‹ Souvenirs. Avec une introd. et des notesChapitre 15 sur 38 · Sous le nom de la marquise de Surgers · texte numérisé non relu

Sous le nom de la marquise de Surgers

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sances. M. d'Aubigné, eu ce temps-là gouverneur de Cognac', y reçut M. le duc du Maine avec une magnificence qui devoit lui plaire; mais le plus grand plaisir qu'elle eut dans ces difféi'ens voyages fut de n'être pas à la cour. Elle en trouva encore nn autre dans la conversation de M. Fagon, alors médecin de M. le duc du Maine. C'est là que se forma entre eux cette estime et cette amitié qui ne se sont pas démenties. Plus M. Fagon vit madame deMaintenon de près, plus il admira sa vertu et goûta son esprit. Je le cite comme un bon juge du vrai mérite. Au retour de. ces voyages , la faveur de madame de Maintenon augmenta, et celle de madame de Montespan diminua avec la même rapidité. Son humeur s'en ressentit ; et madame de Maintenon, qui vouloit encore la ménager, et qui sans doute ne prévoyoit pas jusqu'où sa faveur devoit la con-

i. Le comte d'Aubigné^ frère de madame de Maintenon.

duire, pensoit sérieusement à se retirer, ne désirant que la tranquillité et le repos de sa px'emière vie. Je le sais, et pour le lui avoir entendu dire, et par des lettres que j'ai vues depuis sa mort, écrites de sa main, et adressées à un docteur de Sorbonne , nommé labbé Gobelin, son confesseur^; mais son étoile singulière ne lui permit pas d'accomplir un projet si sensé. Tout l'aclieminoit au grand personnage que nous lui avons vu jouer depuis.

J'ai vu encoie dans ces mêmes lettres qu'on avoit voulu la marier au vieux duc de Villars, pour s'en défaiie peut-être plus lîonnètement^. Je rapporte ici la manière dont elle s'en explique elle-même avec son confesseur. « Madame deMontespan et madame de Richelieu travaillent présentement

1. Les letU'cs de niatlame de Maintenon à Gobelin ont été imprimées dans sa correspondance.

2. En \Gli , suivant une lettre de madame do Maintenon à madame d'Heudicourt, citée par M. de Noailles.

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à un mariage pour moi , cjui pourtant ne s'achèvera pas. C'est un duc assez malhonnête homme et fort gueux. Ce seroit une source d'emharras et de déplaisirs qu'il seroit imprudent de s'attirer; j'en ai déjà assez dans une condition singulière et enviée de tout le monde , sans en aller chercher dans un état qui fait le malheur des ti'ois quarts du genre humain. »

11 faut avouer que le Roi, dans les premiers temps , eut plus d'éloignement que d'inclination pour madame de Maintenon ; mais cet éloignement n'étoit fondé que sur une espèce de crainte de son mérite , et sur ce qu'il la soupconnoit d'avoir dans l'esprit le précieux de Ihotel de Ramhouillet, dont les hôtels d'Alhret et de Richelieu, où elle avoit hrillé, étoient une suite et une imitation, quoique avec des correctifs, et ([u'il leur manquât un Toiture pour en faire passer à la postérité les plaisanteries et les amusemens.

On se moquoit à la coin- de ces sociétés

de gens oisifs, uniquement occupés à développer uu sentiment et à juger d'un ouvrage d'esprit. Madame de Montespan ellemême, malgré le plaisir qu'elle avoit trouvé autrefois dans ces conversations, les tourna après eu l'idicule pour divertir le Roi.

L'éloignement de ce prince pour madame de Maintenon auroit paru plus naturel , s'il eût été fondé sur ce qu'il savoit bien qvi'elle condamnoit le scandale donné à toute la France par la manière dont il vivoit avec une femme mariée et enlevée à gou mari. Elle làclioit même souvent, sur ce sujet, des traits dont on ne devoit pas lui savoir gi'é, et tels que celui-ci. Elle dit un jour au Roi, à une revue des mousquetaires : Que feriezi'ous , sire , si on vous disait quuji de ces jeunes gens vit publiquement avec la femme d\in autre ^ comme si elle était la sienne? Il est vrai que j'ignore le temps où elle fît cette question, et qu'il est à présumer qu'elle se croyoit alors bien sûre de sa faveur. J'ignore aussi quelle fut la réponse du Roi ;

mais le discours est certain, et il suffit pour faire voir quels ont été les seutimcns et la conduite de madame de Maintenou à cet égard, d'autant plus qu'elle étoit encore, dans ce temps-là, chez madame de Montespan, aupi'ès de ses enfans.

