‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 33 sur 38 · A FLORENCE · texte numérisé non relu

A FLORENCE

— Il n'est guère de renomma plus étendue que celle dont jouit la galerie de Médicis : on en parle dans le oobonde entier. Elle est , en effet , bien surprenante par le nombre et la beauté des ouvrages d'art qui y sont exposés. Ne possédât-elle que sa Yénus tant et si justement célébrée , tout ce qu'il y a de cosmopolites y viendrait encore admirer cette divinité de marbre* La Yénus de ^Médicis fait tort aux madones de la galerie ; toutes ravissantes qu'elles sont ; et dans l'inégal tribut de vénération qu'ils apportent aux pieds de la statue païenne et des saintes images de la Vierge , les meilleurs chrétiens pouiTaient être surpris en flagrant dé^t de paganisme.

Décrire les statues , les groupes , les bustes , les basreliefs , les tableaux , les portraits , tous les trésors antiques et modernes rassemblés dans la galerie de Médicis, serait œuvre téméraire , autant que fastidieuse. Il est permis de prôner, mais on ne décrit pas, ou Ton ' décrit mal les compositions des artistes. Celui qui veut les connaître ne les appréciera jamais bien dans des livres; il faut aller les voir là où elles sont ; elles raé-

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rîtent bien qu'on se déplace pour elles , et qui ne les a pM vues o'a que faire d'un catalogue,

— Lai galerie du palais Pitti n'est pas moins merveilleuse que la galerie de Médicis : elle possède , entre autres chefs-d'œuvre , Tincomparable Madonna délia seggiola* Uœil ne peut se rassasier de ce tableau 5 OQ s'oublie dans sacontemplaèion c 4 chaque lÉîiMite , il sensbie que cette 6gujre àn^^iique de la MkkMÉw^ icile qu'une figure animée , «e nuance d'impoearioMS nouTelleSy fugitives oomme k pensée, tuais touAcis exprimant ee qu'il y a de plus pur au monde , ce qœ l'on n'a guère vu rendu an iaèùïe degré sur uœ pbysienomie de femme. On 9 oopié cent fois, cent £bié cneoffe on copiera ee tairieauélonDàofc^ infiruetueux nasm : OB n'a fait , on ne fera qu'une ressemblanœ , une tradoctîen ^ et qu'est-ce q u'iuiib traduction ? Les secrets de Raphaël «ont k deviner. Ce grand beautie lui-même ne copierait point «a Madone , il en eonoevrait une autre ^ il en a conçu vingt qui, -dans I#imps différences , sont toutes êé^s phénomènes de Yart : le génie ne copie point.

Parmi les précieux omemene de la galerie Pitti , le grandiose du style fait distinguer le SaifU^Mopp, de Frs^Bartolomeo deiia Porta. La foagne de Salfsitor- Rosa éclate dans dewx superbes marines, et surtout dans 4a emtfuraéion de CatiUna^ tableau oà ki scène du serment des conspiratenrs est^d-une vigueur titra-

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ordinaise. Cai-lo Dbloe ^ André dd Saito , le Caràvage f AUori I Schidone , sont à.étudier dao» cette ^eiri«* . C'est aussi daii$ le palais Pitti que l'on toit la Fénus de Ganovai objet de tant de critiques et de louanges^ Que oette statue ne soit pas exempte d'a^ « fectatioo et de manière; qufelle donne plutôt Tidée d'une nymphe ou même d'une simple mortelle^ que de b déesse de Cythère | soit } mais c'est au moins une femme bien séduisante. Comme cet arfji^e sait mode* 1er a?ec illusion i Quelle fMerfection de détails i

La critique est abée, et Tart est difficile.

-•r- La fbite'deipaiazt9'vec(^iio est aingulièrement icdiarquabte par sa décoration ardûtectuoale et sculptnrale, d'un effet màle et imposant. Tnente palais^ du mékne style, font à distinguer dans Florence , comme aoelleiites conceptions d'une aitehitecture parfaite^ ment assortie am oon?enances des temps où ils furent construits, temps de féodalité, d'anarchie et de ^uetv res civiles. Ijes palais Siroxai ^ Ricardi , SalvûUi, Ruscellaif vingt autres, ressemblent à des forteresses ;, mais à des Auteresseis où Tart a «u résoudre le difficile problème d'un goût él^gaot aUté aux ur^eooes d'une donnée sévira. Ces palais-citadelles , entremélési de maisons modernes , dont la structure est mieux appnG^ ^iéeaux mœurs actuelles, forment un «contraste unique dans une cité maintenant aï paisible , où rnn ne

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connaît plus des factions que le nom. Le moyen àgè ; ayec ses créneaux et sa force , et le temps présent , avec sa molle civilisation , se trouyeot ainsi matériellement représentés touB<]eax dans la même ville , etcette soi*vivanee de siècles barbares au milieu d'un siècle perfectionné , imprime à Florence un caractère frappant d'originalité.

