I.\ COIUîF.SPONnANTF, DF i/fXII,F
plus naturelles que ceux qui ne sont que les spectateurs. Ils croient que le inoinent est venu de faire quelque chose. Quoi ? Ils ne le disent pas, ils ne pourraient pas le dire. Toujours est-il qu’ils voudraient se retourner un peu. La méthode de prudence jusqu’à présent suivie ne leur plaît plus ; leur a-t-elle jamais plu ? Sans doute, puisqu’ils n’en sont pas les inventeurs. Vous savez au surplus que ces fameux ardélions manquent, au fond, d’estomac. Ils s’aigrisseid. de jour en jour, et ne dissimulent pas leurs visées. Ils veulent changer de direction politique. Leur phrasé, en effet, est celle-ci : « II faut abandonner la politique de transaction et de compromis, pour reprendre la politique des principes. » La candidature de M. Ledru-Uollin est le commencement de la campagne. Inutile de vous dire que nous n’avons jamais combattu cette candidature, quoique M. iSiaquet, (pii en est l’inventeur, à cause de ses démêlés avec la déjuitation actuelle de Vaucluse, ne s’est pas gêné de dire que c’était ce qu’il y avait de mieux pour mettre le feu sous le ventre à des énergies (pii semblent s’attiédir. Vous entendez ce que' signifie ce langage. M. Naquet paraît avoir été aidé dans cette affaire par MM. Lockroy, Georges Périn, Tony Révillon, Ordinaire, Ballue, Saint-Quentin. Tout cela s’est monté dans des conciliabules où l’on ne dit guère du bien de nous, sans doute parce que l’on n’en pense point. Il est question de fonder un journal pour abattre la funeste influence du m'itre. (Ti change le chef, on veut aussi changer l’organe. C’est tout naturel et nous ne connaîtrions plus rien à la politique si nous étions étonnés de pa-
RANG
rcils sentiments et de semblables combinaisons. Les modérés, toujours peureux, se sont hâtés de saisir Coumion aux cheveux. C’est une nouvelle élection Barodet, se sont-ils écriés. Ils ont poussé des cris d’oié qui ne voudraient pas le Capitole. J’ai résisté du mieux que j’ai pu, aujourd’hui cela paraît se calmer un peu. Ah ! comme vous avez bien fait de dire ce que vous avez dit ce matin sur l’échec de Victor Hugo contre Vautrain ! Enfin Louis Blanc doit aussi se porter dans la première circonscription de Marseille contre Gambetta. C’est la guerre déclarée. Notre ami est parti hier pour Avignon ; après demain, il sera à Marseille, où je crois que sa position est inexpugnable. Nous verrons bien qui l’emportera. Gambetta est plein de sécurité et de confiance.
Contre moi, dans le IIP arrondissement, Louis Blanc a posé Bonnct-Duverdier. Ma campagne électorale se poursuit à mon entière' satisfaction. J’ai déjà comparu trois fois devant les électeurs ; chaque fois, j’ai été bien accueilli, félicité, acclamé. Il paraît que je puis quelque' chose comme un orateur. Cléray est admirable de passion et de dévouement. Si vous pouvez lui écrire un petit mot pour lui dire que vous le suivez avec sympathie dans tout ce qu’il fait pour moi, vous ferez bien. Mon affaire n’est pas trop mal lancée. Dimanche, à la réunion provoquée par les amis de Bonnet-Duverdier, si l’on avait voté, il aurait été battu, honteusement battu. Tout le monde me dit que cela va bien ! Je suis parti comme je le devais avec mon propre groupe, avec les gens de mon parti, de mon opinion, avec les radicaux.
r,.\ COriliESPONDANCE ni-, T/KNir.É
J’aurai demain quatre-vingts signatures populaires au bout de mon manil'esle. I.cs conseillers municipaux Mural, 1^’erré, Leloux sont pour moi. Ils rejoindront le gros de l’armée par une déclaration séparée, f[ui viendra lundi ou mardi après une réunion (jui aura lieu lundi. Je ne vois pas (jue les noms puisserit se mieux poser. Vos lettres me lont du bien et me soutiennent. La cause de mon succès lient, à ce (pi’il parait, à la netleté de mes déclarations sur la politique à suivre, notamment en ce qui loucbe la prudence qu’il faut continuer do montrer en tous points. Donc on s’accorde à dire que c’est moi qui ait parlé le plus carrément, le plus sincèrement et même le j)lus éloquemment. 11 parait aussi (pie ma « tête » a produit bon effet.
