‹ Souvenirs. Avec une introd. et des notesChapitre 29 sur 38 · Ici s'arrctc l'éclition de · texte numérisé non relu

Ici s'arrctc l'éclition de

trop d'empire aux jeunes personnes qui l'approchoient ; ce qui l'a jetée dans quelques inconvéniens qui ont pu faire quelque tort à sa réputation.

On a parlé de deux hommes pour lesquels on a prétendu qu'elle avoit eu du goiit : le premier éloit un fou * , et elle étoit un enfant quand il alla en Espagne, où il fut aussi l'amoureux de la reine d'Espagne % sœur de madame la duchesse de Bourgogne.

Je ne l'ai pas connu parce que je n'étois pas à la cour dans ce temps-là j mais j'en sais assez pour dire que les passions étoient en lui des folies, et par les excès où elles le

1 . On voit l)ien que c'est de M. de Maulevrier que je veux parler ; et la manière dont il s'est tué justifie assez ce que j'en ai dit : il se jeta par une fenêtre. (Note de madame de Caylus.)

2. La reine d'Espagne lui avoit écrit quelquefois. Chaque mot de la lettre étoit enfermé dans une boule de lioca ; le paquet éîoit adressé à l'abbé de Caumartin , depuis évèque de Blois. (Cette note paroîl être aussi de madame de Caylus.)

poitoient, et par les moyens qu'il eniployolt. Cependant, comme il avoit de l'esprit, il a ébloui pendant un temps les gens les plus sages. Madame de Maintenon n'a pas même été exempte d'avoir cpielque bonne opinion de lui; ce qui a paru par des audiences particulières qu'elle a bien voulu lui donner quelquefois. Madame de Maulevrier, fille du maréchal de Tessé, qui fut bien avec madame la Dauphine jusqu'à la mort de son mari, s'est brouillée avec celte princesse pour n'avoir pas voulu, à ce qu'on dit, lui rendre ses lettres ; mais, dans la vérité, pour avoir, je crois, répandu ce bruit-là sans fondement. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'elle a toujours été mal avec elle depuis , quoiqu'elle fût fille du premier écuyer de cette princesse, et d'un homme dont le Roi s'étoit servi pour travailler à son mariage.

Nangis est le second pour lequel madame la Dauphine a eu du goût. Je ne parlerai pas de celui-là comme j'ai parlé de l'autre,

et j'avouerai que je le crois comme le public : la seule chose dont je doute, c'est que cette affaire soit allée aussi loin qu'on le croit, et je suis convaincue que cette intrigue s'est passée en regards et en quelques lettres tout au plus. Je me le persuade par deux raisons: l'une, que madame la Dauphine étoit trop gardée, et l'autre que Nangis étoit trop amoureux d'une autre femme qui l'observoit de près, et qui m'a dit à moi-même que, dans le temps qu'on soupçonnoit qu'il pouvoit être avec madame la Daupliine, elle étoit bien assurée du contraire, puisqu'il étoit avec elle.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEIMENS.

PREMIKRE LETTRE DE MARIN , SUR MADAME DE CAYLUS, ET SUR M, DE CAYLUS, SON FILS aÎNÉ, AU RÉDACTEUR DU JOURNAL DES DÉBATS.

On vient de réimprimer, monsieur, les Souvenifs de madame de Caylus'. Cet ouvrage a réveillé dans moi d'autres souvenirs.

M. le comte de Caylus m'honoroit de son estime et de son amitié. Je ne l'ai pas quitté pendant les dernières années de sa vie, et je peux dire qu'il est mort entre mes bras.

Voici comment il m'avoit raconté l'origine de cet ouvi'age.

INIadame sa mère étant malade , il lui faisoit une fidèle compagnie. Il lui conseilla un jour de se distraire de ses maux en lui dictant des anecdotes de la cour de Louis XIV; elle répon-

\ . C'est l'édition de Renouard, publiée en I80i.

dit que sa tête n'étoit pas assez libre pour donner une forme convenable à des Mémoires. « Eh bien ! répliqua iM. de Caylus, nous, intitulerons cela Souvenirs , et vous ne sei-ez assujettie à aucun ordre de date, à aucune liaison. » Madame de Caylus y consentit, et c'est au pied de son lit que M. de Caylus écrivit cet ouvrage sous la dictée de sa mère.

Il n'est pas vrai, comme le prétend l'éditeur, que ces Souvenirs ont couru le monde en copies manuscrites jusqu'en 1770. M. de Caylus ne. les avoit confiés qu'à quelques amis intimes dont il connoissoit la délicatesse et la discrétion : il étoit si scrupuleux à cet égard qu'il refusa de les i)réter à madame Geoffrin, son amie, à cause des gens de lettres d(mt elle étoit environnée, et qui auroient pu en prendre des copies : mais, pour satisfaire aux désirs .de cette dame , i! me chargea de lui en faire moi-même la lecture dans plusieurs séances , et dans un petit comité composé de M. Marmontel , qui logeoit alors chez elle,]M. d'Alembert, et mademoiselle Despinasse ^.

Un soir, un homme de lettres, que je n'aurai pas l'indiscrétion de nommer pour ne pas flétrir la gi'ande réputation dont il a joui, qui n'est cependant aucun de ceux qui honorent aujour-

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