Madame Récamier était partie pour Dieppe
A MADAME RÉGAMIER. 317
VOUS éorivais aussi à Dieppe. Quand quitterons-nous la Fiance? Vous devez avoir à Dieppe M. l'arclievtVpie de Paris. 11 va déranger des promenades sur la rivière ; on esl toujours dérangé dans la vie par quelque chose ; le temps est mon archevêque, il m'importune beaucoup, il ne peut rien contre vous. — C'est toujours le 9 ou le 10 que nous nous retrouverons à Maintenon. Voilà déjà trois jours ('coulés dans l'absence. Un peu de courage, nous arriverons au bout. Le cher voyage de Dieppe me restera à jamais comme un charme sur qui nous bâtirons noire avenir; uolie ^letitc société va trèsbien ensemble, il faut la fonder à jamais et la perpi'tuer n'importe où'. J'attends demain le hiérophante, .respère que Christian avance. J'aïu'ais voulu le voir dans sa rue obscure. Enfin, l'héritier de madame de Maintenon, où en esl-il de ses re- < herches? Je suis sur cpi'il les fait bien. Bonjour, chère, belle et bonne amie ! Voilà le seul bon moment de ma journée passé, puisque je cesse de causer avec vous. Je vous écrirai après-demain
1. On parlait souvent à rAljhayo-ati-Bnis de fondor une sort»; de l'ort-Royal dos Champs : les fondateurs devaient être madame Piéi\imier, MM. de Chateaubriand, Balianche et Ampère.
jeudi. Vous avez reçu un billet que je vous ai écrit dimanche en arrivant.
Hyacinthe me prie de vous offrir ses respects.
Voilà le reçu de : Oui, madame. Non, maihjme.
Paris, Î29 juillet 1835
Je ne devais vous écrire que demain, mais je veux vous dire aujourd'hui que, dans mon faubourg, yi n'ai appris l'événement* dont les journaux vous ont donné la nouvelle, que par un cocher de fiacre.
Vous voyez que je suis chanceux : j'arrive en 1830 aux journées qui voient tomber la branche aînée ; j'arrive en 1835 aux journées qui ont pensé voir disparaître la branche cadette. Le mal de cela, outre le crime, est de rendre incertaine à tous les youx l'existence de la monarchie nouvelle, et de porter peut-être le gouvernement à des mesures contre la liberté, et par ces mesures mêmes il augmentera
i. L'attentnt Fiesclii.
A MADAME RÉCAMIEU. 313
son péril. Après ce petit mot de nouvelles, je n'ai plus qu'à vous dire que je vous regrette, vous, 1 ! mer et votre solitude.
l'ari.S 31 juillet 1835.
Un chien enrage et un étoufîement, voilà ce qui m'effraye et m'occupe plus que nos misères de Paris. L'hiérophante * est venu nous voir hier au soir ; il avait couru toute la journée et disait ne savoir rien. Les journaux vous tiennent au courant de tout. Demain nous entrerons dans le mois où je dois vous revoir; voilà mon grand sujet de joie et ma consolation. Vous me direz exactement quand vous partez, pour que je puisse vous rejoindre. M. de Noailles ne viendra-t-il pas au nouveau procès? .l'attends ce matin un petit mot devons. Je ne fermerai cette lettre qu'après l'heure de la poste de Dieppe. Je n'ai pas beaucoup travaillé : cette aventure san-