Cependant le Roi, si prévenu dans les commencemens contre madame de Maintenon, qu'il ne l'appeloit d'un air de dénigrement, en parlant à madame de Montespan, que votre bel esprit^ s'accoutuma à elle , et comprit qu'il y avoit tant de plaisir à l'entretenir, qu'il exigea de sa maîtresse, par une délicatesse dont on ne l'eût peut-être pas cru capable , de ne lui plus parler les soirs quand il seroit sorti de sa chambre. Madame de Maintenon s'en aperçut 5 et voyant qu'on ne lui répondoit qu'un oui et qu'un non assez sec : T entends , dit- elle , ceci est un sacrifice; et, comme elle se levoit, madame de Montespan l'arrêta, charmée qu'elle eût pénétré le mystère. La conversation n'en fut que plus vive après, et elles se

dirent sans doute, dans un genre différent, l'équivalent de ce que Ninon avoit dit du l)illet de La Châtre,

On peut juger, par cet échantillon, que le Roi n'étoit pas incapable de délicatesse, et que madame de Montcspan n'étoit pas eu droit de lui reprocher, comme elle lui reprocha une fois, de n'être point amoureux d'elle, mais de se croire seulement redevable au public d'être aimé de la plus belle femme de son royaume. Il est vrai que le Roi n'étoit point l'homme du monde le plus fidèle en amour, et qu'il a eu, pendant son commeïxe avec madame de Montespan, quelques autres aventures galantes, dont elle se soucioil peu, et elle n'en parloit que par humeur ou pour se divertir.

Je ne sais pourtant si madame de Soubise lui fut aussi indifférente, quoiqu'elle parut ne pas s'en soucier. Madame de Montespan découvrit cette intrigue, par l'affectation que madame de Soubise avoit de mettre certains pendants d'oreilles d'émeraudes, les

jours que M. de Soubise alloit à Paris. Sur cette idée, elle observa le Roi, le fit suivre, et il se trouva que e'étoit effectivement le signal de rendez-vous.

Madame de Soubise avoitun mari qui ne ressembloit pas à celui de madame de Montespan, et pour lequel il falloit avoir des ménagemens. D'ailleurs, madame de Soubise étoit trop solide pour s'arrêter à des délicatesses de sentiment, que la force de son esprit ou la frcjideur de son tempérament lui faisoit regarder comme des foiblesses honteuses. Uniquement occupée des intérêts et de la grandeur de sa maison , tout ce qui ne s'op])osoit pas à ses vues lui étoit indifférent.

Pour juger si madame de Soubise s'est •conduite selon ses maximes, il suffit de considérer l'état présent de cette maison, et de la comparer à ce qu'elle étoit quand elle y est entrée. A peine M. de Soubise a voit- il alors six mille livres de rente.

Madame de Souliisc a soutenu son carac-

tère, et suivi les mêmes idées dans le mariage de M. son fils avec l'héritière de la maison de Ventadom^ , veuve du prince de Turenne, dernier mort. Les discours du public, et la mauvaise conduite effective de la personne , ne l'arrêtèrent pas : elle pensa ce que madame Cornuel en dit alors : que ce scroit wi grand mariage dans un siècle.

