ENTRÉE EN ITALIE
Sahre, magna pareai frugum, Salumia teUviù Magoa Tirûm!
VxBGxi.. Géorgie, L3>. II.
O terre de Satunie ! 6 doui paja ! beaa ciel ! I«ieax où chanta Virgile, où peignit Raphaël! Terre dont rien jamais n*a iorpassé la gloire , Crande par les béai» arts , reine pa^ la victoÎTa, Sans respect, sans amour, qai peut toucher tes bords? SAUfT-ViCTOR f Le Voyage du Poète.
Je venais d'explorer pour la seconde fois les cantons suisses : Timpàtience que j'avais d'entrer en Italie pouvait seule atténuer mon regret de quitter le séjour pastoral des Hautes- Alpes. Je voulus parcourir à pied les quatorze lieues dont se composent la montée et la descente du Simplon, depuis Briegg, dans le Valais , jusqu'à Domo-d'Ossola , en Piémont. Je
2 EJfTRÉE EN ITALtE.
pus contempler ainsi tout à loisir ce chelîiin merveilleux qui signale à chaque pas la puissance (kl ^niè de Thoname.. J'allais donc enfin loucher l'Italie , l'Italie tant rêvée dans ma jeunesse. A Rapproche de cette terre promise^ mon coeur battait avec plus de force, j'étais comme dans l'attente d'un grand événement.
Au débouché des gorges sauvages du Simpion s'ouvre tout-à-coup la riante vallée d'Ossola, parsemée de maisons de plaisance dont le genre de construction caractérise déjà le style italien. Ce fut à Domo-d'Ossola que j'ent««di5 les premiers mots de la langue italienne : i5^^^/2^r^, datemi quaîche piccola cosa^ medit^avec son mauvais accent piémontais, UD mendiaHt qui tendait 6a dextre d'une manière hunnable et ^iginÊfîcative. Je comcpris que j'étais «n Italie.
Utie sensation viv^ «n'attendait au Lao-Ma»jeUT. Quel contraste! Sor le Simplon , la veillé, la neige toml:>ait, j'étais traxxsi : j'aborde auat Iles-Borroméeis ; j'y trou»ve i»c température bénigne ; je vois des arbres et des plantes tu*
digèaes des contrées les plas mériflionales ; je me promène sous des allées de citronniers couverts de fruits et de fleurs : transition vraiment magique!
V Isola-^BeUa est uue féerie. L'art a vaincu la nature ; mais peut-être la jnatore n'est-elle ici que trop déguisée sous. un confus amas d'ornemens qui ne sont pas tous de bon goût. Quoi qu'il en soit, l'ensemble de llle- Belle réalise nos plus fantastiques décorations d'opéra : on croit voir les jardins aéri<>ns «de Sémiramis, le palais enchanté d'Armide. L'in* teneur de l'habitation répond à la magnificence extérieure. Une précieuse oollfK^tion de tableaux donne au voyageur un â^rant<-gout de^ plaisirs qui l'attendent en ce genre dans la mère-patrie des beaux^arts. Au re%-de-çhaussée du palais, presque à fleur d'eau ^ je remar* quai un appartencient entièrement incrusté de mosaïques encailloutagesysimuUAtdes grottes fraiclies^ voluptueux abri contre Vardçur de Tété. Tout ce qu'un luxe rafEné a pu imaginer d'ingénieux se trouve réuni dans ce casin de l'opulente famille Sorromée*
4 KWrniiE EN itÂLlK.
* A l'Isola-Bella , toute belle qu'elle est, jfe préfère de beaucoup V Isola-Madre. Décorée avec moins d'apparat, moins surchargée de colifichets, elle n'en a que plus de charmes. L'art s'y dérobe davantage; une champêtre élégance y donoine. Là s'applique avec vérité ce vers du chantre des Jardins :
C'est mieux que la nature , et cependant c'est elle.
On iàimé à égarer ses rêveries sous deà bocages ôdoriférâns qui n'accusent point là, mairi de l'homme. L'Ile-Belle excite Tinàiagination, l'Ile-Mère émeut le cœur.
