‹ Souvenirs -- correspondance, 1831-1908Chapitre 30 sur 60 · LA CORRESPONDANCE DE L’EXILE. — LE RETOUR · texte numérisé non relu

LA CORRESPONDANCE DE L’EXILE. — LE RETOUR

Pour üultlicr raincrUiiuc de l'exil cl dans son désir de conlinner, malgré réloigneinent, le bon coinbal, Ranc collal)ora assidinnenl à la R('/>n5//V/nc Française. Les lellres de (jainl)CÜa alleslenl condjien celle collaboralion fut élroile cl suivie.

A Bruxelles, Ranc élail un des lial»ilués de celle labié des « Mille Colonnes », voisine du Ihéàlre de la Monnaie, où s’assirent laid do ses conlTèrcs, jiour passer cluuiuo jour quel([ucs heures de causeries. Ou a[)pclait ce cercle polilicjue « Rlaguorama », et loulcs les opinions s’j' coudoyaicnl.

Au idus i'orl de la crise du Scize-Mai, Ranc aiiporlaiL là (piolidicnnenienl quelques anecdotes nouvelles sur le successeur de M. riners. 11 les conlail délicieusement, en |)ince-sans-rire hors pair, et. loujours son début élail le môme : « -M. le maréchal de .Mac- .Mahon — j>ardonnez-moi rox[)rcssion... »

Le mot réjouit l’iKurope pendant ipiclques années.

Ce l'nt Ranc (pii lrou\a et sut faire allribuer à Mac-.Mahon les fameuses charges du Nègre, de la fièvre typhoïde.

L’été, Caslagnary, Spullcr, Challemel-Lacour et ipielqucs autres membres de la « bande des célibataires » comme les apiielait M“*' Arnaud (de l’Ariège), se relrou\ aiont a\ ec Ranc à « Rlaguorama » et c’était alors au « Cercle des Phoques »,

RANG

chez les Pauvvels, que s’égrenaient d’inoubliables propos.

Aux heures de solitude, Ranc eut la réconfortante joie de recevoir de ses amis billets et lettres, et d’échanger avec tous ceux qu’il aimait de longues conversations épistolaires.

Dans la copieuse correspondance de cette époque, cueillons ces quelques feuillets :

LA REPUBLIQUE FRANÇAISE 16, rue du Croissant

Rédaction

Paris, le 5 janvier 1874.

Mon cher ami,

Je vous envoie tous mes vœux, et je n’ai pas besoin de vous dire ce que je vous souhaite pour 1874. Nous avons été très heureux de recevoir, ces jours-ci, quelque peu de votre copie, et surtout de la promesse que Sourd nous a faite de votre part. En dehors des questions qu’il vous a plu de traiter chaque jour, voyez s’il ne vous conviendrait pas de vous occuper un peu de toutes les enquêtes sur lesquelles s’exercent nos ennemis. J’ai jeté les yeux sur le rapport de Dane et j’ai l’idée de faire un article assez court et tout à fait à côté pour me moquer un peu de cet imbécile. Mais je ne connais pas assez les faits pour discuter irien du fond. C’est d’ailleurs à votre verve qu’appartient toute cette histoire des cinq mois, notamment le rapport sur le coup de Coulis, dont on a fait ici beaucoup de tapage.

Vous savez que Spuller et Gambetta sont à

LA COlilîKSPONDANCL DE L EXILE

Nice. Nous n’en avons bien entendu ni lettres ni billets. Vous savez comme nous sommes tous peu écrivains épistoliers. Cependant, nous avons (pielques nouvelles de chaudes réceptions républicaines par les journaux du pays. Je passe la plume à Challemel.

Bien à vous,

Allain-Taküé.

Mon cher ami.

Votre lilet d’aujourd’hui jirouve que vous êtes en bonne humeur, — autant qu’on peut l’être à Bruxelles. Je vous en ielicite et vous trouve bien heureux d’être si bien trempé. Il y en a ici qui ne sont pas si gais ; ce qui vient de se passer en Espagne n’est pas fait pour diminuer les ennemis. Comment cela fmira-t-il ? Vous savez avec (]uel plaisir votre écriture est saluée ici. Ne vous semble-t-il pas que les deux articles sur le coup de Coulis, qui ont paru dans la République, sont suffisants ? Si vous connaissiez la question, si elle vous intéressait, vous pourriez y revenir. Les attaques des adversaires continuent ; vous auriez bientôt fait de les éteindre. Barodet, qui revient de Lyon, dit ijiie nos amis ne sont jias contents. Je le crois bien, mais qu’y faire? Je voudrais bien me pei'suader que le temps travaille pour nous et que l’Assemblée se décompose. Nefftzer m’assurait poui'tant il y a deux jours, (ju’il la voyait venir avec rapidité. Franchement, je ne suis pas si clairvoyant.

RANG

Je rêve loujours d’aller vous voir iih de ces jours à Bruxelles.

Je vous serre' la main,

Cuallemel-Lacour.

LA RËPUBLIOUE FRANÇAISE 16, rue cTu Croissant

RliDACTION — O —

Paris, le 22 février 1874.

11 y a bien longlcmps que je dois vous écrire, mon cher ami, je vous prie de me pardonner tous ' les retards successifs que j’ai mis à le faire. Vous savez, mieux que personne, tout ce qu’il en coûte à qui écrit pour le public de s’y- résoudre pour son propre compte. J’ai d’ailleurs eu l’occasion dé vous faire passer de nos nouvelles à tous, mais je vais dans cette lettre vous dire le plus de choses que je pourrai.

La situation générale est assez obscure. Il y a des tiraillements, des difficultés que vous deyez sentir, même à distance. Il ne faut pas trop s’en étonner. Les temps sont durs, la misère sévit, la patience s’épuise, car on est toujours en face d’obstacles qu’on ne sait comment tourner, et la voie où le pays s’est engagé paraît sans issue. Nous disions déjà, du temps où vous étiez encore ici, qu’il viendrait un jour où il serait difficile de recommander la patience et la modération sans provoquer des résistances. Les impatients de la politique profitent des impatiences, hélas ! bien

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