roi pour lui annoncer cette détermination.

Les dernières années de M. de Talleyrand s'écoulèrent h Paris et à Valençay. Son esprit ne vieillissait pas; il s'intéressait toujours vivement aux événements et se plaisait aux entretiens de ses amis, qu'il dirigeait maintenant plus qu'autrefois vers un certain ordre d'idées. Madame de Dino profita de cette disposition pour lui parler d'une réconciliation avec l'ÉgUse. Une rétractation proposée par l'archevêque de Paris lui fut soumise. Après en avoir discuté quelque temps les termes, il n'hésita pas à la signer, sur les instances de sa nièce, lorsqu'auxpremiers jours de mai 1838 des symptômes menaçants se manifestèrent, et sans illusions sur le danger, il se prépara à la mort avec une entière résignation.

La mort de M. de Talleyrand fut une profonde douleur pour madame de Dino, qui avait entouré de tant de soins les années de sa vieillesse. Le devoir qu'elle s'était tracé accompli, elle reporta son activité sur les intérêts de ses enfants; ce qui la conduisit en Allemagne où le soin de sa fortune réclamait sa présence, surtout depuis qu'elle était entrée en possession du duché de Sagan. Elle aimait ce do-

maine de sa famille, qui conservait le caractère de la grande féodalité; elle s'y trouvait presque suzeraine, non pas d'un gouvernement, mais d'une vaste administration. Les établissements de charité, les écoles publiques étaient sous sa direction. On peut juger du bien qu'elle y fit par les regrets unanimes que sa fin a causé dans toutes les classes de la population.

Depuis que la Prusse avait une constitution, la duchesse de Sagan était membre de la Chambre des seigneurs où elle siégeait par procuration, sans se mêler aucunement de poUtique. Ses rapports avec la famille royale n'avaient jamais varié. Le roi Frédéric- Guillaume IV se plaisait toujours à sa conversation et parfois allait la voir à Sagan .

Cependant madame de Sagan n'oubliait pas la France, ni les enfants, les parents, les amis qu'elle y avait laissés. Chaque année elle passait quelque temps à Paris dans la société qui regrettait d'être pendant de si longs mois privée de son esprit et du charme de ses rapports, et où elle était heureuse d'épancher ses sentiments et ses impressions. En 1861, ce voyage lui devint impossible. Sa santé, déjà médiocre depuis quelques années, était gravement altérée et ne permettait aucun espoir de guérison. Supportant avec courage d'intolérables douleurs, madame de Sagan, pieusement résignée et ne regrettant dans la vie que l'affection de ses enfants et de ses amis, voyait arriver sa fin. « 11 ne reste plus, m'écrivait-elle.

qu'à me cacher, à souffrir et à attendre en me préparant, le mieux que faire se peut. J'y mets beaucoup de bonne volonté. Cela suffîra-t-il? »

Les dernières heures de sa \de furent tranquilles ; le calme de son âme apaisait ses souffrances.

(Article nécrologique sur madame la duchesse de Sagan, écrit en novembre 1862 par M. de Baranle et publié dans

le Journal des Débats.)

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