V. — Les MÊBfES, le chevalier
LE CHEVALIER. Qu'est-coque cela? Un étudiant qu'on arrête... C'est loi, Diego?
DIEGO. Vils sicaires !
LE GHEVAUER. Commandant, je connais cet homme. l'officier. Vous, monsieur le chevalier I
LE CHEVALIER. Me troublez pos la fête pour si peu de chose... laissez*Dous, je réponds de lui.
L'oFnciER. Il suffit. Marchons...
LE CHEVALIER (à Diégo.). Tu vois que les frères ne s'abandonnent pas... Je t'ai sauvé, tu es libre.*
DiÉGO. Ah ! Paulus... c'est toi I.. . toujours parmi les esclaves?
LE CHEVALIER. Moi-même. Et toi? Toujours parmi les ivrognes I
DIEGO. Je n'ai pas changé de religion, au moins, aussi, toujours prêt à risquer ma vie pour la bonne cause I toujours voyageur, ambassadeur des républiques! CCS jours derniers à Gœltingue, à Leipsick; demain à Heidelberg.
LE CHEVALIER. Tu vas à Hcidelberg?
DIEGO. En voiture, en grand seigneur : tiens, voilà des sequins de Venise , des ducats, des piastres d'Espagne...
LE CHEVALIER. Et qui t'a donné cela ?
DIEGO. Qui m'a donné cela? Celui qui veille pendant que le maître estendormi. En voilà^ en voilà encore!
LE CHEVALIER. Mais tu as une somme !
DIEGO. Il y a de quoi faire sauter la banque... si le jeu n'était pas défendu ! Infâmes tyrans, qui ont défendu le jeu; mais dans trois mois il n'y en aura plus de tyrans; je les abolis I... j'ai là leur condamnation. Adieu, Paulus: il faut que je parte demain matin au point du jour I
LE CHEVALIER. Eh bicu tuas le temps : écoute-moi: à ta place, avant de supprimer les tyrans, je voudrais
les voir de près. Veux-lu que je te présente aux tyrans?
DIEGO. Oui, pour les frapper dans leur fête!
L£ CHEVALIER. Nou, pour manger leurs glaces, boire leur vin et gagner leur argent.
DIEGO. Gagner leur argent! On joue donc à la cour?
LE CHEVALIER. Ou HO joue plus quc là, puisque le jeu est défendu ailleurs.
DIEGO. Oh I les despotes ! Eh bien, oui, je veux gagner leur argent; oui, je veux boire leur vin; oui, je veux manger leurs glaces. Conduis*moi à eux.
LE CHEVALIER. Uu instant. Diable , il faut changer de costume ; viens chez moi, je te prêterai un de mes habits. Tu ne parleras qu'espagnol , mais tu maur géras, tu boiras, et tu joueras comme un Allemand.
Cela te convient-il ?
DIEGO. Si cela me convient, pardieu !
LE CHEVALIER. Silcuce, quclqu'uu s'approche, c'est le grand-maréchal; partons, qu'il ne te voie pas sous ce costume. Viens chez moi.
DIEGO. Tu est mon sauveur! tu sers la liberté à ta manière, c'est bien... (Ils sortent).