‹ Souvenirs d'Allemagne: LorelyChapitre 49 sur 66 · IV. ^ Les mêmes , WALDECK · texte numérisé non relu

IV. ^ Les mêmes , WALDECK

LE PRÉSIDENT. Frère, quelle heure est-il?

WALDECK. L'heure où le maître veille et où l'esclave s'endort.

LE PRÉSIDENT. ComplCZ-la.

s» SOUVENIRS D'ALLEMAGNE.

WALDEGK. Je ne rentends plus depuis qu'elle sonne pour le maître.

LE PRÉSIDENT. Quand Tentencjrez-vous?

WALDEGK. Quand elle aura réTeilié l'esclave.

LE PRÉSIDENT. OÙ ost le maître?

WALDEGK. A table.

LE PRÉSIDENT. OÙ ost Tesclaveî

WALDEGK. A terre.

LE PRÉSIDENT. Que boit le maître.

WALDEGK. Du sang.

LE PRÉSIDENT. Que boit l'esclave?

WALDEGK. Ses larmes.

LE PRÉSIDENT. Que foroz^vDus do tous les deuxt

WALDEGK. Je mettrai l'esclave à table et le maître à terre.

LE PRÉSIDENT. Êtos^vous mattro ou bien esclave?

WALDEGK. Ni Tun ni l'autre.

LE PRÉSIDENT. Qu'êtes-vousdouc?

WALDEGK. Rien... mais j'aspire à devenir quelque chose.

LE PRÉSIDENT. Quoi ODCore?

WALDEGK. Voyant.

LE PRÉSIDENT. En savoz-vous les fonctions?

WALDEGK. Je les apprends.

LE PRÉSIDENT. Qui VOUS cnseigue?

WALDEGK. Dieu Cl mou maître.

LE PRÉSIDENT. Avcz-vousdcs armos !

WALDEGK. J'ai cette corde et ce poignard.

LE PRESIDENT. Qu'est-cc quo cctto corde?

WALDEGK. Le symbole de notre |force et de notre union.

LE PRÉpDENT. Qu'êies^vous seloD oe sjmbok?

WALDEGK. Je suis TuD des fils de ce chanvre, que l'union a rapprochés et que la force a tordus.

LE PRÉSIDENT. Pourquoi vous a4-on donné la corde?

WALDEGK. Pour lier et pour étreindre.

LE PRÉSIDENT. Pourquoi le poignard?

WALDEGK. Pour couper et pour désunir.

LE PRÉSIDENT. Êtcs-vous prêt à jurer que vous ferez usage du poignard ou de la corde contre tout condamné dont le nom sera inscrit au livre de sang?

WALDEGK. Oui.

LE PRÉSIDENT. JurCZ-le.

WALDEGK. Je le jure.

LE PRÉSIDENT. Yous dévoucz-vous à la corde et au poignard vous-même, s*il vous arrivait de trahir le serment que vous venez de faire, sur ce livre d'une main et sur l'Évangile de l'autre : sûr le glaive et sur la croix.

WALDEGK. Je m*y dévoue. (En ce moment, on entend un grand bruit à la porte du fond, et comme un froissement de fer ; en même temps, quelques coups de tambour battant sourdement la cbarge^^ puis enfin 4es coups aux portes.)

LÉO. Quel est ce bruit?

LE PRÉSIDENT. ÉcoUteZ I

UN SERVANT, entrant. Nous sommes perdus! tout est découvert.

LE PRÉSIDENT. Qu*y a-t-il?

LE SERVANT; Des soldats royaux qui frappent à la porte.

l'officier (dehors). Au nom du prince,- ouvrez , ouvrez I

LE PRÉSIDENT. Lâches sont ceux qui fuient I nous mourrons en martyrs I

LÉO (bas). Qu'est-ce que cela? Le savez- vous, Paulus? je n'ai donné aucun ordre.

LE CHEVALIER. Sileucel

y. »Le<) MÊMES, UN OFFICIER, soldats.

l'officier. Au nom du prince, messieurs, vous êtes prisonniers.

LE PRÉSIDENT. Soit... d'autrcs accompliront notre tâche.

l'officier. Quel est celui que je vois un poignard à la main.

LE président. Un de nos frères.

l'officier. Que voulait-il?

LE président. Ce que nous voulons tous : frapper au cœur la tyrannie I

l'officier. Qu'il meure le premier, et comme un rebelle ; car il est pris les afmes à la main.

LE PRÉSIDENT. Il ne mourra pas seul, car nous sommes tous ses complices.

l'officier. Qu'il meure d'abord.... Apprêtez les armes!

waldeck (laissant tomber la corde et le poignard , et allant vivement à l'oflQcier). Arrêtez, monsieur l'officier, prenez garde à ce que vous allez faire : je suis ici pour un dessein que je veux expliquer au prince.

l'officier. Soldats...

