A tiiadarne de Cliateaubriaii
A MADAME H ÉCAM I EK . 3i!>
la fumée qui soil de la rlieiuiîiL-e (ruiie chaumière. Tout se passait de la soi'lc du temps de la Romaine qui découvrit ces eaux. On cherche à relrouvcr le sang que l'on a perdu ; moi, je ne voudrais retrouver le mien que pour vous le donner. Je tâcherai d'achever une saison des eaux, c'est-à-dire vingt jours; après quoi je retournerai vers l'Abbaye, voyant toujours Venise à l'horizon. Je suis charmé que M. Ampère en ait fini et surtout s'il nous reste. C'est par la tombe de son père que j'ai vue à Marseille que je pense à lui. Mes deux maréchaux Oudinot et Bourmont vont me quitter; je resterai seul à penser à vous.
Buurbonnc-Ics-lîaius, 10 juillet 18i;J.
Votre petite lettre si méchante me fait pourtant grand plaisir. Votre colère me pi'ouve que vous m'aimez. J'ai pris les douches malgré moi, poui* tâcher de ne plus arriver à l'Ahhaye-au-Bois comme
ini pauvre vieux malade à qui il ne manque que son bonuol de nuit. Je commence à croire réellement qu'elles me feront du bien. Convenez que vous ne serez pas fâchée de me voir entrer chez vous un peu plus droit que de coutume; quand il n'y aurait que l'apparence d'une résurrection, c'est bien quelque chose. Le malheur veut que je vous écrive le matin en sortant de mes horreurs de bains et de douches. Je suis comme un vieux chevreau, qui, delà corniche d'une montagne, aurait dégringolé dans l'eau. Mais laissez faire encore une semaine de ce traitement, et je n'aurai plus à prendre toutes ces immersions qui, si elles ne me guérissent pas, ne laisseront rien en moi du vieil homme.
Vous me contez gaiement que vous ne voyez plus que des femmes qui ne vous plaisent guère. Moi, j'en suis aux curés, qui m'envoient des framboises : si du moins je vous les pouvais envoyer ! Je vis ici sur mon passé, il n'est question que du Gé)iie du rhrisiiauisme que je barbouillais il y a plus de quarante ans. Allons, il faut que je vous quitte pour aller à la messe à l'hôpital militaire. Je suis trèsen rapport avec ces autres camarades.
l'n . petit mot de ma main, c'est ma signa-
A MADAME RÉCAMIEÎl. 351
ture. Ma main tremble fort du choc de la douche. A Licntùt.
Blois, 5 heures du soir, 20 septembre 18i:{.
Je VOUS écris à mon retour de Cliambord, dans une admiration que je ne puis dire de François I", et dans un saisissement de tristesse tout aussi inexprimable. On ne connaît pas François I" quand on n"a pas vu Chambord. Je retourne demain à Parii ; je suis d'une telle fatigue que je puis à peine dicter ces deux ou trois lignes. Mais quel bonheur de vous revoir à la fin du mois !