\^os articles sont do vrais cbéfs-d’o'uvre. Celui de CO matin tombe à pic sur Vautrain. Je ti’ouve ([ue vous devez être bien content de vous trouver en pleine possession d’un style plein de force, de nerf, de couleur et de relief, c[ui vous permet d’écrire tout ce que vous voulez. Ces articles sont extrêmement gofilés. No nous laissez pas clnV mer. Nous ne pouvons nous occuper du journal et vous nous ôtes bien utile en ce moment.
Votre nom est acclamé partout, dès qu’on le prononce, on ne s en fait pas faute, même Tirard.
A vous du fond du cœur.
E. Snui.LKn.
RANG
LA RLPIJRLTOUE FRANOATRK K), l'uc du Croissniil,
RftnACTION
Paris, le 23 février 1874.
Mon cher ami,
Dans celle silnaiion générale, il y a notre silualion particulière à considérer. Le journal grandit tous les jours en influence ét en autorité. Je crois pouvoir dire, sans vanité, qu’il n’y a qu’une voix aujourd’hui pour le proclamer le premier organe de la pressé française. Les réactionnaires le lisent, l’admirent et le redoutent; les républicains de toutes les nuances le consnltent, le suivent et s’en honorent et le jalousent. Il y a bien des écueils à éviter, à droite et à gauche, c’est une préoccupation constante, et souvent je trouve écrasante la responsabilité qui pèse sur moi. Vous avez très bien compris que nous avons à redoubler de prudence. Plusieurs fois notre existence a été mise en danger, depuis que je ne vous ai vu, on nous a fait parvenir des avis officieux. Au moment de la suspension de rUnivers, on a délibéré notre propre interdiction, pour faire contrepoids. Nous savons que le directeur de la presse a l’ordre de nous lire avec une extrême attention. D’ailleurs le journal est dévoré par tous les hommes de la Droite. Ils se chargeraient eux-mêmes de nous signaler, si nous faisions le moindre faux pas. Aussi ne craignez pas de nous surveiller de loin et de nous avertir. L’anonymat qui est une de nos plus grandes forces commence à agacer nos ennemis.
LA CORRESPONDANCE DE l’eXILÉ
on parlait de rétablir la loi Tinguy. C’est nous que l’on vise. Pour celle raison, je crois qu’il y aurait imprudence de notre pari à prendre des articles de V... Je vous renverrai sa lettre quelque autre jour. Faites-lui savoir que nous considérons que pour le moment, la chose est impossible. Vous n’ignorez pas que nous avons en Angleterre le modèle des correspondants, le plus exact, le plus complet. Il ne pourrait donc que nous donner des articles à côté, dans sa manière noire et crue qui livrerait tout de suite le secret de sa collaboration. Et puis, quelle place lui faire ? Nous sommes déjà débordés par la copie. Enlin dernière et décisive raison ! 11 importe de ne pas charger notre budget qui est déjà lourd. Nous ne pouvions espérer de développer le journal aussi longtemps (jue nous ne pourrions dire aux actionnaires qu’il y a non seulement des intérêts mais du dividende à distribuer. Il faut arriver là. N’oubliez pas que nous sommes nombreux à vivre autour de cette caisse, et qu’il importe d’améliorer et de garder cet instrument de travail pour tant de personnes. En ce qui touche votre travail, je vous ai fait dire le plus pressé. Chacun de vos articles sur l’Enquête porte juste, a son prix. Ils sont remarqués, ils méritent de l’être. Ne croyez pas que nous pensions qu’il serait bon d'y renoncer. Quand ils ne passent pas le jour même, c’est qu’il y a des nécessités de mise en page (jui s’y opposent. Continuez donc avec ardeur, et comme je vous l’ai mandé, ne vous hâtez pas trop d’arriver à nos affaires de province. Paris, vous le savez, s’intéresse toujours beaucoup plus à ses mal-
