‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 100 sur 134 · DEUM ADIIT. HOC TE SCIRE VOLEBAM. ABI ET VALE · texte numérisé non relu

DEUM ADIIT. HOC TE SCIRE VOLEBAM. ABI ET VALE

ANN : DOM. MDIX. JETXT. SVJE. U. S.\CR;t: MILITI.IÎ

Près de cette église s'élève un petit édifice élégant appelé la chapelle Emilienne du nom de son illustre fondateur. Larchitecte Guillaume Bergamasco lui a donné une forme ronde en manière de Panthéon. Il est d'ordre corinthien et le style en est si correct et si gracieux qu'on la comparé au temple de la Sybille et à d'autres ouvrages classiques de l'architecture ancienne et moderne.

Embarqués de nouveau sur notre gondole nous cinglâmes vers la grande île de Murano, où naquit l'illustre famille des Vivarini, qui a si bien mérité de l'art chrétien et qu'on peut regarder comme la xéritable mère de la peinture catholique à Venise.

L'ile de Murano renferme encore les manufactures de glaces, de cristaux et de perles qui firent jadis la renommée de l'industrie vénitienne; mais lesdeux premières sont bien déchues et ne pourraient aujourd hui soutenir la concurrence des fabriques de France, d'An-

gleterre ou de Belgique. Les Vénitiens apprirent 1 art de la veirerie des Grecs, qui avaient reçu de 1 antiquité la tradition de ce travail Les manufactures, au nombre de trois, de grosses perles coloriées, ont conservé mystérieusement le secret de cette fabrication brillante, qui permet à la médiocrité l'éclat et le luxe apparent de la richesse. C'est dans ces fabriques que les peintres Vivarini travaillaient ces belles verreries qui ornent les croisées de plusieurs temples de Venise.

L'historien du commerce de Venise (*) cite un manuscrit de la bibliothèque Nani, où étaient expliqués les procédés de l'art de polir le verre, de le dorer et de le peindre à Ihuile. Il ajoute que dans l'église des Dominicains à Trévise, il y avait un Crucifix peint sur verre et qui portait la date de 1 177 ; ce qui prouverait que cet art était connu des Vénitiens, trois cents ans avant lepoque où les Allemands se vantent de l'avoir inventé. Qu'on juge par \h des bénéfices immenses que les Vénitiens durent réaliser duiant cet intervalle, dans une branche d'industrie oii l'objet \'endu tire toute sa valeur de la main-d'œuvre et dont la consommation s'accroît encore par la fragilité des objets. Tiraboschi dit que les premières peintures qui parurent sur les vitres des églises furent du temps du Pape Léon III, qui couronna Charlemagne en l'an 800.

Murano possède en outre de belles églises parmi lesquelles on distingue celle de saint Donat. Ce Dôme est dune architecture grecque-arabe du douzième siècle : le jiavemcnt du temple est incrusté d'élégantes mosaïques de la même époque et dix colonnes de marbre grec soutiennent la nef. Les peintures sont intéressantes .- une demi-lune représentant la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus, est un ouvrage distingué de Lazare Sebastiani. Une mosaïque de la Vierge parait ])resque aussi ancienne que le temi)le. La descente du Saint Esprit dans le Cénacle, par Marc Vecellio. est d'une expression fort heureuse.

{*) Sloria c'i\ilc c iioliiica <lcl ciiiniiKticio ilc'N (Mie/.iaiii di (iarlo Aiil- .Marin, tmiio III. lih. 7>.

KGLISE DES SAINTS PIERRE ET l'Ai I, 395

L'église (les Anges intéresse les visiteurs étrangers par les peintures de sa voûte. Au milieu on voit le couronnement de la sainte Vierge, entouré de trente-quatre compartiments oiïrant des figures d'apôtres, de prophètes et d'anges : ouvrage célèbre de Pierre Pennacchi.

Le sanctuaire dédié aux saints Pierre et Paul possède d'admirables |)eintures ; la sainte Vierge sur un trône avec l'Enfant Jésus et quelques saints, ouvrage digne des Vivarini ; la sainte Vierge et le doge Barbarigo à genoux, grand et célèbre tableau de Jean Bellini.

L'Assomption, par Marc Basati, brillant artiste grec qui fleurit au commencement du seizième siècle, produit un effet magique.

En parcourant ainsi Venise et ses îles environnantes, on doit se convaincre aisément que cette capitale n'est pas seulement extraordinaire par son origine, son développement gigantesque, sa position géographique et son mode de construction, mais encore par l'immense quantité d'objets d art curieux, grandioses ou sublimes, qu'elle renferme. Mais si Venise est si intéressant sous le rapport physique et matériel, il ne l'est pas moins lorsqu'on l'envisage sous l'aspect moral et politique. 11 n'est pas rare de voir de grandes émigrations de peuple inonder un pays, en changer entièrement la face et ouvrir à l'histoire une ère nouvelle, mais qu'une poignée de fugitifs, jetés sur un banc de sable de quelques centaines de toises d'étendue, y fondent un état sans territoire ; qu'une population nombreuse vienne couvrir cette plage flottante, où l'on ne trouve ni végétation, ni eau potable, ni matériaux, ni même terrains pour construire: que cette même po})uIation s'empare du sceptre delà mer pour commander en souveraine et pour se faire redouter du reste de l'Europe pendant bien des siècles: que ce pygmée devenu un colosse s élève à l'apogée des arts, des sciences et métropolise le commerce du monde en sa faveur, voilà, sans doute, un développement du génie de l'homme, digne d'admiration, disne des méditations de l'observateur savant et philosophe.