WALDIQK. Je suis le comte deWaldeck, monsieur; je vous demande à être conduit au prince , entendezvous?

L'omciEK. Soldats...

WALDEGK. Monsieur, n'entendez vous pas ce que je dis?... vous répondrez de ce que vous allez faire !

L*OFFiGi£R. Vous le vojcz, VOUS êtes ici face à face avec la mort; soyez-donc franc. Êtes-vous fidèle au prince? je vous conduis à lui... Êt?s-vous fidèle à ces hommes? vous allez mourir.

WALDEGK. Je suis fidèle au prince, monsieur ; fidèle aux lois : je n'avais d'autre intention que de pénétrer ce complot , de connaître les conspirateurs, et de tout découvrir ensuite. (Les deux parrains ramassent silencieusement, Tun la corde, l'autre le poignard, et s^approchent par derrière.)

(L'officier se découvre et montre sous son manteau un habit d'étudiant.)

l'étudunt. Frères 1 cet homme vous a reniés trois fois, il est à vous.

PREMIER PARRAIN (lo frappant du poignard). Voilà pour le lâche !

UN AUTRE (l'étranglant)* Voilà pour le traître!

TOUS. Vive l'Allemagne! (Les étudiants, qui étaient vêtus en soldats, se mêlent à cette acclamation et serrent la main de leurs camarades ^)

LE PRÉSIDENT. Prious Dieu ! (Tous s'agenouillent.)

(1) Une des épreuves de la charbonnerie et du Tugendbund consistait, en effet» à supposer Tintcrvcntion do la police pour éprouver les récipiendaires.

LE cHKVAtiBft (bas à Léo). Vous V(^et... c'était une épreuve.

LÉO (se levant) . De par le ciel !• ..

LE CHEVALIER (bas). Arrêtez !

UEO. Laissez^moi, cela ne peut se suppofter.

L£ CHEVALIER. Yous allez nous perdre I

LÉO. Un meurtre, monsieuri un meurtre devant moi lé».

LE CHEVALIER. Taiscz-vous. Id Hous soffimes égaux ; si vous dites un mot de plus, je vous livre.

LÉO. Peu m'importe...

LE CHEVALIER» Et le priûceest perdu.

LÉO» Le prince I...

LE CHEVAUER. Je suis ici pour ou contre vous , à mon gré: silencieux* vous me trouverez fidèle; im*prudent, non-seulement je vous abandonne, mais en*core je vous dénonce, et je déclare à tous que je vous ai attiré ici dans un piège. Ah ! vous voyez bien que vous vous trompiez... ce ne sont point ici des jeux d'enfants I

LE PRÉSIDENT. Dcvaut ce poignard teint du sang du parjure, et devant la croix dont il est l'image... jurons qu'ainsi mourra tout transfuge et tout lâche; et remercions le ciel de nous avoir permis de donner cet exemple I

Tousl Nous le jurons!

LE PRÉSIDENT. Et maintenant* qu'on porte ce

corps sanglant au milieu des plus jeunes de nos

frères, et qu'ils apprennent à leur tour comment la

trahison est entrée ici, et comment elle en est sortie.

UN VOYANT. Frères, la nuit s'avance, et nous avons

SCeilSS DE X,A VIE ALLEIMANDE. 227

encore beaucoup de choses à faire avant le jour; sous Timpression de ce grand exemple, jugeons des ennemis plus puissants et plus dignes de notre colère.

W PRÉSIDENT. Reprenons nos places. Vengeurs, quel heure est-il?

l' ACCUSATEUR. L'houre des confidences.

lE PRÉSIDENT. Vengeurs, quel temps fait^il ?

l'accusateur. Le temps est sombre,

LB président, Vengeurs, où est le saint VehméT

l'accusateur. Mort en Westphalie, ressuscité ici.

LE PRÉSIDENT. Quello prouvo avons-nous de sa ré* surrection?

l'accusateur. Napoléon abattu, l'Allemagne délivrée, les quatorze universités liées du même serment, des villes révoltées, des traîtres punis...

