I.K MOL'VKMKNT l'.VI VKIISITA1IIK AtX ÉTATS-UNIS, fit
mousse do champagne, et dans laquelle les Amérieains sont passés mailres. Afin que son anniversaire fût télé convenablement, les anciens élèves et les amis de l'université ont souscrit près do cinq millions de francs. Ce serait beaucoup s’il no s'agissait que de victuailles cl do feux d’artifice; mais, selon l’usage d'outro-mer, in plus grande partie de celle somme sera employée à d'utiles fondations, à agrandir on t't embellir les batiments universitaires.
Ils sont groupés dans la verdure, sur le sommet d’une colline non loin de laquelle passe la grande ligne de New-York a Philadelphie. L’Européen naïf, qui court d’une ville à une autre cl appelle cela visiter les Etats-Unis, entrevoit un instant dans la brume la silhouette de leurs clochers et do leurs pignons. Si aux luxueuses installations du Pcnsylcania-Limited il avait préféré la lenteur pittoresque du train omnibus, il aurait pu descendre à Princeton junction, d’où un polit chemin do fer joujou l’eût conduit en dix minutes à l’entrée même du campus. Le campus, dans une université américaine, c'est le centre do la vio collective, le carrefour où tout converge. Là s'élèvent les amphithéâtres, les salles de conférence, le gymnase, la chapelle, la bibliothèque et ces dormitories, vastes constructions qui groupent trente, cinquante, quelquefois cent étudiants et où chacun a sa chambre et son cabinet do travail qu’il meuble et décore à sa fantaisie. Tous ces édifices sont séparés les uns des autres par des pelouses et des bouquets d’arbres. Ils datent en général d’époques différentes et leur architecture est très variée.
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6 > SOUVRMItS D'AMKHIQIÎl; KT l)K GltfcCK.
Ko campus do Princeton osl l'un dos plus beaux et des plus pittoresques que l'on puisse voir. Il est coupé par do grandes avenues aux ombrages séculaires. Ou y lil d’un coup d'œil Ionie l’Iiisloire de l'université racontée par ses monuments, depuis Nassau bail, qui fut l’Iuimble berceau do ses destinées, jusqu'il Alexander hall, à peine achevé, et dont les voûtes immenses et somptueuses vont voir passer le cortège do son centenaire. Quand elle lut créée en 1740, la laineuse cloche de Philadelphie n’a va il pas encore sonné l’heure de la liberté. Ce fut un gouverneur anglais qui signa la charte do fondation et imposa ce nom de Nassau , symbole de servitude, qu’on a conservé par respect historique. Ke long des murs en pierres brutes do Nassau hall, les premières promotions plantaient, chacune, un pied de lierre et scellaient une plaque de marbre commémorative do leur passage. Los lierres entrelacés couvrent aujourd’hui les quatre façades , image de la prospérité engendrée par l’ctTort successif de chaque génération.
Non loin de là s’élèvent deux pctils temples do forme grecque, précédés de gradins et de. péristyles. Ils servent do lieu do réunion à deux « parlottcs », dont l'une, l'/liHeriean Whig society, a forme plus d’un orateur politique cl compte dans ses rangs beaucoup de citoyens éminents. Au temps déjà lointain où furent construits ces petits temples, les universités îi’élaicnl pas riches. On employa le bois des forêts avoisinantes. Tout dernièrement ils ont été réédifiés, en marbre celle fois, et Y American Whig society pos-
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de France
I.l- MOUVK.MF.NT U.NlVfinSITAlHK AUX KTATS-l'.NIS. CI) sède une salle dos séances dont notre conférence Molé serait, fortes, bien licro. Do. bonne heure les étudiants américains aimèrent 11 se grouper en clubs et en sociétés pour écrire et parler, (le n'csl ipio depuis la guerre de Sécession que la passion de l'exercice physique s’esl emparée d'eux. Ils menaient jusque-là une existence presque exclusivement cérébrale. Aussi leur « intellectualisme » avait-il atteint, aux approches do 1800 , le niveau de celui qui a fleuri de nos jours on France; il était môme plus répandu et plus général. La mode fut alors d’avoir de longs cheveux et de porter les babils des ancêtres. On posait pour l'Ame tourmentée. On affectait volontiers la névrose et les maux d'estomac. On avait l'humeur triste cl le rêve sombre. Jouer au ballon, boxer ou courir un cross-eoun Iry eût paru un déshonneur. Beaucoup faisaient de mauvais vers, mais la prose causait do pires ravages encore que la poésie, proso vide, filandreuse, toute en phrases et en formules, dont l’opinion s’était éprise et A laquelle la jeunesse s'entraînait avec ardeur. Quatre annéesd’uno lutte giganlosquo chassèrent ces miasmes. Quand la nation retrouva le calme et la paix, elle avait appris, comme par une formidable leçon do choses, la valeur de ces « qualités animales » si dédaignées la veille. Elle s’occupa aussitôt do les faire acquérir à ses fils. Ainsi qu’il arrive toujours, l’esprit en profila comme le corps. Les cerveaux s’éclaircirent de tout le sang qui afflua vers les muscles, et les sociétés littéraires et politiques no perdirent rien au voisinage du gymnase ou de la salle d’armes. A Princeton, \Vhig liait ne
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04 SOUVENIRS D’AMÉIllQUE ET DE GRÈCE.
fut pas délaissé au profit du Banjo club ou du Brokaw
memorial.
