‹ Souvenirs d'Allemagne: LorelyChapitre 56 sur 66 · II. DE COLOGNE A IIÉGE · texte numérisé non relu

II. DE COLOGNE A IIÉGE

J'ai un bonheur singulier pour me trouver dans les pays au moment des fêtes. Cologne respirait la joie. On fêtait la Vierge d'août, et tous les quartiers catholiques, qui forment la majorité dans cette ville, étaient en kermesse avec des bannières flottant au vent, des guirlandes à toutes les fenêtres, des branches de chêne formant une épaisse litière sur le pavé des rues. Des processions triomphales se dirigeaient vers les églises et surtout vers la cathédrale, dont l'abside terminée est livrée au culte, tandis que le transept, encombré de matériaux et de charpentes, coupe en deux, par Pabsence de ses constructions, les portions plus avancées. Les énormes grues qui dominent le chevet de l'église rappellent ces mots de Virgile :

• • • • • Pendant opéra interrnpta, minaeque Murorum ingénies, aeqnataque machina cœlo.

Cette église est l'image de la constitution allemande, qui n'est pas près non plus de se voir terminée, malgré tous les soins qu'y apportent les peuples et les princes. >

Comme commerce, on peut avouer que Cologne abuse du nom de Farina. Tout un quartier est occupé par ces marchands d'eau de toilette. On peut aller voir Peutz, le faubourg, au bout du grand pont de bateaux,

faire de petites excursions à Dusseldorf, la ville des artistes, à Bonn, la ville des étudiants ; — les vapeurs et le chemin de fer vous conduisent, en une heure, à Tune ou à l'autre. Les gens pressés jettent un dernier coup d'œil aux tours qui regardent le fleuve aux vertes promenades, situées au sud de la ville, et le chemin de fer du Nord, les mène, en trois heures, à la station à'Àaehe% que nous appelons Aix-la-Chapelle.

On connaît ce vieux séjour de Charlemagne, le lac voisin où il jeta son anneau, l'église byzantine où sa tête incrustée d'or, son bras gigantesque et ses ornements impériaux sont montrés aux fidèles à certaines fêtes de Tannée. La ville est au reste toute classique et presque neuve, avec de grandes rues, où l'ombre n'existe guère et cette belle place devant le casino des bains où coule la fontaine chaude. Chacun peut descendre dans la crypte et s'y faire servir, gratis, un verre d'eau minérale que distingue un goût prononcé d'œufs pourris. Trois heures après vous quittez le duché du Rhin, en saluant les braves soldats de la. Prusse, vêtus en Romains du Nord, avec des casques à pointes qu'on voitétincelerde loin. On travei se douze tunnels, espacés par de fraîches vallées où serpente un ruisseau paisible qui se plaint doucement dans les cailloux. On a laissé Spa sur la gauche, Verviers sur la droite ; — la ville de Liège apparaît du fond de sa vallée, côtoyée par la Meuse qui se découpe entre les montagnes et la forêt des Ardennes, comme un long serpent argenté.

J'ai quitté le Rhin en infidèle, mais en infidèle reconnaissant. J'aurais pu gagner la Hollande en prenant

les bateaux de Dusseldorf; — on m'a dit que les rives s'aplatissaient au delà de cette ville, que les bords marneux et sablonneux ne présentaient plus ces beautés solennelles qu'on n'admire pleinement que de Mayence à Cologne. J'ai cédé alors au désir de traverser la Flandre septentrionale et le Brabant, et je ne suis point fâché, certes, de m'arrêter à Liège pour un jour.

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