VARD LE POÈTE GRAISSEUR DE WAGONS
Voyez donc, mon cher confrère, toute l-Ecole normande s'est levée, Gustave Le Vavasseur en tête, pour vous soutenir et vous acclamer. Tn fragment de votre poème, répandu dans lô public, a suffi pour que des. centaines de souscripteurs répondissent à notre appel. Déjà,* derrière vous, toute une élite de lecteurs et de partisans : grandes dames, académiciens, prélats, sénateurs, députés, anciens ministres.
Et le groupe des ingénieurs ? Y pensez-vous ? Nous les avons tous, depuis les Mines jusqu'aux Ponts, en passant par les Tabacs. La fleur de Polytechnique et de Centrale. C'est le plus beau triomphe de ce temps-ci.
Jamais graisseur de wagons, en marche vers les étoiles, n'eut un pareil cortège.
Il y a quelqu'un que j'ai oublié de signaler chez M. Vard : c'est le père de famille. Quand j'ai su que le porteur de spatule avait commis le crime, si rare et si beau, d'avoir des enfants, je Ten ai apprécié davantage.
Aujourd'hui, les riches, les millionnaires n'ont plus le moyen d'acheter des enfants ! Nous
autres, graisseurs de wagons, nous sommes les seuls à nous offrir le luxe d'une famille.
J'entends d'ici gronder le contradicteur : la famille ! Le voilà encore avec sa marotte !
— Parfaitement , Monsieur , parfaitement.
C'est de cette marotte qu'une nation est faite. Ceux qui sont contre elle sont contre Dieu, contre la nature, contre la Patrie.
Ils sont même contre le bonheur.
On ne veut pas d'enfants parce que l'on veut vivre tranquille. Vivre tranquille, dans Végoïsmc et la stérilité intentionnelle, c'est abject.
Vivre tranquille, ô bourgeois, c'est un rêve très bourgeois, au bout duquel les barbares, prolifiques et affamés, viendront casser votre vaisselle et manger votre pot-au-feu !
Garde à vous !