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heurs qu’à nos el't'orls. Paris ne se lassera jamais de revenir sur celte année glorieuse. Nos affaires viendront plus tard. Je comprends aussi qu’il doit y avoir un singulier intérêt pour vous, et pour le grand et nécessaire travail que vous méditez à vous faire des opinions précieuses sur les points les plus douteux. C’estlà le butqu’ilfaut vous proposer. Partout où il y a litige et procès, instruisez l’affaire, afin d’arriver plus tard à prononcer du jugement avec autorité et sans appel. Mais en même temps que vous continuerez l’enquête, je ne saurais trop vous recommander de suivre avec attention les événements et les discussions de la vie quotidienne. Il y a souvent des sujets qui se présentent et qu’il faut traiter. J’en citerai un qui touche à votre spécialité, l’administration intérieure, je veux parler de la loi sur la librairie. Rien de plus monstrueux que ce que l’on prépare'. Si vous pouviez étudier ce sujet à fond, ce serait avantageux pour vous et pour nous. Nous vous enverrons tous les documents que vous réclamerez. Ne perdez pas de vue non plus qu’il y aurait pour vous une extrême utilité à vous mêler à nos polémiques, parce que je sais combien vous aimez ce jeu-là. Il me semble que si vous lisiez tous les jours quelques entreplats de vous dans le journal, vous vous croiriez moins seul, vous prendriez les choses avec plus de patience, et vous savez qu’il en faut faire provision. Vous me direz à ce propos que nous avons supprimé vos quelques lignes sur le Daudet qui n’a pas de talent. C’est l’avis d’Isambert qui a prévalu. C’était la troisième fois que nous nous occupions de ce per-
LA COHRESPONUANCE DE l’eXILÉ 295
sonnage, il nous a semblé que c était trop. Mais ne vous découragez pas autant. Votre plume nous fait souvent défaut, et si vous pouvez nous la rendre quelquefois, vous nous rendrez service. Je tiens surtout à ce que vous ne perdiez pas le sentiment exact des choses de la politique parisienne. Ainsi voilà celte affaire Ledru. Vous pensez bien qu’il y a des dessous. Je vous en ai dit un mot. C’est contre nous que cette élection était dirigée, et il se trouve que nous sommes seuls à la soutenir. On voit bien les malins — que nous avons conscience du coup que l’on a voulu nous porter ; mais on en n’est pas moins forcé de dire qu’il n’y a que nous pour tenir tête à la réaction. De là, trouble et confusion chez nos adversaires du jour. Au reste, ne vous exagérez pas cette' petite levée de boucliers. Il faut ajouter aux hommes que je vous ai cités plus haut lé groupe Pémerie, Armand Adam. Pémerie a fait un papier positiviste qui circule dans tout le Midi et qui a pour objet de pousser les députés de l’extrême-gauche à plus d’action. Bien entendu, on n’indique pas les voies et moyens, mais cela fait bien, on a l’air plus avancé, et l’on se pousse. Vous voyez cela d’ici. M. Naquet s’est posé dans cette affaire au premier rang et les autres en sont un peu vexés, car vous savez ({u’il n’est pas ti-ès considéré. N’oubliez pas qu’il était pour la paix, et que récemment il était pour le plébiscite. C’est un homme sans consistance. El quand je me souviens de la façon dont M. Ledru-Rollin arrangeait son livre, cela me fait bien rire ! Dans nos relations personnelles, je ne vois pas que celte belle politique soit appréciée comme elle
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devrait 1 elre. Je vous le répète', il y a un peu d’impatience chez tout le monde, on voudrait faire quelque chose. Mais qu’y a-t-il à faire? C’est ce que personne ne dit, c’est ce que M. Ledru-Rollin dira moins que personne. On prétend d’ailleurs qu’il ne veut faire qu’un discours et se retirer après. Voilà qui lui ressemble et qui est bien dans ses moyens.
J’insiste peut-être trop sur toute cette affaire, mais que voulez-vous que je vous apprenne de plus intéressant. Votre éloignement a porté dans mon existence un trouble profond. Toutes mes habitudes sont dérangées. Il y a plus d’un mois que Castagnary n’est venu dîner avec nous, il a été malade d’une forte grippe entée sur son asthme.
