‹ Souvenirs d'Allemagne: LorelyChapitre 30 sur 66 · VI. — LE GRAND-MARÉCHAL, MARGUERITE, PIAN A · texte numérisé non relu

VI. — LE GRAND-MARÉCHAL, MARGUERITE, PIAN A

LE GRAND-MARÉCHAL. Mesdames, les jardins sont libres, et vous pouvez vous y promener en toute sécurité. Pardon...

DUNA. Nous vous rcmercious. L'air des salons est étouffant.

LE GRAND MARÉCHAL. C'est unc critiquB dont nous

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allons profiter : madame, tout sera ouvert dans un ins*' tant.

Vn. — DIANA, MARGUEBITE.

DUNA. Eh bien! toujours triste?

MARGUERITE. Oh I ue compronds-tu pas, Diaoa, que cette vie m'est insupportable? Constamment séparée de Léo, réduite à regretter le temps où je me plaignais de le voir à peine. Depuis trois mois, c'est au plus s'il m'a donné quelques jours, et le voilà absent encore depuis six semaines... Forcée de venir à ce bal, je fais ce que je puis pour remplir en tout mon devoir. Ma vie est attachée à des conventions que je respecte... et je regrette de n'avoir pas assez de religion pour les supporter sans souffrir,

DUNA. Mais ton mari revient, tu le sais ; les conférences de Carlsbad sont achevées,., tu vas le revoir tout glorieux de son triomphe.

MARGUERITE. Eh bien! sa présence, vois-tu, m'est souvent plus douloureuse encore que son ébigne* ment I... Ah! j'ai le cœur plein d'amertume et d'ennui!... Étais-je née pour devenir l'épouse d'un mi-^ nistre? moi, pauvre femme, élevée dans la classe bourgeoise, et à qui l'on ne craint pas de le rappeler souverft!

DUNA. Que veux-tu dire? N*aimes4u pas ton mari?... Je pensais que vous étiez unis par amour...

MARGUERITE. Ah I Diana ! l'amour pour de telles nature^ n'est rien qu^un caprice, une fantaisie; le mariage n*est que l'accomplissement d'un devoir envers la société, et ne leur offre tout au plus qu'un re-

SCÈNES DE LA VIE ALLEMANDE. ili

pos passager à des ambitions plus dignes de les émouvoir... Est-ce assez pour une femme, Diana? Et ne puis-je regretter de n'avoir pas confié le soin de mon honneur à quelque esprit plus humble, et moins préoccupé du bonheur de tous?

DIANA. Prends garde; tu t'es condamnée en avouant que la foi manque à ton cœur... Ah ! Margueritel.... la résignation est la plus grande vertu des femmes; c'est l'amour d'elles-mêmes qui les perd, plus souvent encore que l'autre amour, et ceux qui les séduisent ne sont que les complices de leur orgueil!... II en est tant parmi nous qui trouveraient ta position digne d'envie ! Ce repos dans le devoir, cet honneur dans le sacrifice, n'est-ce pas la vraie couronne que Dieu réserve à notre carrière I... Mais il y a des fronts qu41 a jugés indignes de la porter jamais.

MABGUERiTE. On vicut, Diana.... rentrons.

LE MARÉCHAL. Mesdames, le prince est descendu dans les jardins et s'étonnait tout à l'heure de ne point vous y rencontrer (Il sort.)

MARGUERITE. Nous sommcs aux ordres de Son Altesse.

DIANA. Je l'aperçois qui passe dans cette allée.. «« Écoute-moi, Marguerite; j'ai besoin de parler au prince un instant ; assieds-toi là, près de ces fleurs, je te rejoins et te présenterai ensuite.

MARGUERITE. Tu vas me lasser seule?

DIANA. Quelques minutes au plus; écoute, cela est grave, vraiment: mon frère est disgracié, et c'est ton mari qui lui a fait perdre ses emplois. Je vais parler au prince en sa faveur. Mais, tiens, voilà notre ami

Fraotz Lewald, qui voudra bien t'accompagner pour rentrer au palais. (Elle sort.)

MÂRGUER[TE. Diana I

FRANTZ. Un seul mot, madame, au nom de notre ancienne amitié !