Le Banjo club donne des concerts. Les goûts artistiques se sont développes cil. mémo temps que les goûts athlétiques. Beaucoup d’étudiants ont maintenant des pianos; beaucoup aussi dessinent ou font de 1’aqunrcllo. L’autre jour, dans l’acropole d'Athènes, j’en voyais un crayonner qui, la veille, avait gagné une course nu stade; il a rapporté, en plus de l’olivier olympique, un album plein de croquis. Quant à la caricature, elle a leurs préférences et leur manière d’illustrer lo Bric à Brac , l'annuaire drolatique qu’ils publient chaquo année, prouve qu’ils y réussissent.
Lo Brokaw memorial perpétue lo souvenir d’un jeune étudiant prématurément enlevé à l'affection do ses camarades. Sa famille a fait les frais de cette construction originale qui renferme line magnifique piscine de natation, des vestiaires, des salles de douches et en face do laquelle s’étend lo champ de foot-ball. Princeton n’est pas nautique ; elle n’a à sa disposition qu’un modeste ruisseau et ne dispute point à Harvard ou à Corncll le championnat d'aviron ; mniscllc excelle nu foot-ball. Lo match qui, chaquo année, met aux prises sa redoutable équipe et celle de Yale a pris le caractère d’une fête populaire. H se joue ordinairement le Thanksrjimny Day (le dernier jeudi de novembre), nu Berkeley Oml ou au Manhattan Fietd, à New- York ; 10 ù 50000 personnes assistent â cette lutte, rendue plus passionnante encore par le caractère savant et quasi stratégique que les Américains ont su donner au jeu do rugby en modifiant certaines
l.K MOUVEMENT UNlVEUSITÀUli; AUX ÉTATS-UNIS. 65 règles, Chaque speelnleur tient cil main un petit drapeau aux plis soyeux, une Écharpe ou môme un simple mouchoir aux couleurs de « son Université », orange et noir pour Princeton, bleu pour Yale. Les rivalités universitaires sont intenses maintenant aux lilats- Unis et elles ont un caractère d’hérédité. Le (ils va terminer ses éludes là oii le père a achevé les siennes, dfil-il, pour cela, franchir d'énormes distances. Il m’est arrivé d'assister, à San Francisco, il lin banquet donné par le Harvard club. Plus de soixante hommes do tout ége étaient présents, tous anciens étudiants d’une aima mater qui est située aux portes de lîoston, à cinq jours de chemin do fer do l’autre côté des montagnes Rocheuses.
Ces rivalités produisent parfois chez les enfants d’amusantes exagérations. Je me trouvais un jour ft Princeton, chez mon ami le professeur Slonne, le célèbre historien. Le plus jeune do scs fils, un bambin de sept ans, entendit sa mère expliquer que» le capitaine de l’équipe do Yale était son parent; le Thanksgiving Dag était proche et les pronostics allaient leur train. Le petit garçon itc put on croire ses oreilles; il sc fit confirmer le fait, puis tout ému s'écria : « Alors le Capitaine de Yalo est notre cousin ! Qucllo honte! ( 1 Vha t a shamef) » Nos éclats de rire le déconcertèrent un peu et on lui expliqua ce qu’est l'esprit chevaleresque et comment on doit respecter son adversaire — môme au foot-ball.
.Ces solennités athlétiques, et l'inlérôt qu’y prennent étudiants cl professeurs n’cnlèvenl l ion ii Princeton du caractère sérieux qui la distingue. On y Ira va il le •’>
SOUVENinS D’AMÉRIQUE ET DE GRÈCE.
beaucoup. Dans cc grand village dont l'unique rue n'olTre guère do ressources a la jeunesse frivole, il est impossible de mener la vie de paresse et do dissipation qui fut jadis celle des étudiants d'Oxford et de Cambridge et que quelques-uns y mènent encore.
De l’endroit oit nous avons interrompu notre promenade, le regard embrasse tout le campus : les façades en granit rose, les rosaces, les toits élancés do la Faculté des sciences; — l'École des beaux-arts, oit la brique et la terre cuite se combinent harmonieusement; — la Bibliothèque en rotonde avec ses hautes fenêtres à vitraux; — la chapelle enfin, vasto temple presbytérien aux voûtes robuslesct grandioses. Princeton a été fondée par l'Église presbytérienne et une Faculté do théologie s’y trouve encore adjointe. Inutile de dire que depuis longtemps l’univcrsilé a perdu son caractère confessionnel et s’ouvre fi tous des cultes. Au délit du campus, disséminés dans les alentours, sont les jolis cottages des professeurs et les /iatinçi clutis, pensions oit les étudiants vont prendre leurs repas. Puis lu campagne s’étend, fraîche, ondulée, très verlo. Ce cadre paisible porto it l'étude et encourago l’effort comme d'autres paysages incitent ù l'indolence cl au farniente.
Des Klals-Unis donnent facilement aux observatoires superficiels l'impression d'uno certaine monotonie dans les paysages comme dans les institutions.
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