Pour dire la vérité, je crois que madame de Soubise et madame de Montespan n'aimoient guère plus le Roi l'une que l'autre. Toutes deux avoient de l'ambition ; la première pour sa famille, la seconde pour elle-même. Madame de Soubise vouloit élever sa maison etrenricliir; madame de Montespan vouloit gouverner et faire sentir son autorité. Mais je ne pousserai pas plus loin le parallèle; je dirai seulement que, si l'on en excepte la beauté et la taille , qui pourtant n'étoient en madame de Soubise que comme un beau tableau ou une belle statue, elle ne devoit pas disputer un cœur avec

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madame de Montespan. Sou esprit uiiiqucment porté aux affaires reudoit sa couversatiou froide et plate ; madame dé Montespau, au contraire, rendoit agréables les matières les plus sérieuses, et eunoblissoit les plus communes : aussi je crois que le Roi n'a jamais été fort amoureux de madame de Soubise, et que madame de Montespan auroit eu tort d'en être inquiète. Bien des gens ont cru 31. le cardinal de Rolian fils du Roi ; mais s'il y a eu un des enfans de madame de Soubise qui fut de lui , il est mort il y a longtemps.

Malgré ces infidélités du Roi, j'ai souvent entendu dire que madame de Montespan auroit toujours conservé du crédit sur son esprit, si elle avoit eu moins d'humeur, et si elle avoit moins compté sur l'ascendant qu'elle croyoit avoir. L'esprit qui ne nous apprend pas à vaincre notre humeur devient inutile quand il faut ramener les mêmes gens qu'elle a écartés ; et

si les caractères doux souffrent plus longtemps que les autres, leur fuite est sans retour.

Le Roi trouva une grande différence dans riiumeur de madame de Maintenon 5 il trouva une femme toujours modeste, toujours maîtresse d'elle-même, toujours raisonnable , et qui joignoit encore à des qualités si rares les agrémens de l'esprit et de la conversation.

Mais elle eut à souffrir avant de s'être fait connoître. Il est aisé de juger qu'une femme dont l'humeur est plus forte que l'envie de plaire à son maître et à son amant, ne ménage pas une amie qu'elle croit lui -devoir être soumise. 11 paroît même que la mauvaise humeur de madame de Montespan augmentoit à proportion de la raison et de la modération qu'elle découvroit dans madame de Maintenon, et peut-être à mesure que le Roi revenoit des préventions qu'il avoit eues contre elle. Il étoit cependant bien difficile qu'on pi^t prévoir les

suites qiraurolent uu jour ces commenccnieiis d'estime.

Je rapporterai ici quelques fragmens des lettres que madame de Maintenon écrivoit à l'abbé Gobelin , on y verra , mieuxque je ne pourrois rexprimer, et ce qu'elle eut à souffrir, et quels étoient ses véritables sentimens. Il est vrai qu'il seroit à désirer que ses lettres fussent datées; mais les choses marquent assez le temps où elles ont été écrites.

« Madame de Montespan et moi avons eu une conversation fort vive ; elle en a rendu compte au Roi à sa mode, et je vous avoue que j'aurai bien de la peiue à demeurer dans xm état où j'aurai tous les jours de pareilles aventures. Qu'il me seroit doux de me remettre en liberté ! j'ai eu mille fois «nvie d'être religieuse; mais la peur de m'en repentir m'a fait passer par-dessus des inouvemens que mille personnes auroient appelés vocation.... Je ne saurois comprendre que la volonté de Dieu soit que je'souffre

de madame de Montespan. Elle est incapable d'amitié , et je ne pviis m'en passer. Elle ne sauroit trouver en moi les oppositions qu'elle y trouve, sans me haïr. Elle me redonne au Roi comme il lui plaît, et m'en fait perdre l'estime. Je suis avec lui sur le pied d'une bizarre, qu'il faut ménager *. « Dans une autre lettre : « Il se passe ici des choses terribles entre madame de Montespan et moi. Le Roi en fut hier témoin ; et ces procédés-là , joints aux maux continuels de ses enfans , me mettent dans un état que je ne pourrai longtemps soutenir^. »

C'est apparemment à cette lettre qu'il faut rapporter ce que j'ai ouï raconter à madame de Maintenon, qu'étant un jour avec madame de Montespan clans une crise la plus violente du monde, le Roi les surprit, et, les voyant toutes deux fort échauffées, il demanda ce qu'il y avoit, madame

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