‹ Souvenirs -- correspondance, 1831-1908Chapitre 33 sur 60 · LA COURESPONDANCE DE L EXILE · texte numérisé non relu

LA COURESPONDANCE DE L EXILE

26 mars 1877.

Monsieur cl cher exilé,

Puisque vous vous repentez, je vous pardonne, mais, sachez bien vile la joie ipie j’ai de voli'e bon souvenir, puisque j’avais un vrai chagrin de votre apparent oubli. Vous êtes de ceux que je veux pour ami ! à ce point que j'ai déjà demandé à Adam qui vous aime fort, d’aller tous deux vous faire à savoir de vive voix notre affection.

Ce petit livre que vous m’envoyez et (jui vous ressemble par sa sobriété, sa vigueur, dans son style à la fois ferme et de belle humeur, ce petit livre-là, je l’aime comme un récit (jué vous m’eussiez fait vous-mémc.

Croyez donc à notre constante amitié, à Adam et à moi.

Juliette Eu. Adam.

LA llEPüIiLlpUL FRANÇAISE 55,.rLiedc lu CTiausscc d'AiUiti

Caüi.m;t du Rkdacteuk e.\ chef

Paris, le 21 octobre 1877.

Mon cher ami,

Je vous écris de la part et sur rinvilalion formelle de noire Conseil d’administration. Car nous avons maintenant un Conseil, comme vous voyez ; il y a là des industriels, des bamjuiers, gens fort experts en matière de bilan, qui n’ont pas eu de peine à découvrir que notre situation

RANG

linancière esl mauvaise. Dès le jour de la constilulion de la nouvelle Société, le 23 mai de celle année, il y avait déjà une brèche de 185.000 francs sur le nouveau capital de 300.000 francs (jui venait d’èlrc apporté. Depuis, nos affaires ont encore empiré. Telle est la succession de Péphau, ,

Ces messieurs sont entrés dans une voie d’économies forcenées où j’ai mille peines à les retenir. Ils ont voulu que je rende compte de la rédaction et il a fallu les éclairer sur le rôle, la nécessité et la participation de chacun de nos collaborateurs.

Je dois dire que je les ai trouvés parfaits pour vous. Mais plus ils font cas de votre talent et attachent de prix à votre collaboration, plus ils se sont étonnés que vos articles ne soient pas plus fréquents et plus importants. J’ai eu beau leur expliquer que l’exil ne pousse guère au travail, que de loin il est difficile de faire des articles politiques qui soient en situation, qu’avec la meilleure intention du monde, on ne parvient pas toujours à s’orienter, ils ont insisté pour que je vous écrive et que je sollicite de vous, avec insistance, une collaboration plus active. Ils savent parfaitement quelles sont les ressources de votre esprit, quelle est la souplesse de votre plume, que vous êtes aussi propre au roman, aux variétés, aux chroniques qu’à la politique. Ils disent que des variétés de votre façon nous feraient honneur et leur permettraient de faire l’économie de certains travaux qui coûtent fort cher et qui ne valent pas les vôtres. Bref, ils m’ont chargé de vous transmettre leui’s observa-

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lions, à la lois pai l'aites cl amicales, cl de vous dire que le journal a plus que jamais besoin de voire concours. Ce qui est vrai. Je fais celle commission qui n’a rien de pénible el jé vous serais obligé de m’envoyer quelques lignes dont je puisse donner communication à ces messieurs.

Je vous serre la main de tout mon cœur.

Challemel-Lacour.

P. -S. — J’estime qu’il faut vous attendre à de terribles tiraillements d’ici deux mois. Les nouveaux députés paraissent fermes, plus fermes qu’on ne l’aurait cru, dans la résistance. C’est qu’il n’y a qu’une solution, deux si vous voulez, dont aucune n’est la transaction. Il faudra non plus se soumettre ou se démettre, mais se démettre ou se battre.

Mercredi, 12 décembre 1877.

Mon cher exilé.

Je ne puis résister au désir que j’éprouve de vous exprimer une fois de plus tout le respect el toute la sympathie qu’inspire votre caractère. J’ai eu occasion, à propos de la campagne électorale' du IX® arrondissement de Paris, de revoir notre cher el vaillant ami Ulysse Parent. C’est vous dire que votre nom est revenu souvent à nos lèvres. Parent à même bien voulu sur ma demande me donner votre portrait el le sien, tous

UANC

deux vont orner ma chambre en regard des portraits de' Blanqui et de Garibaldi.

