LETTRES DE M. DE CHATE AUDRI AN D
connais plus, et qui me rappellent leurs admirations .Mgées de plus de cinquante années, me font fuir la promenade. Ah! si je pouvais me cacher dans quelque auberge inconnue d'un village abandonné ! Ma seule distraction est de corriger le Congrès de Yérone pour le faire entrer dans les Mémoires. .Ii' juge maintenant cet ouvrage sans partialité. C/esl mon vrai litre, comme affaires, à Tavenir, et j'avais vaincu des difficultés bien autres que celles dont M. Tliiers s'était vu entouré. Enfin, avant la fin du mois je vous revorrai; c'est la seule espérance qui me fasse avaler des jours qui me soulèvent le cœur. Quand comptez-vous quitter Chàtenay? Quand serezvous revenue à la ville? Je réglerai mon heure sur la vôtre. On in avait flatté de l'espoir que désormais je n'aurais plus le diable à tirer par la queue. 11 y a bien longtemps que je le traîne. Mais je n'entends plus i)arler de rien.
Adieu, ne m'oubliez pas auprès de madame de Uoiïne.
A MADAME HÉCAMIEU.
NtTÎs, samedi G août 18iî2.
Je suis troublé de votre lettre; elle est injuste. Vous supposez que je cherchais un prétexte dans la santé de madame de Chateaubriand, et je venais de recevoir à l'instant même la permission d'aller vous voir à Maintenon ; mais ne parlons plus de celt(3 bêtise. La moindre contrariété me donne aujourd'hui un tremblement, et je ne puis trouver dans mes pauvres doigts assez de fermeté pour vous ('■dire de ma propre main. Je suis bien malheureux de cette grosse bêtise des journaux', à laquelle heureusement vous n'avez pas cru : mais madame de Chateaubriand, elle, y croira, bien qu'elle ait reçu de moi une lettre tous les jours, et je ne serais pas étonné de la voir accourir ici. 11 me faut bien huit jours pour démêler tout cda, et, s'il n'arrive rien d'extraordinaire, si tout s"cx-
1. Les gaze; les avaient annoncé que M. de Clmteaubriand venait d"<''firouver un arridcnt dr voiture; il n'en étuit rien, heuro.isciueiit.
Sr; LETTRES DE M. DE CHATEAUBRIAND
p}if|ue en paix, je jjaitirai pour Maintenon, où j'espère arriver du 17 au 18.
Mille choses aux amis. J'écrirai incessamment à M. de ^'oailles. 11 m'a écrit, je crois vous l'avoir dit.
Nûris, lundi 8 août Is'ri,
Je reçois votre nouvelle bonne lettre du G, datée de Paris, et je suis désolé de ne pouvoir encore vous en remercier de ma propre main, parce que cette pauvre main, qui commençait à se guérir, est redevenue tout agitée par les inquiétudes que ce misérable article a donné à tous mes amis. Il faudrait, pour se guérir parfaitement aux eaux, vivre sans mouvement de cœur et de tète, et se tenir toujours dans la sainte présence de ses misères; j'ai peur que ce journal n'ait tout gâté. Quoi qu'il en oit, j'irai V3us voir à Maintenon, si vous y êtes en-
A MADAME RKCAMIEU. 317
core; j'y passerai vers le 20. J'attends une dernière lettre de madame de Cliateaiibriand, qui m'arrivera mercredi 10, et d'après laquelle j'écrirai sur-lechamp à M. le duc de Noailles. Vous dire combien j'ai envie de vous revoir, vous devez Timagincr. La conclusion de tout cela est celle que vous en tirez. A mon âge, le grand voyage est trop près pour le rapprocher encore par des absences si courtes qu'elles soient. — Je reçois une lettre de Ballanche. Il a quitté Dragonneau pour l'Ame exilée.
Ncris, samedi matin 13 août lSi2.
Les inquiétudes de madame de Chateaubriand m'obligent à hâter mon départ : je partirai d'ici lundi 15 au soir, et peut-être serai-je à Maintenon mercredi ou au plus tard jeudi matin, et je reprendrai après le déjeuner la route de Paris. Vous no serez plus injuste, j'espère, et vous ne direz plus que
3i8 LETTRES DE M. DE CIIATEAUDRIAND
je ne vous cherche ja-. A jeudi donc 18. J'ai peur que vous ne me trouviez pas au^si guéri que je l'espérais.
Bûurbonnc-les-IJains, i juillet 18i3.
Que vous est-il donc arrivé pour cire devenue si aimable? Encore une lettre de vous, et de votre propre main 1 Je ne puis cependant vous répondre aujourd'hui que par la main d'un secrétaire. Les premiers bains m'ont éprouvé d'une manière plus sen- .'-ible que je ne l'ai dit rue du Bac '. Quant à vous, laites tout ce que vous voudrez. Je n'aime pas trop (■otte mauvaise compagnie que vous voulez aller voir. Mais après tout, qu'importe ce que nous laisons? tout cela passe si vite.
Je voudrais vous dire ce que je fais : je regarde par la fenêtre, je vois quelques alouettes qui montent au ciel en chantant sur des champs de blé, et