‹ Souvenirs d'Allemagne: LorelyChapitre 43 sur 66 · VII. — LÉO, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

VII. — LÉO, LE CHEVALIER

LÉO. Monsieur le chevalier?

LE CHEVALIER. Quc me vcut votre excellence ?

SOS SOOVBNIRS D'ALLBMàGNR.

£Éo. Je m'étais mépris sur votre capacité en ne faisant dévoua qu'un simple sectaire; au lieu de S.OOO florins d^appointements qiie vous aviez , je vous en donne 12,000. Voici votre nomination comme inspecteur aux bureaux de la poliôe générale du royaume; elle est, vous le voyez, antidatée de deux mois... c'ei^ à dire de l'époque où vous avez commencé à ex^«^. Vous vous ferezfaire un rappel de vos appointements ; c'est une gratification que je vous offre de la part du prince pour le service que vous venez de Im rendre... Maintenant, comme vos fonctions sont individueltes et vous éloignent de moi, vous ne serez pas astreint comme par le passé à manger à ma table.... QvLknd je désirerai vous y recevoir, j'aurai l'honneur de vous inviter.

ts GHEVAtiËR. Monseigneur, soyez certain que mon dévouement...

LÉO. Je vais le mettre à l'épreuve.

LE CHEVALIER. J'attends.

LÉO. Vous êtes convoqué pour ce soir I

LE CHEVALIER. A dix heurcs.

LÉO. Le lieu de la réunion,

LE CHEVALIER. Je l'ignorc.

LÉO. Vous l'ignorez?

LE CHEVALIER. CommO tOUS.

LÉO. Et par quel moyen devez-vous le savoir?

LE CHEVALIER. Lorquo l^hcurc sera venue , les plus jeunes des étudiants, les nouveaux... sans savoir ce qu'ils font, ni pourquoi ils le font, parcourront les rues, en chantant un chant patriotique, la Chasse de Ludtow,.. ce sera le signal. Alots tous les affiliés

SGfiNES DE LA VIH ALLEMANDE. SOS

sortiront de la ?ille ; et à chaque porte, un homme les. attendra : à cet homme ils demanderont en quel lieu est la lumière... et le lieu que désignera cet homme sera celui de la réunion.

LÉO. EU les membres de cette réunion sont masqués?

LE CHEVALIER. Toujours... car il y a parmi les affiliés telles personnes qui approchent assez du prince, pour désirer qu'on ne voie pas leur yisage.

LÉO. Et YOtts recevez ce soir une de ces personnes?

LE GHEYAUER. Oui«

LÉO. Savez-vous son nom?

LE GHEYAUER. M. Qc Waldcck.

LÉO. Mais comment êtes-YOUs si bien au courant des choses, yous que Ton sait être mon secrétaire?

LE GHEYALIER. La première loi de l'association est que tous ses membres accepteront toutes les places, afin d'envelopper le pouvoir de tous cotés.

LÉO. Bien. Faut-il un costume particulier pour assister à cette réunion ?

LE CHEVALIER. La rediugotte de l'étudiant, la cas> quette avec ses trois feuilles de chêne, un manteau brun, un masque sur le visage, et ce ruban sur le cœur.

LÉO. Pouvez-vous me procurer un costume complet pour huit heures du soir... et venir me prendre avec ce costume?

LE CHEVALIER. G'ost difficile*

LÉO. Le pourrez-vous?

LE CHEVALIER. Oui.

LÉO. Je vous dirai mes intentions tout le long dd

. la roule, et, en échange, vous m'apprendrez, vous, les paroles sacramentelles à Faide desquelles je pourrai répondre...

LE GHEVAUER. C'eSt dît.

LÂo. Et maintenant, monsieur, qui me répond de vous?

LE CHEVALIER. Mon intérêt.

LÉO. Cependant, s'ils réussissaient, vous auriez droit peut-être à quelque chose de meilleur que ce que je puis vous donner.

LE GHEVAUER. Ils uc réussirout pas.

