‹ Souvenirs. Avec une introd. et des notesChapitre 28 sur 38 · Le roi la reçut à Montargis, le 4 novembre · texte numérisé non relu

Le roi la reçut à Montargis, le 4 novembre

rions fnil^ (lisoit-c'le, ry?/e la gâter ic/\ si les hoinies (lualitcs (jui sont en elle y (H'oient été moins for tentent imprimées. Madame de ]\Iaintouon se mit donc en possession de la princesse de Savoie dès quelle arriva ici ; et, soit par esprit ou par sentiment, elle déféra entièrement à ses avis. Elle fut, jusqu'à son mariage, et quelque temps encore après , fort séparée des princesses et du reste de la cour. Madame de Maintenon la formoit sous les yeux du Roi : elle Tenvironna autant qu'il lui fut possible de personnes de mérite ; elle lui donna pour dame d'honneur madame la duchesse du Lude; pour dame d'atour, madame la comtesse de Mailly ; et les dames du palais étoient choisies entre ce qu'il y avoit de meilleur, ou du moins regardé comme tel par madame de Maintenon.

La duchesse du Lude avoit de la dignité dans l'extérieur, et une déférence à l'égard de madame de Maintenon' qui lui tenoit lieu d'esprit. On n'avoit voulu dans cette

place qu'une représentation ; c'est aussi tout ce qu'elle avoit, et elle ne faisoit rien sans en rendre compte. Les princesses, qui virent qu'on éloignoit madame la duchesse de Bourgogne de leur commerce , n'en surent pas bon gré à madame de Maintenon ; et surtout madame la Duchesse, qui dans le fond ne l'aimoit pas, moins par rapport à madatne de Montespan que parce qu'elle avoit voulu autrefois lui donner des avis, et qu'elle l'avoit souvent blâmée dans sa conduite; mais, dans le fond, c'étoit plus pour la rendre telle quil convenoit au Roi que pour tout autre motif. Mais , comme on ne se rend pas justice, elle l'accusoit d'une chose dont pourtant madame de Maintenon l'avoit bien avertie , et qu'il n'avoit tenu qu'cà elle de prévenir. Il est vrai qu'ayant pensé , peut-être assez à propos, que son exemple et ses discours pouvoient être dangereux, et gâter en un instant tout ce qu'elle auroit fait avec beaucoup de peines et de temps auprès de ma-

dame la duchesse de Bourgogne, madame de Maintenoii fit en sorte qu'elle ne \h guère madame la Duchesse, et qu'elle ne lui parlât jamais en particulier. Elle ne craignoit pas de même madame la duchesse d'Orléans, dont l'esprit étoit moins porté à la raillei'ie, et qui s'étoit plus ménagée avec n.adame de Maintenon. D'ailleurs madame la Dauplîine et madame de Maintenon étoient entourées de femmes attachées à madame la duchesse d'Orléans, qui la faisoient valoir, et qui relevoient avec malignité tout ce que faisoit et disoit madame la Duchesse, et lui attribuoient même souvent des choses à quoi elle n'avoit pas pensé.

J'ai ouï dire à madame la Duchesse, dans le temps de la déclaration du mariage de M. le duc de Berri, qu'elle n'avoit jamais parlé à Monseigneur de lui faire épouser mademoiselle de Bourbon, et véritablement Monseigneur étoit peu propre à recevoir de pareilles propositions et à entrer

flans un projet qu'il n'auroit pas confié au Roi. Madame la Duchesse, qui le connoissoit, se seroit bien gardée de lui laisser seulement croire qu'elle en eût la pensée. Peut-être imaginoit-elle que, le Roi étant vieux, il pourroit arriver que M. le duc de Berri n'étant pas marié, il lui seroit alors facile de déterminer le choix de Monseigneur en favein- d'une de ses filles; mais, à coup sûr, elle ne lui auroit jamais en attendant confié cette pensée. A dire la vérité, quoique la fille de M. le duc d'Orléans dût passer devant ime fille d'une branche cadette, il n'étoit pas naturel et convenable, après ce qui s'étoit passé eu Espagne, d'allier la maison d'Orléans à un pi^ince aussi près de la couronne et frère du roi d'Espagne.