J’ai assisté samedi à la répétition générale du Florentin, de notre ami Lenepveu. La représentation est fixée à mercredi. Que j’aimerais à y assister avec vous ! Samedi, j’ai passé presque tout le temps à pleurer derrière ma lorgnette. Songez donc à la première soirée où nous avons entendu pour la première fois cette musique charmante, claire, spirituelle, dramatique et française. C’était chez notre pauvre Lanne. Il avait loué un piano pour vous qui étiez déjà proscrit, que de souvenirs douloureux ! On croit à un grand succès. Les petits camarades de l’école romantique sont au désespoir. Ils déchirent le bon Lenepveu à belles dents ; pour les uns, il a du talent mais pas d’idées et pour les
LA CORRESPONDANCE DE l’eXILÉ
autres des idées mais pas de talent. Enfin, nous verrons ce que dira le public. Je suis sur des charbons ardents.
Au revoir, mon cber ami, je vous aime et je vous embrasse.
E. Spuller.
l’aris, 8 avi’il.
Mon cher ami,
Je crois devoir signaler à votre attention le petit conUil de M. Bismarck avec la Belgique, au sujet du mandement des évèijues.
Nous mettrons aujourd’bui la note de Perponcber. Suivez cet incident avec beaucoup de soin. Observez bien l’opinion ; écrivez-nous sur l’eftet produit par cette affaire une ou deux lettres bien complètes, au double point de vue de l’extérieur de la Belgique et de l’intérieur, c’est-à-dire de la situation du ministère clérical.
Il y a longtemps que je ne vous ai donné signe de vie. J’ai été si occupé ! Je le suis encore, mais le moment viendra sans doute où je prendrai quelques jours de repos. Inutile de dire avec qui j’aimerai de les passer. La politique (jue nous avons suivie, non de gaieté de cœur, est la seule, sage, prudente, avantageuse. C’était aussi la seule possible. La Erance l’a complètement ap-
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prouvée, el l’autorité du Parti républicain est immense, nous arriverons à enraciner la République, je n’en lais pas cloute, mais que de temps, que de patience il faudra !
Le discours prononcé par notre ami aux lunérailles d’Edgar Ouinel a été accueilli avec une extrême faveur.
Comme nouvelle personnelle, j’ai à vous dire que mon frère et sa femme sont de retour ici. Notre provisoire est fini et j’emménagé demain, 2, rue Favart.
A bientôt, je vous embrasse,
E. Spuller.
23, boulevard Poissonnière.
26 avril 1874.
Monsieur el ami,
Ne vous étonnez pas dé ce nom que je vous ai donné depuis longtemps.
J’ai voulu cent fois vous écrire, mais je me demandais si mon amitié à moi justifiait une entrée en matière.
Aujourd’hui, j’ose plutôt qu’un autre jour, je ne sais pourquoi. Je n’ai point d’excuse, puisqu’on m’a dit hier que vous souffrez moins de votre exil que dans les premiers temps. Vous travaillez, m’apprend-on, vous avez une bonne bibliothèque.
J’aurais dû vous écrire quand vous étiez sans
LA CÜlUîESl’ÜNDANCIÎ DE l’eXILÉ 299
amis el sans livres. Véritablement, je n’ai pas osé.
Si vous saviez dans quelles angoisses j’ai été au moment de votre duel avec M. de Cassagnac ?
N’est-ce pas que vous avez quelque plaisir à savoir que vos amis intimes parlent constamment de vous, et que vos amis par sympathie comme moi, ont besoin de vous serrer la main en écriture, ne pouvant l'aire mieux.
Croyez, monsieur et ami, à mes sentiments les {)lus affectueux.
Juliette Ed. Adam.
Paris, le 13 juin 1874.
Mon cher ami.
J’ai reçu vos deux lettres. Je vous remercie bien, surtout de la première, quoiqu’elle ne soit pas très réjouissante. Continuez, je vous prie, vos investigations de ce coté. Vous devez comprendre toute l’importance de pareilles affaires. C’est là le vrai point noir. C’est à n’en pas dormir d’inquiétude ! Ici, personne n’y songe et dire (ju’il n’y a pas de plus grand danger !
Ce (jui arrive du côté des bonapartistes pouvait être prévu. Le discours d’Auxerre a été pour eux un terrible réveil, songez donc ! on avait été presque « si bien » ensemble, au moment de la campagne légitimiste ! ils se croyaient revenus aux beaux temps de l'alliance sous la Restaura-
RANG
lion, où ils iaisaieiit leurs affaires sous le couvert et sous la proieclion du Parti républicain. Ils croyaient pouvoir continuer le même jeu, jusqu’au jour où ils auraient été les maîtres. Mais, pas du tout, voici que l’homme du procès Baudin reparaît ! Leur terreur est au comble ! on a attaqué M. de Magne leur ministre, l’homme qui donne les meilleures places. C’est un crime impardonnable !