— Parmi ces beaux palais de Florence , il en est un bien digne d'^tention , quoique plus humble- dans son aspect. J'y suis venu chercher, moins les proportions d'une sage architecture, que des souvenirs rattachés au nom d'un grand homme , souvenirs aussi des âges éloignés , mais d'une époque où s'annonçait déjà brillante la régénécatîon de l'Italie. Ce palais est celui- de BuonaraiUy ce grand homme est Michel-Ange. On désigne en Italie sOus le nom de palazzo toute habitation qui n'est pas trop vulgaire , et certes la maison oik demeura Michel-Ange mérite bien d'être appelée ainsi. Son palais' d<»ic ( puisque palais il y a ) garde encore l'empreinte de la main du maître , quelques restes de peinture et de curieux dessins. • • •

Il y a peu de recherches aussi intéressantes , à mon gré , que celle des lieux où vécurent les personnages historiques. Le plus modeste asile, consacré par eux, obtient sa part de la vénération qu'on leur porte y car il est comme quelque chose d'eux-mêmes. Qui n'éprouverait de l'émotion dans la demeure de Michel -Ange ,

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en parcouraot ce$ chambres gothiques, ojl règne un .^Bii-jour.fQyBtërieux ; eo yoyapt ces sioof^les meubifii des anciens jours; eo songeant que \k méditait cette intelligence créatrice , ce génie de trempe forte qui façonna son siècle à son ima^e ! JSe dirait -p^ pas qu'il reate quelque émanation , quelque subtile parcelle d'un gr^ikd homme, dans la maison qu'il habita?

— Le JPralQ est le rendez-vous habituel des riéhas Florentins qui viennent y ét$l^ le lui^e de leurs équipages. Plus chamfiétre et plus pittoresque que nos Cbamp-l^Jyséess , il serait tout-à-frit digne de ce nom. Le cours de i'Aroo aeoompagne ; pendant Teipac» d*une lieue, de belles allées , les mieux ombragée» qu on paisse voir. Un petit palais qu on nomndie les Cascfne (la laiterie), et qui sert au prince de rendes^ . vous decbasse, occupe le centre de cette promenade, où s'entremélent-agréablement de fi'aîches prairies , et des bosq,uets peuplés de faisans» Maintenant encore (&n de novembre), malgré des matinées assez froides , la verdure se i^aintient et annonce i peine le déclin de l'automne. Un jeune Florentin me conduit parfois au Prato dans son tilbury j mais lassé d'une voiture qui fend l'air, je préfère l'allure àùi modeste promeneur piéton.

J'c»*rais par une belle matinée dans les longues allées i]ui bordent FArno } j'y rencontrai un personnage bourgeoisement vêtu, armé d'un fusil, et escorté de

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plusieurs hommes , pour rabattre le gibier ; il me salua en passant. « Quel est ce monrsieur? demandai- je à Fun de ces hommes. — Ilpadrone , me répondit-il. » Aussi peu instruit qu'auparayant , je m'adressai 2i un autre. — «Oibb/ dit-il , sua altessa impériale il granducat» Le grand duc Léopoid II est jeune encore (i), de taille médiocre , de physionomie peu distinguée. On assure que c'est un prince débonnaire et d'un esprit éclairé. Depuis Léopold I'', de bienfaisante mémoire, la Toscane a presque toujours joui d'une tranquillité que semble lui assigner la nature qui y verse ses dons à pleines mains. Les Toscans aiment leurs princes , et passent pour être faciles à gouverner. • — Une promenade non moins agréable que le Prato est celle des jardins Boboii. Un ciel serein et un soleil doux , la verdure des ifs , des cyprës, des chânes verts, et celle plus pâle des oliviers, me feraient oublier que l'hiver envahit déjâi même la Toscane , si les sommités de l'Apennin , couvertes de neige ^ ne me rappelaient que la froidure s'avance. Les jardins Boboli dominent le palais Pitti et la ville. Du haut de la coliino , où ils Sont disposés en amphithéâtre , Florence et ie Vald'Arno sedessinent'sous un aspect fait pour inspirer fa peinture et la poésie. J'ai eu plus d'une occasiob d'ad-

(i) Né en 1797 y il a épouse, en i8f 7 , Marie-Anne, princesse de Saxe; il règne depuis iSai. ^

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mirer des vues imposantes de tilles et de eampagnes f mais ici plus particulièrement se montrent rintelligence humaine s'appropriant la nature sans lui nuire, et les arts Tenibeilissant sans la dégrader. Charmante cité! cha^rmant pays! Heureuse et belle Florence, puisses-tu restera Tabri des dissensions qui troublèrent ton moyen âge ! Une révolution en Toscane serait un contre-sens.

