‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 5 sur 38 · ENTREE EN ITALIE · texte numérisé non relu

ENTREE EN ITALIE

Un monte traforato di marmi (une montagne de marbre taillée à jour ), et sur d'autres églises enrichies de belles peintures à fresque ; sur le palais de Brera^ et sa magnifique galerie de tableaux; je pourrais, tout comme un autre, assembler de verbeux commentaires

sur la fameuse CénCy de Léonard de Vinci, et sur les seize colonnes antiques deSan-Lorenzo; il ne tiendrait qu'à moi de compiler le catalogue des manuscrits de la bibliothèque ambroisienne; puis, à l'aide d'une transition plus ou moins adrpite, j'arriverais ^ux deu3^ grands théâtres ^(^//a «Sca/a et délia Canobbiana y sems oublier les célèbres marionnettes de Girolqmo délia Crenay dont les acteurs de bois représentaient une tragédie de JSéron^ de façon à ne pa> laisser regretter nos doublures de la Comédie Française; mais, sitôt que je sens la démangeaison des longues descriptions, je suis soudain interloqué par ce vers de Voltaire , qui me revient dans la mémoire:

\a secret d'enpuyer est celui de tout dire.

ile parlerais surtout avec complaisance des clames de Milan , si accortes , et d'une tour-

KNTBÉE hf( ITALIE. 9

nure si engageante; j'exprimerais une vérité, eii assurant que la plupart des Milanaises ont de beaux yeux , qu'un grand nombre d'entre elles les ont admirables, et que ces yeux brillent d'une flamme communicative ; je tâcherais de peindre l'alliance bizarre de l'amour et de la dévotion , les rendez-vous dans la jolie église de ^aint- Fidèle, à l'heure de Y^î^e Maria; les signes variés de l'éventail, langage muet fort éloquent pour qui sait l'entendre; mais il y a des souvenirs qu'un voyageur discret et sensé doit savoir garder in petto.

Durant mon séjour à Milan, je fis deux excursions , l'une à Pavie , et l'autre au ]aç de Côme.

L'université de Pavie est une vieille célébrité déchue, comme tant d'autres célébrités ; elle fut fondée par Charlemagne. La ville est déserte et 1 ris te ; elle a cela de commun avec vingt cités autrefois florissantes de l'Italie. Croître, dépérir et disparaître , tel est le sort des choses humaines, comme celui des hommes eux-mêmes. La chartreuse renommée de Pavie est à une lieue de la ville. L'église de ce couvent

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est d'une richesse qui étonne. Des chefs-d'œu^ vre de la sculpture et de la peinture à fresque la décorent; de superbes mosaïques, les marbres les plus précieux , brillent sur tous les autels ; plusieurs même étincellent de pierreries. Le tombeau du fondateur Jean Galeas Visconti, premier duc de Milan, est admirable de ciselure. E^ le luxe inouï de ce fastueux édifice fut consacré à des chartreiiji] et il est isolé , comme perdu en rase campagne , sans autres spectateurs que quelques étrangers , et des paysans qui y viennent le dimanche, pour assister au service divin !

Une alerte que j'eus le isoir , auretour, servit

d'épisode à ma course de Pavie, On m'apprît qu'un meurtre avait été commis la veille. La route était échelonnée de sbires; précaution tardive. A Milan on ne savait rien de cet événement. On ne fait pas grande attention à ces sortes de choses : Questo succède sîspessOjYous dit-on. Je me demande à quoi servent une armée autrichienne, et la police la plus méticuleuse qui fut jamais.

De tous les lacs d'Italie, si diversifiés de

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formes et d'aspects , celui de Corne est sans contredit le plus beau, sans même en excepter le Lac-Majeur. La nature s'y montre à la ibis imposante et suave. On s'y sent vivre ; on y goûte un bien-être consolateur.Lady Morgan, d'ailleurs si souvoit partiale et à côté du vrai, a fort bien décrit le lac de Corne , et les im^ pressions aimables qu'on y éprouve.

J'abordai à la viUa et Este que le séjour de la feue reine Charlotte d'Angleterre a rendue célèbre. Le palais me parutassez mal entretenu. Mon guide me fit voir une très jolie petite salle de spectacle. On ne montrait pas tous les appartemens^ sans doute par crainte des commentaires.

Je visitai la villa Pliniana , qui réunit le double attrait d'une situation extrêmement pittoresque et du souvenir antique de Pline-le- Jeune qui l'habita. lia lettre où cet écrivain nous en a laissé une description est gravée en latin et en italien sur deux tables de marbre. Il est peu certain que Pline ait été propriétaire de cette habitation,bien qu'ilfût deCôme, ainsi que sa famille : quelques uns ont pensé

la EBTTRBE £ff ITA.LIB.

qu'elle était ; la demeure d'un de ses amis. Sous i4i|i charmant portique^ ouvert sur le lac, se voit une source intermittente qui a la même périodicité que du temps de Pline. Au surplus, il ne subsiste à la Pliniana aucun vestige d'antiquité : l'habitation est vieille, et non pas antique.

Tandis que la barque glisse sur les flots paisibles du lac de Côme, l'œil charmé découvre dans chaque baie, au détour de chaque promontoire, les sites les plus champêtres , les réduits les plus riants. Les rives boisées^ les maisons de plaisance et leurs jardins, se dessinent délicieusement dans l'azur de l'onde. Les montagnes qui ceignent le lac sont les derniers échelons des Alpes; mais elles n'en ont plus la sauvage austérité. Leurs formes arrondies et verdoyantes ne surprennent plus l'imagination par le grandiose , mais la captivent et la touchent par le calme de leur aspect. On a fait un si grand abus du mot romantique , qu'on n'osera bientôt plus l'employer, et pourtant celte expression sied à caractériser le lac de Côme. Quiconque aura, dans la disposition

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fl'esprit où je me trouvais )Alors, navigué comme moi sur ce lac enchanté, par une belle soirée de septembre, et secondé'par un zéphyr frais et pur, comme moi sesouviendra toute sa viede quelques heures si doucement remplies.

Il est donc vrai , je suis en Italie ! Je verrai Venise, Florence, Rome, Naples, ces villes si renommées ! Oui , un tel bonheur m'était dû , en dédommagement de tant d'espérances trompées,

Italie, objet de mes vœux, Je te dois un pèlerinage, J*ai besoin de ton sol heureux Qui du passé garde Timage.

lÀ, peut-être, sous un doux ciel Qui sourit comme l'espérance.

Dans le Panthéon solennel.

Ou sous les myrtes de Florence ;

Soit qu*B Tibur, â Tusculum, J'évoque des sons prophétiques; Soit que des murs d*Herculanum Je sonde les débris antiques;

pu du golfe napolitain Effleurant la vague docile, Soit que ma barque, le matin, Abordé au tombeau de Virgile i

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Tant de souvenirs glorieux Doivent régénérer mon ame, tJn soleil toujours radieux Doit in*électriser. de sa flamme.

De Milan je me rendis à Venise. Le lac de Garda, Vérone, Vicence, Padoue, m'arrêtèrent peu, tant était vif mon désir de contempler ^a reine de l'Adriatique.

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L^ÉOLISE

ET

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