A TURIN
— Cette capitale du Piémont est blitie ayec upe remarquable symétrie. Des rues alignées au cordeau , et coupées à angles droits ;. plusieurs grandes places bien carrées , et bon ncMubre de beaux palais; des por«> tiques |. ornés de boutiques élégantes ; une promenade publique , qu'on nomme le Falentin , agréablement plantée sur la rive droite du P&5 presque partout un air d'aisance, et même de luxe; et pourtant, malgré tant d'avantages , Turin captive peu les étrangers. Cette ville es% sitôt vue, presque d un seul coup d'oeit ; et puis son extrême r^ulaiité, qui frappe d'abord,
/fia L£ CAHIER DE CROQUfSr
tarde peu à paraître monotone. Dès qu on a examiné la place royale, les rues du Pô , de Sainte-Catherine., et la rue Neuve; deuf ' ou trpîs églises, notamment celle de ia Superga , qui est le Saint-Denis de Turin 5 le tbéfttre royal y celui de Cangnan j. et la s^dUe à*Angçr^ne^i dès qu on a vu tesohoises (et tcois joucri y aH& SiÇDt) , il n'y a plu^ gUère quâ de TaiiBrui k trôttV€v
dans Turin j çt yuilii Q99tHie '
Le beau peut quelquefois urètre pas amusant.
— Cette ville possède la curieuse collection d'antiquités égyptiennes, connue sous le nomdeMusée-Drovetti . l£, gouvernement français Ta laissée -éokapper , faute d*y mettre le prix ^ le roi de Sardaigne l'a acquise. Il est vrai que le roi dé Sblrdaâgne n'est pas un monarque constitutionnel , et les rois absolus ne marchandent-point^ ils û'bM pas de ccttnptea à rendre.
-•*-»! J:e ne sanrais. quiMer l'Italie , saa» coiislgnef îcî une remarque essentielle. Tant pis si eUe sent un peu la. diatiiibej te n'est fias ma fante i amusa ^Deritos;
On setromperalt fort si l'on pensait qu'il n*y a qoèdè l'agrânent k attendre d'un voya^géen ee pàjf s. Là. ^libe •t lAs douanes 8offse»C p(^t éê8tA>tmt de tiétte itiu* nnàif et. lesctMitrarlétéswins nombre qù'ellës^fônt subir lâisèt^aiiRil la patiencf de VbMÈiae te pin^ ftilè^ hiatiqiM. A Milati , dh je ptfétttt trds seittâÂie^ , il' me falitd €ompai*attre cinq feîs â^nt les bteii*etiux de la po-
LK GAniKR DE CROQUIS. 4*3
lice , pour des formalîtés vétilleuses ^ qu'il convient de nommer de vëriUbles tracasseries : il est vrai qu'on se tCQUTe ]i en contact avec la poHoe autrichienne ; j'ai dé\k eu roccaaion de la vanter dane mes notes sur Trieste.
En quittant Naplespour revenir à Rome , je croyais n'fivoirqu'à faire joindra un acolyte aui innombrables visa s dont une route de mille lieues avait déjà enobm'bvi mon passerport françaîa^ mais on ne procède pas ainsi k Naples. Bon gré mai gré, il me fallut prendre un p«^se-p<tft napotitaia , que je payai deui d|icats , et qui n'était valable que pour vingt-quatre heures j en sorte que si je ne fusse pas sorti iiknmédîatement du i^yaume de S. M. tiapoUtaine , il m'en e4t coûté deux ducats /
de plus. A Terracine , les préposés à qui j'exhibai ce ' passe-port, voulaient le retenir } « Oh ! pour le coup , leur dis- je , non , vous ne Taurea pas^ |e l*ai payé assez cher pour avoir le droit de le garder. »
La douane ne cause pas moins de désagrémens que la police. L'Italie étant un composé de plusieurs petits gouvernemens , on ne peut faire plus de vingt lieues sans rencontrer des nuées de douaniers qui as* saillent le pauvre voyageur, à-peu-pris comme des corbeaux affamés tombent sur leur proie. On se débarrasse, il est vrai, de leur importune visite, moyennant quelque monnaie 5 mais c'est encore un autre abus. Che voleté^ signer? e il nostro dovcre, me di-
4l4 LE CAHIER I>E C&OQins.
sait ^n doiupicr $ eu me teedattt: la. vbom. J'aurais p crdtt jaacm tem^ "si ^e liiiîr««Mft remdBtTé <{ite sent devpk^ailcb-imr. la viaîle, et non pas de mendier. Je hà doiiaait;iiv& petite pièce d'argent » et la irisite n'eut paa-Ueu.
Ajê nombre des déplaisirs qu'on éprouve en Italie iL&ofe cQSEqprter le désagrément de payer tout bien audelà de sa valeur, et fTétredniié dan&la plupart des relations qu'on a avec les gens du pays. C^oimMeorte de privilège négatif, inhérent i la qualité àejbrtstiere ( étranger ). Les Italiens de la classe mercantile ne sont pas fort scrupuleux , et comme en outre ils sont rusés , on a beau se tenir en garde contre leur adresse, elle passe presque toujours la prévoyance la mieux calculée. Généralement parlant , hi supercherie est radicale au fond du caractère italieb; un joli adage fait ici autorité :
Gon arte e con ingaono Si vive mezzo i'anno, Gon inganno e oon arte Si vive Taltra parte ( c).
Indépendamment de ces misères, de ces exactions , qui fatiguent le voyageur, il y a bien encore quelques désappointeroens auxquels il doit s'attendre 5 mais de
(i) Oû vit là moitié de Tannée avec Tartifice et la tromperie, on vit Pantrto moitié avec h tromperie et TiiHiflce.
viv/es jouisMDces les font tolérer 5 et, tout compensé, le« beautés naturelles du pays , et ses trésors intellectuels » sont un voile jeté sur les torts dé ceux qui gouvernent si mal un si beau pays. Tous les démens de bonheur sont en Italie ; si le bonheur n'y est pas , estce aux peuples qu il faut s'en pr^dre? Il serait barbare de reprocher aux Italiens les tocts de l«t«rr c^presseurs. •