Je n’ai rien à vous apprendre, mon clier Ranc, sur la triste position des questions qui touchent aux plus grands intérêts de notre pays que la déloyauté d’un soldat ignorant et mal conseillé pousse aux abîmes. Nous sommés hélas ! à la veille d’une guerre civile dans laquelle heureusement le droit et la loi sont du côté dés Républicains. Nous attendons le dénouement de la crise en gens résolus à faire leur devoir même en descendant armés dans la rue pour résister à un Conp d’État militaire. Quelques-uns de nos amis politiques rêvent encore à une solution pacifique, je crois qu’ils se trompent. Vous connaissez nos ennemis, ce sont ceux qui lâchement vous ont condamné à mort, aujourd’hui c’est la France entière que ces mômes hommes veulent anéantir et livrer aux cléricaux. Attendez-vous, mon cher maître et ami, à recevoir des tristes nouvelles de notre malheureux pays. Les scélérats ambitieux et sots qui s’intitulent des hommes de combat se cacheront au fond de leurs cadres, quand la lutte s’engagera et comme toujours ce sera surtout le sang des braves et honnêtes gens, des républicains qui coulera. Enfin, mon cher Ranc, je vous adresse à tout hasard un fraternel serrement de main accompagné d’un serrement de cœur.

Tout à vous,

Anatole de la Fouue.

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LA RKPUP.LIOUE FR AXT-VISE 5“), nu- do la Chaussée d’Anlin

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Paris, le 11 janvier 1(S7<S.

Mon clier ami,

J’espère que vous êtes mainlenanl lonl à fait bien : votre filet sur Coco est d’nn hoitime en bonne santé. Nous continuons à avoir besoin de votre manne, car notre journal manque lerriblement de légèreté. Ce pauvre Larochette nous a obligé de nous priver de ses séries ; voilà ■Craux secrétaire de la rédaction ; peut-être' parviendra-t-il à mettre quelque variété et (pielque jeunesse dans un journal (pii, à peine âgé de six ans, me paraît très vieux. Vous devriez bien me suggérer quelque moyen de rajeunir.

Nous n’avons pas de correspondant à Berlin. Un vieux Adolphe Léon Lacroix y a élé indiqué. 11 est, à ce qu’il paraît, connu à Bruxelles, notamment de M. J. Bara, l’ancien ministre de la Justice, de MM. Xaviez Olier et Henri Bocksiael, représentant, etc. Seriez-vous à même de me trouver sur lui quelques renseignements.

Gambetta a de bonnes relations avec le ministre de la Guerre. Il a en ce moment l’espoir d’obtenir de lui ce que nous désirons tous. A-t-il conservé cette espérance ? Je l’ignore. Mais Bord est bien mal entouré et je ne vous cache pas qu’il m’est tout à fait suspect.

Bien cordialement à vous,

Ciiallemee-Lacour .

RANG

Mon cher ami,

Je vous fais envoyer les deux volumes de' J. Simon sur le Gouvernement de M. Thiers. C’est en partie le même sujet que votre livre de Bordeaux ù Versailles. Peut-être serez-vous tenté d’en dire votre avis dans un ou deux articles.

Il est bon que vous sachiéz pour votre gouverne que J. Simon est candidat in petto et sera bientôt -candidat à la Présidence du Sénat, qui l’acheminerait à la Présidence de la République.

Nous ne voulons de ce président-là à aucun prix, mais le moyen de l’évincer ne serait peut- •• être pas de lui faire' une guerre civile.

On a dit les élections des délégués assez bonnes. Il faut se résigner à ne rien savoir de certain Jusqu’au 5 janvier, le nombre dés délégués douteux étant très grand surtout dans les plus mauvais départements.

Le succès, si nous l’emportons, ne sera pas tel qu’il mette bn à toutes ces difficultés. Pourvu qu’il soit prompt à vous revoir en France, Je serai content.

Nous avons été surpris et désolés de la mort de Lannes. Quel coup, il vous aimait tant !

Je vous serre la main de tout mon cœur.

Ctiaglemel-Lacour.

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