‹ Souvenirs;Chapitre 30 sur 49 · LA GAUCUE, VIS-A-VIS DE LA CANDIDATURE DE M. GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

LA GAUCUE, VIS-A-VIS DE LA CANDIDATURE DE M. GRÉGOIRE

M. Constant et les chefs de la gauche, M. de La Fayette lui-même, comprenaient les fautes de leur parti; mais le besoin de popularité, la crainte des journaux, rintimitéaveclesjournalistes, la condescendance pour les jeunes gens et les hommes ardents, leur interdisaient toute résistance. Ils blâmaient tout bas ce qu'ils n'avaient pas le courage de désavouer tout haut. Autant et plus que nous, ils redoutaient la nomination de Grégoire et ne surent pas l'empêcher. Faire injure au roi les consolait de se faire tort à euxmêmes. Comme tous les partis révolutionnaires, cette sorte de Hbéraux est indisciplinable et entraîne toujours ses chefs. Elle se gouverne par la passion et l'amour-propre. Elle aime mieux les apparences du triomphe que l'exercice du pouvoir.

Un jour, que M. Dupont (de l'Eure) nous racontait, à M. Guizot et à moi, comment M. de Serre ayant invité les principaux membres de la gauche à prendre part à des conférences où se préparaient les lois sur la liberté de la presse, le gros du parti leur avait défendu d'aller chez un ministre. « Je me dis indépen-

dant, nous avouait-il, et je ne saurais braver une plaisanterie de M. de Chauvelin ou un article de journal. Voilà une belle indépendance! »

A MADAME ANISSON DU PERRON

Paris, novembre 1819.

Eh bien, chère Sophie, qous voilà dans ces grands combats qui se préparaient lors de votre départ. La crise est sérieuse. Peut-être le sort de notre avenir en dépend-il. La peur est le sentiment général (1), elle peut tourner contre ce qu'on proposera, tout comme elle peut y aider.

L'adresse au roi servira à mesurer les forces. Je pense que le combat se livrera sur le renouvellement septennal. Les libéraux vont avoir des scrupules inûnis pour la charte; le centre gauche est assez capable de les partager.

J'ai, par votre mari, des nouvelles de Brignolles. Vous étiez presque arrivée et sans nul encombre. Je suis jaloux de ce soleil du Midi, de cette absence de l'hiver. Je le suis aussi de la distance où vous êtes de tout le tracas qui nous excède ici. Il me semble que je pardonnerais au gouvernement sarde de me préserver des journaux. Je suis presque comme madame de Vintimille; on l'en a tant abreuvée à Champlâ-

(1) Les élections avaient eu lieu le 11 septembre. Les députés sortants étaient au nombre de vingt-trois ultraroyalistes, vingt ministériels et environ douze libéraux. Le pays renvoya à la Chambre, cinq ultra-royalistes, quinze ministériels, trente-cinq libéraux, c. b.

treux (1) qu'elle a juré, avec cette vivacité réglée que vous lui connaissez, de n'en plus lire un; promesse qu'elle tient exactement. L'ennui et les contrariétés de la vie politique me préparent des jouissances pour le moment où j'en serai dehors, et je n'aurais certes pas un regret, si j'avais un peu plus l'indépendance que donne la richesse.

On commence à revenir ici, mais je n'en vis guère moins solitaire. Je vois sur tant de visages aigreur, méfiance, sottise, et je trouve cela si naturel et si simple, que j'évite le monde sans irritation, comme je ferais du froid.

AU COMTE DECAZES

Paris, mercredi matin, 17 novembre 1819.

Je n'ai pas eu le temps hier de parler à fond des attributions d'un ministre des contributions. Elles ne peuvent raisonnablement se composer des seules contributions directes. Le duc de Gaëte s'était taillé la grande affaire du cadastre dont il n'y a plus à parler, sans cela il aurait eu peu à faire.

D'autre part, les contributions indirectes si impopulaires, si attaquées, et pourtant destinées à devenir chaque année plus importantes, ont besoin de l'appui d'un ministre. Un directeur général ne serait pas à même de les protéger, ni de les défendre assez. La vraie place de M. Roy, c'est la mienne, avec les trois autres directions générales, peut-être un peu moins

(1) Propriété de M. MoIé dans le département de Seineet-Oise. c. b.

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