LE PRÉSIDENT. Frèros, je te donne la parole pour accuser. Accuse, nous jugerons.

l'accusateur. Frères ! en 1806, les princes d'Allemagne vinrent à nous; ils nous dirent ; Peuples et noblesse, nous avons un maître qui nous pèse, venez en aide à notre puissance, et nous serons en aide à votre liberté. Un de nous fut choisi par le sort et s'avança contre Napoléon plein de bonne foi et de confiance, comme David contre le géant; mais le jour de cet homme n'était pas venu , et le sang de Frédéric Staps devint le baptême de notre Union de Vertu (1). Quatre ans plus tard , les princes nous crièrent encore : ïl est temps, levez-vousl... Tou-f tes les épées étaient^ aux mains du vainqueur; nous

(I) TugenbuD('#

en fîmes fabriquer d'autres avec le fer des charrues ; mais, en commandant son épée, chacun de nous commanda un poignard du même fer à l'ouvrier qui la forgeait. Les épées nous ont conduits jusqu'aux cœur de nos ennemis, et nous les avons frappés au cœur; les poignards nous conduiront jusqu'au cœur de nos maîtres, et nous les frapperons de même !... Le moment est venu ! A nos prières, à nos menaces, on a répondu par Tamende, par la prison, par la mort! Hier encore , et c'est par toute l'Allemagne comme ici, les compagnons de la landwerth , les braves de 1813, ont été dépouillés de leurs armes. Frères! on a brisé l'épée, mettons au jour le poignard !...

TOUS. Vive l'Allemagne!

l'accusateur. Je n'ai plus qu'un mot à vous dire : cette ordonnance émane du prince. J'accuse le prince de forfaiture et de trahison.

LÉO (se levant). Et moi je le défends, messieurs!

LE CHEVALIER (bas). Ditcs frèves ! et déguisez votre voix, ou vous nous perdez.

LE PRÉSIDENT, Attendez. Le frère représentant la Saxe n'a-t-il rien à ajouter ?

l'accusateur. Non, j'écoute.

LE PRÉSIDENT. J'ouvrc la bouchc au frère représentant le Holstein ; il peut parler.

LÉO. Eh bien ! accusez les coupables selon vous, mais les coupables seulement. Le prince ne vous a rien juré, ni en 1806, ni en 1813 ; car ce n'était pas lui qui régnait alors.

l'accusateur. Il a accepté le serment en acceptant la couronne.

LÉO. Que lui reprochez-vous?... de ne pouvoir disposer d'assez de millions d'hommes pour faire la loi aux grandes puissances?... Il a accepté les arrêts de la conférence; mais il a fait ses réserves en faveur de nos libertés.

l'accusateur. Frère, tu oublies que nous sommes ici au-dessus des fictions politiques et légales, les princes de la terre ne sont pas nos princes , à nous ! Pense à tes serments... Le prince perdra son trône, parce qu'il n'y aura plus de trônes. Perdra-t-il en même temps la vie 1 voilà la question.

UN VOYANT. Le frère représentant le Holstein a le droit de faire ses réserves en faveur des princes ; car notre société admet les deux nuances d'opinion , qui reposent également sur le grand principe de l'unité germanique : la sainte fédération ou le saint empire. C'est une querelle à vider plus tard entre vainqueurs.

PLUSIEURS. Oui ! oui I

LE PRÉSIDENT. Poursuivez.

LÉO. Donc je défends le prince, et j'en ai le droit.

l'accusateur. Alors, vous accusez le ministre. Deux noms sont au bas de cette ordonnance : Frédéric-Auguste et Léo Burckart.

LÉO. Je dis que les résj)lutions ont été acceptées par l'envoyé plénipotentiaire avant que le prince les connût.

l'accusateur. Qui peut le savoir si ce n'est un de leurs conseillers?

LE président. Frère, tu t'oublies 1 nul de nous n'a le droit d'interroger celui qui parle sous le masque.

LÉO. Je dis que le ministre est seul coupable ; et,

dbyCoogk

s'il y a crime à vos yeux, sur mon honneur, c'est lui qui i*a commis I c'est donc lui qui doit en répondre.

UN VOYANT. Frères, c'est aussi mon avis. Le prince a montré en plusieurs circonstances le cœur d'un véritable Allemand. II n'y a eu que faiblesse dans sa conduite; dans celle du ministre^ il y a eu trahison.

LÉO. Trahison ?

LE CHAVALiER (bas). Preucz garde.

LÉO. Trahison I.... Que vous a-t-il promis?.... A-til été des vôtres? a-t-il juré votre fédération, prêché votre république?... Lisez ses écrits, lisez ses livres... et posez ses actions d'aujourd'hui sur ses principes d'hier : les uns et les autres se répondront.

l'accusateur. Défendez-vous aussi le bras qui nous frappe, l'ennemi qui nous abat?

LÉO. Je défends...

TOUS. Assez, assez.

LE CHEVALIER (bas). Silcncc !

LÉO. On accuse mon honneur...

LE CHEVALIER. Un mot de plus, et je vous arrache votre masque. (Tumulte au dehors.)

LE PRÉSIDENT. Qui osc troublcr ainsi la séance du saint tribunal?...

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