XIX. — MARGUERITE, FRANTZ
FRANTZ. Madame!
MARGUERITE. FrautzI... Vous nous écoutiez, monsieur I
FRANTz. Je n'entendais pas; mon cœur est tout bouleversé. Ne me repoussez pas cette fois. Un mot, un mot terrible 1 et plus tard tout v(»us sera dit,
MARGUERITE. On va uous remarquer, monsieur.
FRANTZ. Je vous ai parlé, n'est-ce pas, de ce pouvoir suprême et mystérieux auquel il fallait que j'obéisse... eh bien? il est venu ,me chercher jusqu'au milieu du bal, jusque sous vos yeux. Un homme m'a remis un billet. Demain, Marguerite, demain à minuit, une chose terrible se décidera, qui va m'envelopper, m'entraîner, m'emporter loin de vous ; peut-être pour longtemps, peut-être pour toujours.
MARGUERITE. Eh bien I nous serons malheureux chacun de notre côté, voilà tout ; un peu plus de souffrance, qu'importe?
FRANTZ. Oui ; mais je ne veux pas vous quitter ainsi, Marguerite ; je ne veux pas, si l'avenir me garde le sort de Kœrner ou de Staps, mourir sans vous avoir parlé une dernière fois... Oh? la mort me serait trop cruelle alors, et je ferais quelque lâcheté!
MARGUERITE. Mais quc me dites-vous là, Frantz?
FRANTZ. Je vous dis tout ce que je puis vous dire, et ce que je vous cache est le plus terrible... Marguerite ! oh I j'ai besoin de vous voir demain I
MARGUERITE. Me voir I... eh bien I demain je pourrai vous recevoir chez moi, Frantz.
FRANTZ. Chez vous?... ah 1 ce n'est pas celai chez vous... c'est chez M. Léo Burckartl Je n'entrerai pas devant tous, en plein jour, chez l'homme qui est devenu l'ennemi de tous mes frères, et dont les mains auront peut-être à se teindre un jour de leur sang I
MABGUEBITE. FraOlZ I
FRANTz. Oh 1 c'est un homme d*honneur, j'en conviens... mais, je vous Tai dit, il est le soldat d'une opinion et moi je suis celui d'une autre... Hélas! quelle âmehumaineajamaisétésoumiseàdelellesépreuves?... Écoutez I point de coquetterie ici, point de vaines terreurs ; quelque chose me dit que cette nuit de demain me sera funeste... Que je vous voie seulement I que j'entende quelques douces paroles à ce moment suprême... Autrement, seul au monde... à qui dirais-je le secret de ma vie et de ma mort ! Ma mère n'est plus, et je n'ai point d*autre sœur que vous!
MARGUERITE. Ah ! quc faire ?
FRANTZ. Ce billet^ écrit à la hâte à la lueur de ces flambeaux, vous dira tout, Marguerite.
MARGUERITE. Mais OU viout...
LE DOMESTIQUE. La voiturc de madame est avancée.
FRANTZ (haut). Me permettez-vous, madame, de vous donner la main jusque-là ? (On sort en foule du palais, Frantz remet à Marguerite son billet, en l'accompagnant jusqu'à la grille.)