LÉO. Oh I vous êtes prophète! eh bien, réussirai-je, moi?

LE GHEVAUER.Vous ne réussirez pas nonplus^ monseigneur...

LÉO. Et puis-je savoir où vous avez puisé cette conviction?

LE GHEVAUER. Daus les faits passés... dans votre conduite passée... dans vos projets.

LÉO. Donc, à votre avis, j'ai manqué de capacité... Répondez-moi franchement.

xï GHEVAUER. Non, monscigncur, mais d'adresse.

LÉO. Voyons.

LE CHEVALIER. Un ministre qui veut demeurer en place doit s'appuyer sur le peuple ou sur le prince. Or l'un de vos appuis vous manque déjà, et l'autre va vous manquer bientôt. Le peuple vous manque, parce que, souvenez-vous bien : dans cette auberge, où les étudiants s'étaient réunis... vous avez, personnellement, fait emprisonner plusieurs d'entre eux... au lieu d'abandonner ce soin à un magistrat inférieur, et de

n'arriver, vous, que pour faire grâce. Le peuple vous manque, parce que, au lieu d'envoyer à la diète un député que vous pouviez désavouer à son retour, vous y êtes allé vous-même; de sorte que, comme vous avez adopté des mesures répressives, et que quelques-uns sont corrompus, ... on ne croit pas à votre conscience. .. et vous vous trouvez confondu dans l'idée qu'on a de la corruption générale... Le peuple vous manque, parce qu'il est toujours sympathiquement et instinctivement de l'avis du faible contre le fort, et qu'il fera demain des martyrs de ceux dont vous faites des coupables aujourd'hui. En ce cas, il vous restait le prince.. . Mais voilà que vous êtes venu vous heurter contre une intrigue d'amour , qui ne vous nuisait en rien, et qui pouvait, au besoin, vous servir, si vous l'eussiez comprise ou ménagée... Sur toute autre chose le prince vous eût cédé sans doute : sur celle-là il sera inflexible ; et cette Pénélope au rebours défera chaque nuit l'ouvrage de votre journéel Or, le seul moyen qui vous reste, pardon, monseigneur, si je vous dis dépareilles choses, c'est de céder sur ce point de mariage, de renoncer à votre rêve de coalition... et de devenir aux mains du prince un moyen de despotisme, au lieu d'être, comme vous Paviez cru , un instrument de liberté.

LÉO. Jamais, monsieur, jamais I

LE GHEVALiËR. Alors VOUS tomberez... m ouseigueur.

LÉO. Mais , dans cette prévision , comment pouvezvous me servir?

LE CHEVALIER. Parco que plus je vous aurai été utile, plus je serai nécessaire à votre successeur.

Vt6 SOUVENIRS D'ALLEMAGNE.

LÉO. Vous avez raison, et je puis me fier à vous. Ainsi , ce soir, à huit heures , au premier refrain de ce chant qui doit servir de signal..*. 7^^^^ ^^ prendre, et conduisez-moi.

L£ CHEVALIER. J'y Serai.

VIIL — LÉO, SEUL.

LÉO (seul). Ah I... me voilà donc arrivé au bout de mon rêve! Je n'aurais pas cru pouvoir sitôt regarder ma carrière de l'autre côté de Thorizon 1 ma belle vie I ô ma réputation sainte ! je vous ai donc laissées en lambeaux tout le long du chemin , à ces buissons infâmes dressés par la calomnie I Et cet hommeM* cet homme, que j'appelais mon prince, et qui m'aj^elait son ami 1 cet homme à qui j'ai tout sacrifié : tranquillité, réputation, bonheur privé,... et qui, pouf tout remerciement^ vient essayer de me mordre le cœur avec un soupçon!... Marguerite!... Margue^ ri^el.... oh ! je n'ai pas même une inquiétude 1 mais je souffre. (La nuit est tombée ; il est as^is ^t plongé dans h rêverie, la tête dans ses mains.)

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