DE M. BENJAMIN CONSTANT
Paris, 4 décembre 1821.
Je vous remercie, mon cher Prosper, de ne m'avoir pas oublié dans l'envoi de votre ouvrage ; je ne sais ce qui m'a fait le plus de plaisir de ce souvenir d'amitié ou de l'ouvrage même. Cet ouvrage sera d'une grande utiUté si une fois nous revenons aux idées raisonnables dont nous ne prenons au reste guère le chemin. Je suis de votre a^'is sur tout ce que vous posez en principe, tout en allant, peut-être, plus loin que vous sur quelques conséquences. De ce que le gouvernement ne peut être utilement chargé des intérêts
(1) Des Communes et de l'Ai'istocratie. c. b.
locaux, j'en conclus que ses agents ne doivent rien aA'oir à faire avec ces intérêts, et je suis contraire à la cumulation de fonctions que vous recommandez. Je tirerais même de ce que vous dites de M. dÂrgenson et de M. Bergasse une conséquence directement opposée à votre système à cet égard. Mais ceci n'est qu'un détail: vos principes généraux sont excellents, vos preuves de la faiblesse de l'aristocratie sont é\identes, et malgré les petits dissentiments dont je vdens de parler, je m'accommoderais fort bien d'un gouvernement octroyé par vous, d'après ces bases, sauf à crier après vous, votre charte et toutes ses conséquences. Je regrette que nous nous voyions si peu.
SUR l'eNTRETIE.V du li DÉCEMBRE 1821, ENTRE M. DE RICHELIEU ET LE COMTE d'aRTOIS.
Diverses versions ont circulé sur l'entretien du 11 décembre, de M. le duc de Richelieu avec Monsieur, qui dirigeait, au fond, les intrigues des ultraroyalistes contre le ministère. Voici ce qui me fut raconté.
Après une conversation assez vive sur la situation, le duc de Richelieu finit par rappeler au prince que, lorsque Monsieur l'avait conjuré, deux ans auparavant, de reprendre le ministère, c'était en lui donnant sa parole de soutenir le cabinet. Monsieur réphqua par un « Mais... » ; le duc de Richelieu ne lui laissa pas achever sa phrase, le salua, se retira, fermant la porte avec violence, et, rentrant chez lui, où l'attendait M. Pasquier, il se jeta tout bouleversé dans un
:ii4 SOUVENIRS DU BARON DE BAMANTE.
fauteuil, comme un homme au désespoir. M. Pasquier lui demanda ce qui était arrivé :
« — Je viens de voir un j...-f qui ne sait pas
ce qno c'est qu'une parole d'honneur ! « répondit le duc.