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PREFACE

La comédie ne se joue pas qu'au théâtre : elle est encore^ elle est surtout dans la foule^ — sur la place publique,,, et dans V auberge.

En ce monde, les acteurs les plus pittoresques^ les plus sincères, les plus épanouis, ce sont les gueux.

Ils ont pour eux Véirangeté du langage et du costume ; ils rient à ventre déboutonné ; ils pleurent de vraies larmes.

J^aieu, dans mon auberge, des descentes de grands seigneurs, d'artistes, de paysans, de négociants. Un véritable défilé. J'ai retenu des jeupc de physionomies, fixé des attitudes, pris des têtes.

Toutefois, je ne commencerai pas par les gros bonnets. Je commence par les pauvres. Mon grandpère les accueillait, ma grand' mère et ma mère les ont nourrie. Je les aime.

Pour l'auberge, il y a deux clientèles : celle qui paie et celle qui ne paie pas ; celle qui a les honneurs de la table d'hôte, et l'autre, qui mange dans les coins, sous le manteau de la cheminée, devant la porte.

PliKFACE

Vappéiit le plus curieux n'est pas celui des riches.

Dans mes souvenirs, j'ai fait un choix. Il me semble qu'on doit préférer le portrait au récit ^ l'étude de mœurs à Vaventure^ l'observation ait bavardage. Le potin n'est guère artistique.

Suivant l'expression magnifique di Péladan, il faut être en cette vie le « chevalier d'une idée, »

J'ai servi deux idées, qui m'ont paru nobles : le retour aux familles nombreuses et le mairJten du paysan au village.

Je l'ai dit ailleurs : l'abandon de H terre par ceux qui devraient la cultiver et la paternité réduite sont les deux fléaux de l'heure présente.

S'il est beau de glorifier la famille, de chanter les enfants, je sais, par expérience, qu'il est plus beau d'en avoir.

Parler du village, c'est bien ; g rester, c'est mieux. Voici l'auberge : entrez. Le cidre a le goût du terroir. Buvons, trinquons, oublions la ville.

Aux boissons comme aux besognes de la ville, les terriens perdent la santé, le courage et la foi.

Pour quelques privilégiés qui sont revenus habiter des châteaux, beaucoup d'émigrants sont morts d l'hôpital.

Quand je vais chasser du côté de la forêt, je traverse des villages dépeuplés. Je m'arrête parfois

PKÉFACE

devant quelque chaumière doui h toit a'e/fondre, dont le seuil est eurahi par les hautes herbes, A travers les r//>v* brisées^ oi devine Vhorrtmr du foyer vide. Le s'il eu ce et la désolation rèf/nent autour de ces demeures où jadis des familles vivaient dans le traitait et la joie.

Et je compare cette vie heureuse des anciens à r existence tourmentée des jeunes, f oppose la ferme ensoleillée à V atelier sombre^ à la m ansas-de affamée, — ridt/lle rustique au drame parisien.

Et quand je rencontre 7tn petit rjars^ un fils de paysans^ je lui dis : Ae t'en va pas y mon enfant^ reste chez nous y fais le métier de ton père.

Vous allez me dire : Personne ne vous écoutera. Qu'en savez-vous ?

Le chevalier d'une idée n'est jamais seul. A celui qui prêche dans le désert, les âmes viennent, petit à petit.

J'ai déjeuné au Terminus, dîné au Grand-Hôtel ; // m'est arrivé de porter un toast au Continental. Je suis reiienu à toute vapeur vers rhôtelleric où Von mange des tripes à la mode de Caen, J'ai revu avec plaisir les voyageurs de commerce, les herbage rs, les gentilshommes campagnards et les gueux! Ccv clients-là valent ceux des hôtels babyloniens.

Parmi les gueux, étudiés dans ce livre, je vous signale Chavaraud, le savetier, père de dix-huit enfants.

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