— Florence a huit théâtres , dont deux seulement méritent mention honorable, le thâtre délia Petgoluj et celui del Cocomero. J'ai vu jouer sur ce devxAtvY As^are fastueux^ de Goldoni. Ce titre offrait une donnée heureuse , qui pouvait être la source d un comique vrai : Goldoni n'en a pas tjré tout le parti possible, et sa pièce est froide. Cet auteur travaillait avec trop de précipitation j bon observateur et bon peintre, maisqui se hâtaittrop d'encadrer des tableaux non terminés.

J'ai trouvé ici deux comédiens remarquables , Mannîet Vestri; ce dernier est un bouffon très intelligent, un peu grimacier : Marini passe pour être le meilleur acteur de Fltalie ^ il a en effet un véritable talent, il entend parfaitement la scène , s'éloigne sagement de l'emphase si commune sur les théâtres italiens, possède une belle diction , et paraît connaître quelques traditions de nos bons comédiens.

Les acteurs italiens ne soumettent en général leur

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jçu à aucui^ règle; ils jouent d'inspiratipD. Il eQ r^r ippiltedii ^^lî^t^jl, mais ausM de Yinipi^M. Ils 6f»Dt«jEr c^os au (]|étestabl?s , s^ivaiit la dÎBppsitiop du ipio^- ^^Dt* Je pesouyiens qu'une jeune et belle actrice f dp^t IfS aoi^ jijf'a édbappé, jouait un jsoU* à Venise dans je ne sais plus quel dran^p. Elle avait un rôjLe très passionné. Elle y déploya tant de chal^r, y mit de tels accens de nature , fut si pathétique et si vraie j qu'elle tira des pleurs de tous les yeui, ^t fopfiit ellemeine ff lacm^. Deux \(mn après» elle fui pitoyaj^le , et 6t rire dans ce .rôle où ^Ue a^ait atjt^pdri mille spectateurs. Ce )our-U elle était appareminent 4ç niauTwe humeur, et le public en eut le contre-coup..

Un des principaux motifs pour lesquels 1^ comédie est mal jouée en Italie, cest queU plupart des acteurs ne se donnent pas la peine d'apprendre l^urs rôles ; aussi le souffleur est-il un personnage iinp9rt«(nt ^ il fait souvent une grande part de la besogne , et Toq n^ s'en aperçoit que trpp.

— J*ai assisté, au théâtre Goldoni^ à un çoipcert o^ s'était donné rendez-vous ce qu on est convenu d'appeler , ici comme partout , la bonne compagnie. La Passerini^ cantatrice qui jouit d'une certaine réputation , a exécuté (car je ne saurais appeler cela chanter) deux morceaux de musique tourmentée par d'interminables rouladoB : vifs applaudissement. Le goù^ actuel est décidément pour le brillante de la voix, au préju-

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dioe notable de rexpresetioQ.» Ces- brdderiès du thÂUt doivent êite employéss «Yiee plus de 'dîtféèrnêfttieht. M*est*il pas* pernus de comparer les itiukides hot^ dé propos aux pirouettes doiit nos da«9èUe« îàeH ttbus , et les unes doisobI 'elles pn aussi insipides^ que tes àu-^ très? Tout sentiment Traî se troirve étouffé dans Pentiissement de fleurs artificielles dont un orateur enveloppe ses discours : il ea est ainsi des-fioriturê musiea' les. Un violoniste habile venait de déployer dans des variations une rapidité d'arehiét qiii tenait du prodige.

« Ce qu'a fait ce virtuose est bien difficile, dit un dUet-

tante. — Que n'est-ce impossible ! répondit un amateur .» Je suis de t'a vis de ce dernier (i).

— Ai^tîstes, qui Voulez contempler la belle Florence som l'un de ses aispects les plus pittoresques , vous potttrz aller Vous placer sur son pont de marbre bfanc ^ ttrais Vous serez mieux encore ^ croyez-moi, sur le pont dètlit'Catttja. il faut vous y rendre sur le soir ^ à Théute qui n^est ni' nuit ni jour , quand le soleil ya disparaître à l'horizon. Alors et de là, les palais ran^ jjës en ligne le long du quai de la Trinité, charmeront TOtré vue j les maisons qui , de Tauti'e coté , baignent dans FAmo, Kembfetont se mirer cdmpIaisamvUent daûs lé fleuve {taisibfé, dont londe étîùcellera clés

(i) Grëtr; rapporte cette anecdote dans ses Mémoires, et attribue lé motaubkron de Gieich^n, ministre deDanemArck.

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derniers feux du soleil. Un dernier pont de stroctare tris originale*, et la verdoyante colline de San-Miniato y occu|»ent le fond de la scène , que domine la haute tour gothique du Palais-Vieux. Cet ensemble d'édifices, de ponts, de yerdure , d*un beau de! et du poétique Arno , compose un délicieux tableau.

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