C’est là ce qui les trouble ; ils ont été démasqués ! Ils ne sont pas en situation de prendre le pouvoir, et ils le savent bien. Que feraient-ils avec le gamin de Woolwicli et sa pieuse Espagnole de mère ? Mais ils voulaient tout envahir, pour jouir d’abord et ensuite faire leur coup suprême, le moment venu. Le mot de l’autre jour les a terrifiés. C’est Paris qui est content. L’affaire du coup de poing a fait bondir la population de colère, mais on s’est dit tout de suite en voyant les déploiemenls des troupes qu’il ne' fallait pas donner de prétextes pour sauver l’ordre et tout est maintenant au calme.
Soyez sans inquiétude sur notre ami, on veillera sur lui autant que faire se pourra. Il est toujours calme, maître dé lui-même. Le pauvre diable ! Quelle destinée ! C’est lui qui fait tout, dans ce parti. Il prononce les grands discours, il rédige les ordres du jour, dit les paroles les plus vibrantes, reçoit les coups de poing, et personne ne l’aide, ne l’assiste, ne le défend même. Hier soir, il était un peu amer, et à bon droit, mais vous le connaissez, son énergie reprendra le dessus. Et il le faut, car ce ne sont pas ceux qui parlaient il y a deux mois des tempéraments
i.A f'oniîr.sroxD.wTF. df. f’faii.iV
énervés et des énerjîies «ifinissc'es, f[ui pourraient le remplacer.
I/affaire de Clemenceau se poursuit. Vous lirez sans doute demain la lettre ,(pdil a dùadi’esser à M. de Cassagnac... Ouant au rcsle, les choses paraissent assez mal engagées. MM. Scliœtcher et Testelin convenaient-ils bien ? D’ailleurs, je ne sais pas trop si notre temps convieid bien a ces sortes de rencontres.
Je vous prie instamment de nous envoyer un article et même deux par jour. Nous faisons le service du Dix-ncuvicmc Siècle. Et la vente a bien augmenté par suite de la suppression, (iette nuit, on a tiré à cinquante mille. Picrivez, écrivez sans cesse sur tous sujets, princij)alement sur le bonapartisme. Uèvez à dés sujets. Tout est bon, venant de vous.
Je vois arriver avec plaisir le solstice d’été. C’est l’époque où je dois aller passer (pielques jours avec vous.
Adieu, je vous embrasse,
E. Sl’FITFR.
23, boulevard Poissonnière.
15 février 1875.
Je vous avais écrit deux fois : dès les premiers jours de votre exil, une première ; l’élé dernier, une seconde.
Je vous aime fort et je m’altristais de vo-
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ire silence. Est-ce vanité ? J’y cherchais une cause étrangère à votre souvenir que je savais affectueux. Je né me trompais pas et me voilà toute réjouie de vous avoir retrouvé. Je n’aurais qu’une exigence, que je vous prie de subir quoique' vous soyez innocent. Je veux que vous vous sentiez tout de suite, en une seconde, l’un de mes vieux amis. Est-ce convenu ? Oui, n’est-ce pas, c’est fait.
Donc, je vous serre la main tendrement.
Juliette Ed. Adam.
P. S. — J’avais dit à notre cher Gambetta qu’il vous fasse des reproches en mon nom. Il les a donc oubliés dans son voyage en Hollande.
LA REPUBLIQUE FRANÇAISE IG, rue du Croissant
Rédaction
2 janvier 1875.
