‹ Souvenirs d'Allemagne: LorelyChapitre 18 sur 66 · V. — Les mêmes, li cheyalier PAULUS · texte numérisé non relu

V. — Les mêmes, li cheyalier PAULUS

LE CHEVALIER. Mesdames... monsieur Léo Burckart, sans doute ? *

LÉO. Oui, monsieur, moi-même. Soyez le bien-venu.

LE CHEVALIER. Je suis euchanté de faire la connaissance d'un confrère aussi illustre.

LÉO. Un confrère?

LE CHEVALIER. J'cspèrc quo vous me permettrez ce titre, bien que je ne sois qu'un journaliste de trèsmince importance; j'écris, comme vous, dans la Gazeiie germanique; un simple filet typographique sépare vos puissantes idées politiques de mes humbles observations morales, archéologiques, et quelquefois littéraires.

LÉO. Prenez la peine de vous asseoir, monsieur.

LE CHEVALIER. Jc suis chargé d'une lettre du propriétaire gérant de la Gazette germanique.,, triste message I je veux dire pour moi, pour lui...

LÉO. Qu'est-ce donc? Vous me permettez, mesdames?...

MARGUERITE. Eh bien ?

LE PROFESSEUR. Quc dit cctto lettre ?

Itt SOUVENIRS D*ALLEMA6NB,

LÉO* Mon père... nous étions trop heureuxl... nous aurions dû sacrifier quelque chose aux divinités mau** valses ! Une seconde fois, monsieur, soyez le bienvenu.;, comme si vous n'apportiez pas le malheur dans une famille.

LE PROFESSEUR. Qu'y a-t-il donc ?

MARGUERITE. Au uom du ciel I

LÉO. Il y a qu'un de mes articles a fait saisir le journal, et que le propriétaire a été condamné à vingt mille florins d'amende et à cinq ans de prison.

LE CHEVALIER. Et tous les rédacteurs exilés, bannis... Vous voyez... un débris.

LÉO. Vous avez bien fait de venfi: à moi, si vous avez pensé que je pusse vous être utile.

LE CHEVAUER. Jc VOUS avoue, monsieur, que je ne compte que sur vous.

LÉO. Je vous remercie de votre confiance... Où êtesvous logé?

LE CHEVALIER. Ici, dans la ville... à l'Empereur Romain.

LÉO. Permettez-moi d'être votre hôte. Karl, vous ferez transporter ici les effets de monsieur... Vous êtes chez vous, monsieur le chevaHer. Vous devez être fatigué... le domestique va vous indiquer votre appartement.

LE CHEVALIER. Mais, moDsieur, je ne sais si je dois accepter...

LÉO. Je vous en prie; dans un instant j'aurai l'honneur de me rendre près de vous.

MARGUERITE. Maintenant, Léo^ que comptez-vous faire?

LÉO. Je compte payer Pamende et me constituer prisonnier !

LE PROFESSEUB. A la boûno heure, voilà qui est parler!

BLàNA. Je te quitte un instant, Marguerite ; mais tu auras des nouvelles de moi bientôt; ne t'effraye pas, mon enfant.

YL — Les mêmes, ixciptê DIANA.

MARGUERITE. Oui... Oh I mouDieu^mou Dieu, Léo, que dis-tu là?

> LÉO. Venez ici tous deux : ne pleure pas, Margue-» ^rite^ ou j'irai, tu iras ; je sais que tu m'aimes, et je t'ai prise pour la bonne comme pour la mauvaise fortune.

MARGUERITE. Oui I OUi !

LÉO. Maintenant, écoutez-moi. Un père de famille» ruiné par moi^ est en prison pour moi* Moi, je suis ici, libre, heureux et tranquille ; je puis jeter cette lettre au feu, nourrir cet homme qui l'a apportée, et qui n'en demande probablement pas davantage ; et, aux yeux du monde, j'aurai fait à peu près ce que je dois faire; seulement pour moi, je serai un misérable et un lâche, et je me mépriserai. Votre avis, mon père?

LE PROFESSEUR. Lo mot dcRégulus ; ACarthagel...

LÉO. Ton avis, Marguerite?

MARGUERITE. Je te Suivrai partout, et, partout où je serai avec toi, je serai heureuse.

LÉO. Tu es une digne femme et un noble cœur ! Vous, mon père-, c'est convenu, vous êtes uo vieu^ Romain, l^aintenant, ^mni ^ rar|[ent,M

LE PROFESSEUR. Tu peux veodre tout, pourvu que tu me laisses mes livres.. .

LÉO. Il n'est pas besoin de cela, mon père : gardonsnous de grandir notre sacrifice à la mesure de notre fierté ; vingt mille florins à payer, c'est la moitié à peu près de notre petite fortune... et avec le reste... Pardon, mademoiselle de Yaldeck, si nous nous occupons devant vous...

LE PROFESSEUR. Elle ost sortic.

MARGUERITE. Et quRud partirous-nous ?

LÉO. Le plus tôt possible, Marguerite : il y a là-bas un homme qui tient la place que je dois tenir, et qui n'a peut-être pas, comme moi, un père, une femme^ dévoués à sa fortune. Je monte près clu chevalier pour connaître tous les détails que cette lettre ne m'explique pas.

LE PROFESSEUR. Je VOUS suis, j'ai besoin de tout savoir aussi.

VIL — MARGUERITE SIULE,

. Et maintenant, pleurons en liberté; ahl Dieu I je ne suis pas une de ces femmes romaines dont mon père parle souvent, moi; voilà toute ma gaieté perdue, tout mon bonheur détruit ! et je dis mon bonheur, je devrais dire seulement ma tranquillité !...

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