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Souvenirs -- correspondance, 1831-1908

Ceci n’est pas une préface au livre de Ranc, ce n’est pas non plus un lavertissement, c’est une simple confidence aucv amis et aux disciples du grand républicain.

Si dans son testament Ranc fait allusion à ses « papiers », il ne désigne pas le biographe auquel incombenait la lourde tache de retracer sa vie si active, si mouvementée, si intéressante. C’est à sa femme (pi’il a donné ce gage de confiance, cette ultime preuve d’affection.

Pour faire revivre dans la sécheresse de ces feuillets imprimés la vibrante ligure de Ranc, pour tracer la grande Jjage d’histoire vécue par lui, j’aurais pu faire appel à un ami fidèle qui, aux côtés du maître, collabora à l’œuvre commune d’émancipation et de liberté. J’y ai renoncé. Et j’ai voulu, seule, apporter ce modeste témoignage d’admiration et de reconnaissance à Ranc. J’ai cueilli dans cette merveilleuse floraison d’artieles et de documents, ceux qui m’ont paru les plus intéressants, les plus caractéristiques pour tracer à grands traits la vie de ce grand républicain.

L’œuvre est sans doute imparfaite, mais elle est sincère. Quelques-uns des documents laissés par

Ranc ont été remis à l’État. Mon mari avait gardé le précieux registre des minutes des dépêches envoyées par le Gouvernement de la Défense Nationale, depuis le 4 septembre 1870 au soir jusqu’au 5 février 1871.

Le volumineux registre où elles sont classées, chacune à sa date, dans l’ordre des départements, a été apporté p.ar moi à M. Georges Clemenceau, qui a pensé qu’il ne pourrait être mieux placé qu’aux Archives Nationales.

M. Étienne Dejean a reçu, en août 1910, des mains de l’ancien président du Conseil le précieux dépôt. Et dans dix ans, selon la règle au Palais Soubise, où les documents ayant plus de cinquante ans de date peuvent seuls être communiqués, ceux qui étudieront aux sources de l’histoire du Gouvernement de la Défense Nationale, pourront avoir connaissance de ces dépêches, très souvent confidentielles, aux préfets et aux généraux.

Voici d’ailleurs la lettre par laquelle M. Gaston Doumergue, alors Ministre de l’Instruction publique, m’a accusé réception de mon précieux envoi :

Paris, 0 mai 1910.

Madame,

Le précieux registre contenant les dépêches du Gouvernement de la Défense Nationale aux préfets, recueillies par le regretté Arthur Ranc, vient d’être déposé, par les soins de M. Georges Clemenceau, aux Archives Nationales. J’âi l’honneur de vous ex-

primer mes plus sincères remerciements pour avoir été comme de moitié, par la remise même que vous aviez faite à M. Clemenceau de ces documents si utiles pour l’iiistoire, dans cette attribution si heureuse. Le plus signalé service aura été en effet rendu à ceux (pii, dans quelques années, voudront étudier aux sources les actes du Gouvernement de la Défense Nationale. Ils n’auront garde de l’oublier. Madame, car le nom que vous portez si dignement restera doublement attaché à ces documents, dans cette grande maison de l’Histoire de France qu’est le Palais Soubise, je veux dire par la marque visible qui en rappellera l’origine et par le souvenir qu’ils évoqueront de Tardent patriotisme d’Arthur Ranc en ces jours tragiques mais gloz'ieux.

Agréez, Madame, l’hommage de mon respectueux dévouement,

Gaston Doumergue.

Les documents publiés aujourd’hui sont reproduits intacts, avec leur date et leur accent. Ce sont des articles, des extraits de volumes, des lettres de Ranc ; ce sont aussi de nombreuses lettres émanant parfois même d’adversaires politiques. Mais toutes font ressortir la confiance profonde que chacun avait pour le jugement sûr, le caractère désintéressé du grand républicain qui, jusqu’à son dernier souffle, mit sa plume et sa pensée au service de son pays. Elles illustrent les pages essentielles de l’histoire de Ranc, histoire écrite par le maître, feuillets épars répandus dans la presse, impressions traduites au lendemain d’événements graves, de luttes vives, de batailles âpres qui ont marqué l’œuvre de

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justice et de liberté réalisée par notre régime républicain.

C’est aux amis qui sauront les lire, les comprendre et revivre les événements qu’ils rappellent que ces quelques documents sont offerts.

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