Je souhaite que l’année commence et s’achève bien pour vous. Celle qui finit ne nous a pas été trop bonne : le journal n’est pas encore sorti du bourbier où l’ineptie de plus d’un l’a laissé choir, et voilà que la majorité de Février est tombée en confusion. Il ne faut pas s'exagérer la
LA CORüLSPONOANCL DF. 1,’fXII.K
portée de l’incident de jeudi, plusieurs qui ont lâché pied sont très confus et n’attendent qu’une occasion de revenir, dès qu’ils pourront le faire sans danger. Bien des causes ont contribué à ce qui s’est passé ; vous les connaissez ou vous les devinez, et il serait fort inutile de m'étendre là-dessus. Il faut conduire le troui)eau, en reprendre la conduite sans qu’il s’en doute, ce qui ne peut se faire (pi’à force de prudence, et si nous sommes habiles, vous savez que nous ne sommes pas toujours prudents. Il faudrait que tout fût à peu près restauré au moment où sera nommée la Commission du budget, c’est-à-dire dans cinq ou six semaines ; avec beaucoup de travail et un peu de bonheur, il n’esi pas impossible' d’y réussir. En somme, voilà la majorité, ou plutôt, la majorité de la majorité rivée pour (juelques temps en France ; on ne la décidera pas sans peine à reprendre sa liberté.
Tout cela change la position de nos amis à la Chambre et en même temps celle du journal. Il n’est pas depuis assez longtemps déjà en veine de prospérité ; sa position va devenir plus difficile encore, nous ne pouvons pas jusqu’à nouvel ordre, faire une opinion très franche, et nous ne saurions êti'e ministériels. De là, une position ambiguë, difficile à garder et qui peut nuire auprès du public. Il est nécessaire de faire de sérieux efforts pour nous soutenir, et vous pouvez nous y aider grandement. Tout ce qui nous viendra de vous sera bienvenu : articles politiques, chroniques, correspondance sur tous les sujets, sur les livres, sur le cléricalisme belge, sur tout ce (jiii se passe en Belgique.
RANG
Ne nous soyez pas trop avare de voire prose et croyez à noire paidaile aniilié.
ClTAIJ.RMEL-LACOUn .
P. -S. — Tout le monde ici vous souhaite la bonne année, et tout spécialement (lambetla, qui va partir à rinstanl pour Nice,
Paris, 7 janvier 1870.
J’éprouve une grande joie, mon cher ami, à vous dire que tous nos amis, toutes les personnes que je rencontre sont unanimes à louer la beauté des articles que nous insérons sous le titre déjà populaire « de Bordeaux à Versailles ». Personnellement, je vous adresse mes félicitations les plus cordiales, les plus sincères. Il y a longtemps que vous ne nous aviez rien donné. Mais je me bâte de vous dire que vous avez reparu dans ces articles plus maître' que jamais de vos pensées et de votre style, de vos jugements et de votre langue. Continuez donc et ne nous laissez pas chômer un seul jour. Je vous ai fait envoyer deux volumes qui pourront vous être utiles. Il y a un troisième que je vous adresserai ; c’est le livre de Camille Pelletan, le théâtre de notre lutte depuis le 24 mai jusqu’au 25 février ; vous avez beaucoup de matériaux sous la main et vous les mettrez en œuvre à souhait.
Le libraire-éditeur Decaux, le successeur de F. Polo nous est venu voir. Il s’engage à publier les articles « de Bordeaux à Versailles » en volume dès qu’ils seront finis. Mon opinion est
T.v rorî]îr;sp()xnANrK de i.’Kxir.K
