‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 34 sur 38 · A GÊNES · texte numérisé non relu

A GÊNES

— Les Génois nomment leur yilie Gènes la Superbe, Si cette qualification ambitieuse doit s'entendre an figuré , vraie autrefois, elle ne Test plus de nos jours. Quoi qu'il en soit , la situation de Gènes est vraiment tris belle , et elle a plus d'un trait de ressemUanoe avec Maples l'enchanteresse. Adossée i de hautes eollines qui la préservent des vents du nord^ Gênes reçoit toute la bénigne influence du midi : aussi la température, constamment douce > permet-elle au sol uo grand luxe de végétation. Aux environs croissent en vergers l'oranger , le citronier, l'olivier ,1e mûrier, autour desquels s'enlace une vigne féconde : l'aloes , le myrte, toutes les fleurs amies des chauds climats s'y plaisent. La ville s'étend en demi-cercle; vuedes jetées du port, et surtout du phare,, elle of&e à l'coil étonné

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un majestueux ensemble d'édifices ; mais tenant ensuite à la détailler , hormis un petit nombre de rues très belles, les autres sont étroites et tortueuses , comme celles de Venise , et ce n'est plus du tout la superbe Gènes.

— Parmi les belles rues de Gènes se distinguent celles dites JVuova, Nuoyissimay et Balbi. La premièi^ , formée des plus somptueux palais, est presque littéralement une rue de marbre. Les édifices publics et particuliers ; au nombre desquels brillent éminemment les palais Doria , Bngnole , Durazzo et Sera ^ sont en général d'une architecture très noble , mais concentrés dans un si étroit espace, qu'on ne peut , faute de jpeculée , en juger sainement l'effet extérieur. Aussi a-t-on dit spirituellement que Gênes est un magasin dévalais : ce mot a de la justesse, parce qu'il peint bien Fentassement le plus incohérent (i).

— ^Les principales églises, San-Lorcnzo (la cathédrale), l'Annonciade (paroisse du roi), San(-Ambrogio et San-^ro, resplendissent de marbre et de dorures* Elles ne sont que trop fastueuses^ aux dépens du bon goût. On dirait qu'on les a faites riches, ne pouvant les faire belles. L'église de Carignan est plus simple et

(i) Cette expreSBion «st de Roland de la Plattère, ministre célèbre , mais auteur peu connu. Roland publia vn 1780, sous le voile de Tanonyme , des Lettres sur la Sut'sse , l'Italie , la Sicile et Malte y 6 vol. in- 13.

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d'un style plus sévère. On y arrive par vih pont coîo»sal qui joîot deux xiollines , eC i^Ms Tarctie dhic^fuel sont des maisons de cinq étages. LVgRse dé Carignan posftèJe \e Sûint'Séhastien, du Pugét. La douleur résignéé^ èj)t merveilleusement exprimée dans cette statue, où le ctseati d'un artiste ^ran^is a travaillé pour une gloire durable. Ce fdt tin litaitre-hotnme que ce I^uget, qu'on peut , à piste titre, surnommer le Micliel-Ange du la France. Voici de lui Un propos qui résume tout un csiractère d'artiste, mile^ ferme, un peu ruJe et altier : « Se me stiU nqUrri, disait-iî, aux grands ouvra- « ges ; je nage quand j'y travaille , et le marbre tremfc ble devant mol . pour grosse que sbit la pièce (i). » — Le palais ducar! , dégénéré de son ancienne destination , appartient maintenant aux oMces dé jtldicature et de poKce du gouvernement sarde. Je suis en • tré dans les salles du grand et du petit conseil , où le doge et le sénat traitaient les ai&ires d*une république qui a subi le soi*t de la triste Venise. Dans la salle du petit conseil un beau tableau dé Solimëne représente h découverte de VArtierujue par Christophe Cëlùhid, Le Génois Côl6rob méritait cet hontieUf dans sa patrie (a).

(ly Le P.Bougerel, Histoire des hommes illustres delà Prùvence y page4i'

(3) Cristopbe Colomb naquit en i443> ^ Savone, suivant tts uns , et suivant d*aulre8 > à Cugnreo , bourg sitoë près de G en es. La ville de Plaisance réclame aussi ceilommc immortel.

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' — VJttergQ dt poveri^ YAsIe et superbe ëdifioe , pourrait s'appeler Paiazzù de' poùcri: A (fiMoibon ee luxe ? 11 est choquant dans un hospice , et c'est là surtout où le mieux est Tenneaii du bien. Toute grande cité doit un asile aux paurres , 'dànë ou «tocal simple, aéré, salubre j mais- il ne but pas élever de monumens à la pauvreté , car on ne peut çuère lui donner ce superflu qu'aux dépens du nécessaire.

— ' P6îvïi de spièôtades éii ce ttioment , Îl cause du jtiUIé (i); rbaiSOn revanche, force procession^ de péfïitens inasqués qfui , An itiatin au soir,' parcourent le» rties eti {)salmodIaQt des litanies. Qn parait être ici "pins dévot que le |)à^)e f ce qui n*empéctie pas la médisance d'aller son train : Mare sema pesùe , uomini senzafede , donne senza vergogna {p), c'est un dicton maficieux des Italiens, au sujet de Gênes. Tout ce qu'il m'est permis de dir^icf Génpiscn, c'est que leur beauté est comparable k celle des Milanaises. Le coquet meziffi^lP^i <i)Yi epVQloppc , âatoa le càchex, leur charmant ?Î8^8f^9 M^se voir ded yetix Sort doux. C'est frand domn^Age si oeà yeuxtU sont perfides.

. rr^ Mpniesquieu n'était pas an pràtey. pourtant il

É ém%.^n v^ra , k la vérité fort peu f et tant mièm

ffoif dç^te. .C9r «^ pr<)M ttst plifs t^Jidè* Parmi aeè

' (ot) Mér sans pêiêsoû , hommes sahs foi , femmes sans pu'^ dcur,. • . • . ... . j

courtes poésies se trouve une satire contre Gènes. Le génie ii^est pas toujom*s poli.

Adieu, Gènes détestable > Adieu, séjour de Plutus, Si le del m'est favoraMe, Je ue vous rererrai plus. ...

II n'est rien de comparable Au plaisir de vous quitter.

Il est douteux que , ainsi qu'on le prétend , tout mérite personnel soit effiicé à Gènes par Téclat de lor, et il est évident que Montesquieu était en veine de mauvaise humeur, quand il lui vint cette boutade. Le pis est que ses vers méchans sont en outre d'assez roéchaos vers.

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