‹ Souvenirs d'Allemagne: LorelyChapitre 36 sur 66 · XV. — Les mêmes, LÉO BURCKART · texte numérisé non relu

XV. — Les mêmes, LÉO BURCKART

LÉO (à un domestique). Allez dire au plus grand de ces deux hommes que quelqu'un désire lui parler.

LE DOMESTIQUE (au chevalicr). C'est son excellence...

LE CHEVAUER (à Diégo). Ticus : la salle au fond ; je t'y rejoins... va. Monseigneur revient en bonne santé.

LÉO. Merci.

LE CHEVALIER, Sou Altcssc csi-elle prévenue de votre arrivée?

ISO SOUVENIRS D'ALLEMAGNE.

LÉO. Je lui ai fait demander ses ordres. Le prince m'a fait répondre : A demain les choses sérieuses I Mais, comme il faut que je le voie, et que je ne puis entrer dans les salons avec ce costume.... prévenez-le, Paulus, que j'attends ici, et que je serais reconnaissant qu'il voulût bien m'accorder quelques minutes, soit dans les jardins, soit dans son cabinet.

LE CHEVALIER. Nous avous cu des nouvelles de Votre Excellence; elle a fait des merveilles au congrès, et je suis heureux d'être le premier à Ten féliciter.

LÉO. J'avais toujours dit que celui qui de nos jours ferait de la diplomatie franche et loyale, tromperait tous les autres. Ils ne peuvent se figurer que l'on pense ce que l'on dit, ni que l'on dise ce que l'on pense ; et, tandis qu'ils cherchent le sens caché de paroles qui n'en ont pas, on arrive au but, comme la tortue de la fable, en allant droit son cl^emin. Et ici ?

LE CHEVALIER. Oh I ici il y a bien des choses. D'abord grande effervescence dans l'université...

LÉO. Je sais.

LE CHEVALIER. Mais, de plus, conspiration élablie, marchant à son but aussi, moins franchement que VOUS, monseigneur; mais ayant cependant bien des chances d y arriver, si, par un hasard...

LÉO. Est-ce que vous savez...

LE CHEVALIER. Je sais... c'est-à-dire jc saurai quelque chose celte nuit. Donnez-moi seulement congé jusqu'à demain, monseigneur.

LÉO. Vous êtes libre : seulement, prévenez le prince.

LE CHEVAUER. Dirai-jc un mot de votre retour à madame?

LÉO. Mon, je vous prie : TÉtat avant tout, mon bonheur après ; allez.

XVL — LÉO , SEUL.

Oui, oui, conspiration ici, conspiration là-bas I C'est un immense réseau qui enveloppe toute rAUemagne, et voilà à quoi s'occupent les princes, tandis

que les complots rampent autour d'eux! Des

complots d'écoliers, il est vrai, auxquels la grande foule demeure indifférente, et qui reposent sur des idées... non pas nouvelles, mais apprises des Grecs et des Romains... apprises par cœuri Et ce serait un noble effort pourtant, si la vraie et solide liberté, la liberté de l'avenir n'était pas à la merci de ces tentatives impuissantes!... Hélas! pourquoi faut-il que les idées généreuses aient toujours la vue si courte!

XVIL — LÉO, DIANA.

DIANA. Ah! c'est VOUS; monsieur... venez, le prince vous attend.

LÉO. Madame... Et vous m'accompagnerez près de lui.

DUNA. Oui, monsieur.

LÉO. Allons...

XVIIL —Les mêmks, MARGUERITE.

MARGUERITE (bas). Diana, Diana.

DIANA. Marguerite.

MARGUERITE. Est-co que je ne pourrai pas le voir à

mon tour? Est-ce que je ne pourrai pas lui parler, moi, sa femme ?

DIANA. Votre femme demande à vous parler un instant : celaest juste. Je me rends près du prince. Je vous annoncerai. (Elle sort.)*

LÉO. Marguerite...

MARGUERITE. Léo, mou ami I

LÉO. Tu ne recevras plus dans ta maison mademoiselle de Waldeck : je te dirai pourquoi.

MARGUERITE. Pourquoi ? ah 1 n'importe ; c'est à elle que je dois le* bonheur de te parler. Tu reviens, Léo, et tes premières paroles sont à des étrangers I

LÉO. Appelles-tu TAllemagne une étrangère î Appelles-tu le prince un étranger?

MARGUERITE. Ahl queje suis heureuse de te revoir; j'avais besoin de ton retour, Léo. C'est Dieu qui te ramène. Tu ne sais pas ce qu'il y avait en moi de doutes et de craintes. Mais te voilà, je ne veux pas demeurer plus longtemps à ce bal ; partons.

LÉO. C'est impossible, mon enfant; il faut que je reste près du prince. En ce moment le prince m'attend dans son cabinet.

MARGUERITE. Eh biou ! je rentre toujours ; je t'attendrai.

LÉO. J'aurai probablement à travailler jusqu'au jour, et demain encore.

MARGUERITE. Aiusi, te voilà revenu, et je ne pourrai te voir davantage I

LÉO. C'est pourquoi je ne voulais pas que l'on t'apprît mon retour ce soir.

jiiARGUERiTE. Oh I si l'on m'avait dit autrefois quç

nous serioûs dans la même ville, et qu'il y en aurait un de nous qui cacherait sa présence à l'autre...

LÉO. Si Ton t'avait dit cela, eh bienl... tu ne m'aurais pas choisi pour mari ; n'est-ce pas ce que tu veux dire? C'est juste : les femmes ont besoin que Ton ne s'occupe que d'elles. Il faut qu'un mari soit toute sa vie un amant, et qu'il songe sans cesse à les divertir de cet ennui profond qui les accable toutes, depuis que la société leur a imposé le désœuvrement comme une convenance I

MARGUERITE. Asscz, mou ami; vous n'avez pas besoin de vous armer contre moi de vos graves idées de réforme. L'amour n'est pas dans les longues heures perdues^ il est dans un mot qu'on dit, dans une main qu'on serre, dans l'expression d'un adieu.

UN DOMESTIQUE. Sou Altcssc attend monseigneur dans son cabinet.

LÉO. Tu vois, mon amie. Que veux-tu que je te dise encore? Le temps est changé : proscrit, toutes mes heures étaient à moi^ et par conséquent à nous ; ministre, tous mes instants sont au prince, au peuple, à l'Allemagne. Pardonne^moi, Marguerite, je ne t'en aime pas moins pour cela ; mais la nécessité est là, il faut y céder.., Adieu^ mon enfant.

MARGUERITE (scule). Uu baiscr froid comme son cœur.

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