qu’il l'aul. désormais Iravailler en vue de cette offre, car le livre peut sortir au jour lé jour de vos maius et se trouver fait ])res([ue sans y songer. \'V)us avez devaid vous jus(pi’au 8 uiai’s, jour de l’expiration des j)ouvoirs de rAsscmblée. D’ici là, si vous ne vous rei)osez pas trop, iiulld dies sii}c liiica, vous pourrez aborder les princi- |)aux sujets et raconter les grandes séances, les éi)isodes saillants, .le ne vous parle pas de votre doctrine politi(jue (pu est excellente. Rassemblez bien tous vos souvenirs, et ne craignez pas de faire sentir votre griffe aux {)artis comme aux hommes. C’est ainsi que l’on a remai'([ué la vérité avec lacpiellc vous avez traité M. .fuies (irévy. Chemin faisant, vous rencontrerez bien d’autres sujets. \U)us jetez un peu de variété dans cette re\ue, mon avis est que vous feriez bien de laii'e (ptebpies halles, par exemple aux époques de prorogation, pour tracer, si je puis ainsi dire, des portraits de ])arlis, tel (pie le jiarli légitimiste, les or'léanisles, les cléricaux, 'les hommes du bonapartisme. 11 y faudrait joindi’e aussi des crocpiis en cimpiante ou s()ixaut(' lignes soignées des pi'incipaux pei'sonnagcs parlementaires, on vous enverra, si vous le souhaitez, le livre de quehpi’uu (juc l’oii dit être Edmond Eexicr ; vous verrez à y glaner s’il y a lieu. Bref, il faut tâcher que ce livre soit un petit monument de bon style, de bon esprit, utile à relire et agréable à mettre dans une liibliothèque, vous le pouvez, mon ami, ne négligez rien pour (pic votre nom toujours cher à vos amis et toujours pojuilaire dans le parti soit dans toutes les bouches, s’il ne lient pas être sur la cou-
UANC
verlure, ce (jui reste à examiner. Il y a aussi le litre que nous changerons, si nous pensons que' cela soit avantageux : De Bordeaux à Versailles, resterait en sous titre. :
J’hésite à entamei' avec vous la question du jour, les élections. J’en suis ahuri, avant que rien ne soit commencé. One sera-ce dans six semaines ? On vous a écrit que j’aurai deux candidatures, une à Paris, une dans les Côtes-du- Nord. Cette dernière me paraît venir d’un pied tout à fait boiteux et je n’y compte plus. Ici, dans le IIP arrondissement, j’affronterai la lutte, mais je suis un bien mauvais candidat, au sens courant du mol, si vous saviez comme je néglige tout, au dire de certaines gens. La vérité est que je pense qu’il ne faut pas partir trop tôt, quoiqu’il arrive d’ailleurs, cette date du 20 février marquera dans ma vie. Elle sera peut-être le point dé départ d’une existence nouvelle à supposer que je rentre dans la Chambre, je compte bien ne pas en franchir le seuil, avant de vous avoir vu, de m’être raccordé à vous. Vous me verrez donc d’ici deux mois pour sûr. Vous savez bien que je ne puis rester longtemps sans vous entretenir du passé, du présent et de l’avenir.
La situation générale me paraît bonne, très bonne même. Jamais la démocratie ne s’est présentée à la France dans les conditions où elle’ se présente aujourd’hui. Ayons donc espoir et confiance.
A bientôt, mon cher vieux, je vous aime et je vous embrasse.
E. Spuller.
LA COUriESFO.NDANCE DE l’eXII.É
CHAMBRE DES DEPUTES
Versailles, 15 mars 1876.
Cher monsieur Banc,
M. Spiiller me donne votre adresse à Bruxelles ; je m’empresse de vous adresser quelques lignes, non poui' vous annoncer mon élection dans le (lard, vous avez dù l’apprendre par la voie des journaux, mais pour vous dire combien je n'grelle de ne pas vous retrouver sur les bancs de l’Union Républicaine. .J’es|)ère (pie nous aurons l’occasion de revenir sur l’acle profondément inique dont vous avez été victime, et que vous reprendrez voire place au premier rang parmi les défenseurs, de la Républiipm. Malgré notre victoire, la situation est grave, elle peut se compliquer chaque jour, la Gauche républicaine nous sera, je le crains, hostile, et nous aurons à nous tenir sur nos gardes. Permettez-moi de vous serrer la main, et de vous remercier encore une fois pour les bons conseils que vous m’avez donnés autrefois à La Cloche.
Votre bien affectueusement dévoué,
Marcellin Pellet.
Paris, 17 mars 1876.
Je réponds bien tard à vos lettres ; mais j’ai dù attendre le premier jour de congé de la Chambre, pour en avoir le loisir. Ces voyages
R ANC
à Versailles occasionnent des perles de temps considérables, on ne sait, où donner la tête.
Je commence par le plus pressé.