VIIL— FRANTZ, MARGUERITE.

MARGUEMTE. Quo voulez-vous me dire?

FRANTZ. Ne le devinez- vous pas, mon Dieu 1 c'est que je ne comprends plus rien à votre conduite avec moi. Suis-je donc devenu maintenant pour vous un ennemi ? Je ne puis plus vous voir que devant des étrangers, comme tout le monde, moins que tout le monde.

MARGUERITE. Pardou... Nou, il vaut mieux que je vous dise (out dès à présent : si je ne vois plus en vous un ami, c*est que vous n'êïes plus le même, monsieur Frantz I Vous voulez me compromettre, vous voulez me perdre: vous me suivez partout, monsieur; et je ne puis tourner la tête sans vous retrouver sombre et pensif derrière moi 1 Si vous me parlez devant des étrangers, c'est avec des paroles ambiguës, avec une émotion singulière souvent! Et même n'avez-vous pas osé m'écrire?... M'écrire comme vous l'avez fait, c'est une trahison I J'ouvre votre lettre sur la foi d'une ancienne et pure amitié, et j'y trouve des phrases insensés I Ah ! monsieur...

FRANTZ. Grand Dieu ! vous m'avez si mal jugé I Mais j'avais la tête perdue I Vous ne savez peut-être pas... Deux fois je me suis présenté chez vous, comme autrefois, et votre porte ih'a été fermée.

SCÈNES DE LÀ VIE ALLEMANDE. i/S

MARGUERITE. MoD mari était absent, absent pour le service du prince... de l'Élat.

FRANTz. Voire mari ! ah I tenez, ne me parlez pas de votre mari I ou je vous en parlerai, moi !

MARGUERITE. Je me retire.

FRANTZ. Marguerite!... ne me privez pas de cet instant, dussiez-vous m'arracher le cœur, comme avec vos premières paroles! Écoutez !... Si je ne suis pas reçu de vous, si je ne vous vois pas à toute heure, comme le premier indifférent peut le faire... c'est que vous savez bien que des liens sacrés me rattachent aux ennemis de votre époux. Je ne le méprise pas, vous voyez... Il a d'aulres principes, et des opinions sévères nous séparent jusqu'à la mort! Marguerite, ah ! ne me défendez pas de vous aimer.... non, je veux dire de penser à vous seulement , et votre mari, qui vous délaisse, ne s'apercevra jamais d'une sympathie d'âmes, si pure, si discrète, qu'elle ne prétend rien sur la terre, et qu'elle est, pour ainsi dire, un espoir de la vie du ciel!...

MARGUERITE. Comment pouvezrvous penser à Dieu et me parler ainsi?

FRANTZ. Dieu n'a pas prononcé l'éternité des unions humaines : il y a dans certains pays des lois qui peuvent les dissoudre... Et partout il, y a la mort.

MARGUERITE. TaisCZ-VOUS.

FRANTZ. La mort ! elle nous entoure, elle rampe SOUS ces fleurs, et aux lueurs de cette fête î Pardonnez-moi de vous frapper de crainte, mais il faut que vous le sachiez pourtant ! Vous ne voyez donc pas

qu'il se prépare ici des luttes sanglantes I Avant deux jours, peut-être , les amis et les époux se chercheront inquiets et pleurants, comme le lendemain d'un combat ou d'un incendie?

MARGUERITE. Quelle pensée avez-vous, ô ciel?.** Hon mari serait menacé I...

FRANTz. Eh I je ne parle ici que de la possibilité de ma mortl... Je vous demande un peu débouté... comme celui que le couteau menace, et qui obtient la pitié même de sesjuges? Marguerite I dites-moi seulement que nôtre pensée s'unit en Dieu, afin que je me dévoue s'il le faut avec plus de courage... (Il lui prend la main).

MARGUERITE Nou ! uou 1 laissez-tnoi : voici Diana qui revient I — Grand Dieu I vous avez été blessé là, blessé pour moi I Ohl malheureuse I Frantz, il y a donc entre nous un sort bien fatal. Je ne voulais pas vous affliger, Frantz I Mon Dieu... mais que puis-je faire I... Diana I... je suis sauvée.

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