IV. — DIANA, LÉO
DIANA. Vous devinez ce qui m'amène, monsieur?
LÉO, A peu près...
DIANA. Je viens vous faire une seule question.
LÉO. J'écoute.
DIANA. Croyez-vous que ce journal soil ordinairement bien renseigné?
LÉO. Mais... oui, madame.
DIANA. Eh bien ! veuillez me dire ce que vous pensez de ce passage :
LÉO. « Les deux voix de la Bavière ont été données, « à condition que le prince Frédéric épouserait la « grande duchesse Wilhelmine. «Ce que j'en pense, madame^ c'est qu'il y a jusque dans les consefis les plus secrets des espions et des traîtres.
DIANA. Ainsi donc, c'est vrai... ainsi cette nouvelle, vous ne la démentez pas?
LÉO. La démentir serait une insulte pour un pays, dont l'appui nous est nécessaire; d'ailleurs, il est dans mes principes politiques, madame, de ne jamais tromper... un mensonge dût-il être utile à la cause que je sers.
DIANA. Ainsi, monsieur, vous m'avouez à moi que ce bruit... cette nouvelle a quelque consistance.
LÉO. A vous, madame, comme à tout le monde, et à vous peut-être plutôt qu'atout le monde encore; car je sais combien les vrais intérêts du prince vous sont chers.
DIANA. Donc cette alliance... voi^s croyez (ju'elle s§
LÉO. Je Tespère.
DIANA. Mais... mais le prince m'aime, vous le sauvez bien.
LÉO. Je le sais depuis mon retour seulement. •• Son Altesse me Ta dit elle-même.
DIANA. Ah !... il vous Ta dit.
LÉO. Hélas I qu'est-ce que cela prouve?... Puisque vous me forcez de parler politique avec vous, madame, je vous dirai que la raison d*État n'a^pf^s de cœur... Les princes, vous le savez bien, ne se marient pas; ils s'allient... Heureux encore ceux que la diplomatie n'est pas venue fiancer au berceau, et qui ont eu le temps de goûter d'un amour libre et mutuel.
DIANA. Très-bien I et j'aurais dû m'attendre à tout cela... Voilà comme vous me remerciez de ce que j'ai fait pour vous.
LÉO. Peut-être vous ai-je de grandes obligations, madame ; et alors je vous ferai un reproche, c'est de me les avoir laissé si longtemps ignorer.
DUNA. Vous êtes oublieux, monsieur... c'est une des qualités des fortunes qui s'élèvent vite, que de ne plus se souvjsnir de ceux qui ont aidé à leurs commencements.
LÉO. Oh I je crois vous entendre, madame... vous voulez parler du jour, où le prince est venu chez moi.
DIANA. Qui l'y a conduit?... Voyant le désespoir de de voire famille, les larmes de Marguerite... qui a été le chercher? Ah ! vous avez cru qu'il était venu de lui-même et pour admirer l'auleur pseudonyme de quelques articles de journal ou de pamphlets obscurs...
S€ÈNES DE LA VIE ALLEMANDE. IDS
La prétention est orgueilleuse, et pourtant elle ne m'é* tonne pas.
LÉO (après un silence). Madame, je suis bien aise d'apprendre ce que je fous dois... pardonnez-moi de ne vous en avoir aucune reconnaissance. Je n*ai jamais vu dans ma mission qu'une tâche rude à accomplir, et j'aspire au repos auquel j'aurai droit après l'avoir finie. Seulement, je vous crois ici plus injuste envers le prince qu'envers moi-même, et j'aime à penser que vous n'avez fait que lui indiquer ma demeure.. . Hélas ! je lui ai plus donné qu'il ne m'a rendu I et, dans ce haut rang où il m'a placé, je me vois moins puissant^, que je ne l'étais avant d'y atteindre. (Il va à la table.) Cette plume , madame, cette plume était un sceptre plus réel que le sien... et j'ai peur, en la reprenant, d'en avoir usé le prestige!
DIANA. Ainsi, c'est une guerre déclarée entre nous, n'est-ce pas?
LÉO. Dans laquelle je vous laisserai tout l'honneur de l'attaque et tout l'orgueil de la victoire.
DUNA. Monsieur... adieu.