Il eût été à désirer, ou que le Roi n'eût point marié M. le duc de Berri, ce qui ne pressoit pas, ou qu'il eût fait un autre choix. Il ne lui falloit ni une fille de madame la Duchesse, ni une fille de madame

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la duchesse dOiléaus, par la bâtardise des mères; mais il falloit encore moins prendre la fille d'un homme qui au moins avoit eu des intelligences avec les ennemis de la couronne d'Espagne, dans le temps qu'il y rommandoit les armées, pour conserver cette couronne à Philippe V. Je laisse même à part tout ce qui s'est dit et du poison et de la conduite qu'il tenoit dans ce pays-là. Ses traités avec l'Angleterre étcjient suffisans pour qu'on fît avec justice le procès à ce prince ; et c'étoit une assez grande clémence au Roi de lui avoir pardonné, sans avoir voulu l'approcher de plus près de sa personne par cette alliance : mais enfin la destinée de la France fit qu'il pensa autrement. Ce roi si sage consentit à vm mariage dont il eut lieu de se repentir ; Monseigneur y donna les mains par cette déférence qu'il eut toujours aux volontés du Roi, et de si bonne grâce qu'il ne parut pas même en être fâché. Madame la Daiqîhine en fut ravie: elle reoardoit ce mariage comme son

ouvrage, et elle croyoit qu'il assureroit le repos et l'agrément de sa vie après la mort du Roi ; mais à peine fut-il conclu qu'elle eut lieu de s'en repentir.

Madame la duchesse de Berri ne se contraignit plus, et il est bien plus étonnant qu'avec son caractère et son tempérament elle eût pu prendre autant sur elle qu'elle y prit pendant les deux années qui précédèrent son mariage, qu'il l'est, qu'étant parvenue à ce qu'elle désiroit, elle dédaignât de se contraindre après. Elle se montra donc, dès le lendemain de ses noces, telle qu'elle étoit : c'est-à-dire une autre reine de NavaiTC pour les mœurs; à quoi elle ajoutoit le goût du vin, et une ambition que les personnes fort dissolues n'ont ordinairement pas. Mais il faut avouer qu'elle avoit été élevée d'une manière bien propre à porter ses mauvaises qualités aussi loin qu'elles pouvoient aller. Monsieur son père avoit eu pour elle, dès sa naissance, une amitié singulière; et, à mesure qu'elle

avancoit en àfro, il lui confioit ses iroùts et la rendoit témoin de ses actions. Elle le voyoit avec ses maîtresses; il la faisoit souvent venir en tiers entre madame d'Argenton et lui; et comme il avoit le goût de la peinture, il peignit lui-même sa fille toute nue. Malgré cette éducation, elle sut sibien se contraindre deux ans avant son mariaoe, qu'on ne parloit à madame la Dauphine et à madame deMaintenonque de sa retenue, et madame la duchesse d'Orléans, qui désiroit ardemment ce mariage, et qui vit bien qu'il ne réussiroit pas tant que cette princesse demeureroit à Paris ou à Saint-Cloud entre les mains de son père, la fît venir à Versailles sous ses yeux. Là, cette jeune princesse, qui comprit que sa fortune dépeudoit de sa conduite, en eut une si bonne qu'on ne s'apercevoit pas de ses mauvaises inclinations, et même, quelque temps avant que de venir à Versailles , dès l'âge de douze ans, elle pensa qu'elle avoit trop de disposition à engraisser, et que, si elle con-

