PREFACE. III
tieniens ont été racontés ailleurs plus au long ; mais dans r appréciation des faits y dans le jugement des personnes , et des caractères y quil s'agisse de Louis XIV ou du duc de La Boche foucauldy de madame de Maintenoii ou d'une simple fille dlionneur de la Dauphine^ le sentiment de madame de Cay-^ lus est toujours juste^ et nul jusquici nj a contredit. Et voilà pourquoi les derniers venus même des historiens de madame de Maintenon, M. Lavallée et M. le duc de JSoailles^ nont pas dédaigné d'en apoeler aux Souvenirs de madame de Cajlus.
Au reste y quand bien même ce petit livre auroit perdu quelque chose de sa
valeur documentielle [je crois que
le mot a été fait\ il en a conservé une autre non moins importante. A mesure que s éloignoit le temps ou il a été écrit ^
IV PREFACE
ce livre., dicté par une femme de cour qui étoit en même temps une femme d'esprit^ est devenu une sorte de monument littéraire; il semble même que ^ en se dépouillant peu à peu de sa valeur historique, il ait acquis de jour en jour plus d'intérêt littéraire; de sorte quen cessant d'être un recueil de renseignemens bon à consulter, il est resté comme une chronique intellectuelle où les lettrés sont venus rechercher et étudier le ton et l'esprit d'une grande époque disparue. Livre précieux en effet, où on peut surprendre dans l'abandon d'une confidence toute la finesse et tout le feu des conversations de ce temps, oii la langue francoise a été le mieux écrite et le mieux parlée aussi.
Car le livre de madame de Cajlus est bien cela, une conversation et une confidence. Ce livre ou, comme on le disoit
PREFACE
déjà de son temps, elle n'a pas tâché ; ce livre pour lequel le titre de Méuioires lui paroissoit trop sérieux, ne nous fait-il pas, à distance, l'effet d'une indiscrétion habillée au coin de la cheminée, sans témoins et sans souci du qu'en dira-t-on ? Livre écrit sur le genou, safis points ni virgules, et interrompu par une visite ; car, pour que rien ne manquât à ce caractère d'improvisation abandonnée, les Souvenirs de madame de Caylus ne sont point achevés. C'est grand dommage sans doute ! dirons-nous avec Juger. Et cependant cette interruption n'estelle pas une grâce de plus ajoutée à ce livre adorablement négligé; à ce livre sans modèle et sans pareil qui n'est ni un roman, ni une histoire, ni une correspondance, ni un mémoire surtout, gros mot, mot pesant qui
TREFACE.
.fent la prétention et rappelle V Academie.
Elle-même., dès les premiers mots, nous met au fait. J'écris sans ordre, dit-elle. Et il nj avoit quelle véritablement qui pût se vanter de cela; comme il ny avoit qu un livre que cette, déclaration impertinente pût ne pas gâter. Le sans-ordre devient une manière dont elle se fait un genre : et^ pour la première fois., le désordre ne fatigue pas, ni ne déplaît. On lit le livre crojant écouter un de ces causeurs entraînans qui ont l'art de tenir un auditoire attentif pendant toute une soirée, enfilant une anecdote dans une autre et peignant des portraits à la passade. Par moment il semble que l'esprit rebondit comme à la réplique, et alors on est tout à fait dans t illusion ; on croit avoir été soi-même l'in-