Une troisième île, celle AiXeàts Pêcheurs^, h'est qu'un village entouré d'eau.
Jean-Jacques Rousseau avait e4i la pensée de placer la scène de son roman au Lac-Majeur :
«Je songjRai long-temps, dit-il, aux Iles-Borr a romées^ dont l'aspect délicieux m'avait trans- (< porté; mais j'y trouvai trop d'ornement et « d'art pour mes personnages (i).» Jean-Jacques fit bien, ce me senible, de renoncer à Ce
(i) Confessions , livre IX.
KNTRKE £rr ITALIE, 5
deçseip ; la nature un peu coquette de ces îles eut mal sympathisé avec la simplicité d'action de la Nouvelle Héloise. Le Léman, Vevay, Clarens , Meillèrie , paraissent avoir été formés exprès pour une J,uUe d'Et^nge;.
Rousseau avait aussi manifesté l'intention de décrire ces îles charmantes qu'il avait visitées, en 1743, lors de son retour de Venise: «J'eus « durant toute cette longue route , écriyait-il , «de petites aventures à Corne, en Valais, et « ailleurs; je vis plusieurs choses, entre autres « les Iles-Borromées qui méritfsrpient d'être « décrites, mais le temps ma gagne,., etc. (i).» Combien n'est-il pas regrettable qiie Rousseau ait abandonné ce projet ! Celui qui peignit si délicieusement l'île dé Saint-Piçrre en Suisse nous eût offert le plus gracieux tableau de?
îles du Lac-*Majeur.
La petite ville d'Arona, sur la rive droite du lac, s'honore d'avoir donné le jour à saint Charles -Borroraée; il y naquit en i538. J'ai gravi une colline que surmonte la statue cé-
(1) Confessions^ livre Vil.
6 ENTRÉE EN ITAtlE*
lèbre du patron des Milanais. Ce colosse, com-^ posé de bronze et de cuivre battn , n'a giiér& de remarquableque sahaateur qui est décent dit pieds, y compris ie piédestal. On monte dans la tête du saint, à l'aide d'un escalier iùr térieur. Je ne me suis pas donné le plaisir de in'àsseoir dans la cavité du nez de saint Char-^ les , coHime on assure qu'on peut le £3iirè.
Le lendemain j'étais à Milan.
La première nuit que je passai dans la ca« pitale de la Lombardie, je fus doucement réteille par les préludes d'une sérénade qui se donnait près de mon hôtel :« Oh! pour le coup,, É3ie dis-je avec transport et jouissant de la sérénade comme si elle e^l été donnée pour moi, oh! pour le coup, je suis bien en Italie! Voilà ces aimables concerts nocturnes, ingé* nieux langage de l'amour ! sans doute la femme honorée de cette courtoisie n*y est point insensible : sa jalousie s'ehtr'ouvre légèrement ;, une jolie main blanche se montre et remercie le galant chevalier. Heureux peuple, chez qui la mélodie exerce tant d'empire , promet Toubli des maux, ajoute son prestige aux autres
KNTRfiE KW ITALIE. 7
ittusions , donne un sentiment de plus à Texistence! »
Je sus que cette musique impromptu qui in'aifait tant charmé était une galanterie d^un jeune Anglais qui, épris d'une beRe Milanaise, lui offrait souvent de pareilles aubades à l'Italienne. J'ignore sî Famoureux Breton eut le prix de ses tendres soins ; ce qull y a de certain, c'est que les dames de Milan se tiennent rarement pour offensées des hommages de leurs adorateurs. O coquetterie* tu es une langue universelle pour tout le sexe féminin. Au surplus, je dois ajouter ici que celte sérénade fut presque la seule que j^entendi& en Italie. Il n'y a pas non plus autant de concerts ambulans qu'on le suppose communément, si ce n'est pourtant k Venise, où l'hai^ monie des voix et des înstrumens retentit chaque soir dans les cafés de la place de Saint- Marc.
J'aimerais à décrire Milan, cité opulente et très animée , qu'on nomme le Paris de l'Italie. Je m'étendrais en détail sur ce Dôme somptjueux ( la cathédrale ) que 1^ Scamozzi définit