tiiiuoit sa manière de vivre, ce pourroit être un obstacle aux vues qu'on avoit pour elle : cette idée lui fit prendre la résolution de ne guère manger , de peu dormir, et de faire beaucoup d'exercice, quoiqu'elle fiit naturellement gourmande et paresseuse. Ou ne peut disconvenir qu'une fille capable à cet âge d'une pareille résolution par le seul motif d'ambition, et sans qu'elle y fiit portée par l'autorité des gens qui en avoient sur elle, devoit être un jour bien dangereuse. Mais, quand elle fut une fois mariée, elle crut que rien ne valoit la peine qu'elle se contraignît; aussi s'enivra-t-elle avec monsieur son père, deux jours après son mariage, dans un souper qu'il donna à madame la Daupbine à Saint-Gloud, aux yeux de cette princesse, de madame sa mère, et de M. le duc de Berri, Non contens d'avoir beaucoup bu à table, ils allèrent s'achever avec des liqueurs dans vm petit cabinet, et madame la Daupbine fut bien honteuse d'avoir à la ramener dans

cet état ù Versailles. Je ne dirai point comment elle manifesta ses antres inclinations ; il snflit (le dire qnelle ne tarda pas à les faire connoitie. Je passerai de là à Thistoire des pendans d'oreilles, qni firent tant de brnit, et qui, si on en croit la commune opinion, eurent des suites si funestes.

Madame la duchesse d'Oiléans avoit des pendans d'oreilles très-beaux, que feu Monsieur avoit eus de la reine mère; M. le duc d'Orléans les lui prit pour les donner à madame la duchesse de Berri. J.a manièz'e et la chose dévoient lui être désagréables; mais elle eut tort, les connoissant tous deux, d'en faire tant de bi uit. Elle se plaignit, elle pleura, elle en parla au Roi, qui gronda madame la duchesse de Bcrri. Madame la Daupliine entra, pour son malheur, dans celte querelle, et prit parti pour madame la duchesse d'Orléans.

Depuis ce moment, madame la duchesse de Bouriioone et madame la duchesse de Berri ne furent plus ensemble de la même

manière ; car il faut avouer que dans les commencemens du mariage, la première ne regardoit pas l'autre comme sa bellesœLU', mais comme sa propre fille. Elle lui donnoit des conseils, et elle l'avoit voulu former, comme elle-même Tavoit été, d'une manière propre à plaire au Roi; seatimens et dispositions bien rares, non-seulement dans une princesse, mais dans une femme ordinaire.

Madame la Dauphine ne l'étoit pas ; et, si cette princesse avoit des défauts et des foiblesses, elle avoit aussi de grandes qualités, et il faut avouer que son commerce étoit charmant. Le public a de la peine à concevoir que les princes agissent simplement et naturellement, parce qu'il ne les voit pas d'assez près pour en bien juger, et parce que le merveilleux qu'il cherche toujours ne se trouve pas dans vuie conduite simple et dans des sentimens réglés. On a donc mieux aimé croire que madame la Dauphine ressembloit à monsieur son père ^

et qu'elle étoit, dès Tàge de onze ans quelle vint en France, aussi fine et aussi politique que lui , affectant pour le Roi et madame de Maintenon une tendresse qu'elle n'avoit pas. Pour moi, qui ai eu l'honneur de la voir de près, j'en juge autrement ; et je lai vue pleurer de si bonne foi sur le grand âge de ces deux personnes qu'elle croyoit avec raison devoir mourir devant elle, que je ne puis douter de sa tendresse pour le Roi\ Mais madame laDauphine étoit jeune, elle étoit femme, et naturellement coquette ; ce qui suffit pour faire comprendre qu'il y avoit journellement dans sa conduite beaucoup de petites choses qu'elle auroit voulu cacher; ce n'est pas là être fausse. Je ne dois pas même celer, pour sa justification, qu'il y a bien de ces petites fautes où elle s'est laissé entraîner par les autres, et que le plus grand défaut que je lui aie connu étoit d'être trop facile, et de laisser prendre

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