Il faut, continuer voire travail de revue de l’ancienne Assemblée. Il a obtenu un grand succès. Vous avez eu l’art de transformer en que.stions actuelles des réflexions tontes historiques. Il y a là tout un système de polémique excellent auquel il faut vous tenir ; arrivé au 24 mai après avoir donné quelques considérations d’ensemble, vous pouvez suspendre pendant deux ou trois jours si cela vous convient ; mais il faudra reprendre presque aussitôt, en insistant dogmatiquement sur les raisons qui vous décident à continuer et à mener à bonne fin cette œuvre d’un enseignement si utile. Ce que je vous dis là, ce n’est pas seulement mon avis, c’est celui dé tous nos amis et en particulier de Gambetta. Arrangez-vous de manière à ne pas nous laisser chômer de copie, car vous devez remarquer que nous en manquons. Aujourd’hui les conditions du journal sont un peu changées, à cause de nos occupations nouvelles qui nous absorbent tous plus ou moins. Travaillez pour nous. Le journal reste ma grande inquiétude. Je ne vous ai pas caché avec quelle peine je voyais que l’administration, sans souci de la situation actuelle des rédacteurs et de leur avenir se lançait dans des spéculations nouvelles. L’acquisition dé cet immeuble de la Chaussée d’Antin, les dépenses considérables qu’on a été obligé d’y faire, la nécessité où l’on est de trouver de l’argent pour payer les frais d’installation qui dépassent tout ce que l’on attendait. L’importance croissante et
LA COKHi:Sl'Ui\DAi\CL Di; 1. EXILE
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démesurée de l’adminislrateur, fait que les rédacteurs ne sont plus traités, comme ils devraient letre. Bien loin d’améliorer leur situation, on songe à réduire le chiffre déjà trop faible dé leurs appointements. Il paraît que l’on veut faire des économies à tout prix. On ne m’a pas parlé encore de toutes ces réformes que je désapprouve. Vous savez d’ailleurs que plus nous allons, moins on me consulte, moins on me tient au courant de ce que l’on décide. Nos jeunes amis se dégoûtent. On les traite sans égards et comme des employés qui travaillent pour le compte d'uu patron anonyme. Allain-Targé a visiblement l’intention de ne plus écrire. Tout entier à ses devoirs parlementaires, il renonce sans regrets au journalisme. Cballemel-Lacour n’est pas disposé à sortir de son abstention ordinaire, moi-môme étant à Versailles, je ne puis i)lus régler le journal, c’est-à-dii'é lout j)réi)arer, tout conduire, ou a été obligé de me donner un suppléant, G. Isambert qui a le litre et les fonctions de rédacteur principal. Je ne sais si l’on réduira mes appointements. Jé voudrais bien cependant n’avoir pas tant travaillé pour enrichir la Société H. Pépbau et C‘®. Bref, mes appréhensions sont très vives, on veut fonder un petit journal à un sou. Qui le fera ? Réussira-t-il ? Ou ne doute de rien ; si pourtant on allait échouer ! Si le y)etit journal réussit — ce (|ui est douteux, voilà un concurrent — ne fera-t-il j)as du tort au grand ; mes y)er[)lexités sont extremes. Je vois bien que l’on s’endette. Je ne vois pas que l’on fasse rien pour coustituei' nue bonue et solide maison dont les revenus auraient dû suflirc à nous enlrelenir tous
;uo
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dans la paix et dans l’abondance. Oh les gens du -j Midi ! les propi’es à rien, les charlatans ! Vous % savez que j’ai toujours pensé que c’est par là que l nous serions entamés. ;
Au point dé vue politique, la situation de notre ^ ami (1) est incomparable, non pas tant dans la Chambre que dans l’opinion.
Dans la Chambre, Jules Simon travaille avec ardeur contre lui et il a réussi à empêcher cette '' démonstration des gauches que notre ami désirait. La Chambre est déjà divisée. M. Thiers travaille aussi contre lui : ici il est plus aveugle, il- ne voit pas assez suivant moi, il ne sent pas assez que M. Thiers sera toujours un ennemi implacable, non parce qu’il se laisse enguirlander, mais il ne croit pas que M. Thiers soit encore l’une des grandes forces de la politique' ; il lé croit fini, ce n’est pas tout à fait vrai. M. Thiers, chef d’une espèce de droite et il, se propose de le devenir, peut tout à coup reparaître. Notre ami ne désire pas le pouvoir, ni pour lui, ni pour les siens ; et il n’ose pas le dire, le faire comprendre. Sa situation serait pourtant plus commode. Il parle toujours très bien, nul même ne parle pour le pays avec autant de force et d’éclat. Son autorité est ijnmense, mais je le vois frappé de l’idée de rester pour l’Europe un homme de gouvernement immédiat : l’idée est bonne à condition d’y apporter de la mesure. Nos autres amis, ceux qui nous touchent de plus , près, sont moins acquis à cette idée. Ils veulent la popularité à tout prix; ils la recherchent, au hesoin la quémandent et la mendient. Ainsi sur
(1) Gambetta.