Déjà les étoiles scintillaient au firmament, la lune mêlait ù leur clarté rharmonie de sa douce lumière, lorsque notre gondole nous ramenait à la belle Venise. Le silence qui régnait autour de nous, l'aspect oriental de saint Marc et du palais ducal, ont à cette heure quelque chose d'enchanté, de mystérieux, et la blanche clarté reflétée sur la mer et le palais de marbre contraste avec la noire gondole qui glisse solitaire au milieu des flots.

En approchant de la ville, nous entendîmes une belle musique militaire qui exécutait avec une étonnante précision plusieurs morceaux d'harmonie sur lapiazza di san Marco. Le merveilleux ensemble qui caractérisait cette troupe était tel, qu'il nous eut assurément surpris, si nous ne nous fussions souvenus que, pour ce qui regarde la musique, la nation allemande surpasse toutes les autres nations pour linstrumentation de ses compositions et par l'aplomb qu'elle met à les exécuter.

Débarqués à la piazzelta, nous nous dirigeâmes aussitôt vers la place saint Marc. Nous mêlant à la foule accourue de toutes parts, nous fûmes alors agréablement surpris à entendre jouer l'Eldorado et la Filomela, délicieuses compositions émanées du génie du célèbre viennois Strauss, qui répand tant do boiles idées musiculcs dans le monde.

Venise, samedi \ 3 juin.

Viderai Adriaeis Venetani Neptunus in uiidii Slare urbeni et tolo dicere jura mari.

Sanna7.\r.

Après avoir pris le repos nécessaire, nous continuâmes de bon matin nos visites aux monuments des arts.

En 1554, Venise fut plongée dans le deuil par la mort subite de son doge Marc Antoine Trevisani. Cet homme vertueux était agenouillé devant le saint tabernacle dans l'église de saint François délia Vigna, quand ce coup fatal l'enleva à la république, qu'il avait gouverné avec tant de sagesse.

L'épitaphe, érigé dans cette église à sa mémoire, lui rend l'éloge qu'il a si bien mérité :

MARCLS AMOMl S TUEMSANIJS PRINCEPS INTEGEURIJLE VIT/E ET PA- TERNA VIRTUTE, AC GLORIA SEMPER CLARUS ; OMNIBUS HONORIBUS EGRE- GIEPERFUNCTIS, APATRIBIS, INVITO IPSll'S GENIO. PRINCEPS COOPTA 1 1 S , CLM ANNL'M REMP. SANC.TE GLBERNASSEI", RELIGIOMS AMANTISSI.Ml'S, nUM S.\CROINTERESSET, NLLLA .EGRITUDINE, FLEXIS ANTE ARAS GENIBUS, IN GREMIO PATKl.M MORIENS, MIGUAVIT IN C/El.LM BEATISSIMUS MDI.V I OC.TOBRIS .

Cette belle église, dont l'architecture est de Sansovino, renferme grand nombre de bonnes sculptures. La chapelle Giustiniani est un des plus brillants monuments de l'art au quinzième siècle ; les auteurs en sont inconnus. Les statues de saint Jean, de saint François d'Assise, de saint Roch et de saint Sébastien sont des chefsd'œuvre de Vittorio.

Dans le jardin du couvent des frères mineurs, desservant cette église, se trouve un petit temple à l'endroit même où saint Marc, allant d'Aquilée à Rome, s'arrêta et entendit de la part d un ange ces paroles : <t Pax tibi, Marce Evangelista meus. » qui font la devise des Vénitiens.

L'église de saint Sébastien est remarquable par les belles peintures de Paul Véronèse. Une des mieux conservées, c'est le repas de Jésus-Christ chez Simon, le pharisien , grande composition jileine de vigueur. L'histoire d'Esther et de Mardochée, en trois compartiments, aujourd'hui très endommagée, excita une telle admiration qu'elle valut à son auteur les plus honorables commandes du sénat Afin de préserver l'œuvre de Paul Véronèse, un décret du conseil des Dix avait interdit à ceux qui le copieraient de dresser des échafaudages et leur ordonna de travailler à terre. Le grand artiste est enterré dans l'église couverte de ses superbes peintures. Au dessous du buste on lit :

PAULO CALIARIO VRIlONENSI PICTORI.

NATl'R/E .EMl'LG, ARTIS MIRACULO, SUPERSTITE SATIS PAMA VICTURO.

L'épitaphc porte cette inscription

pAi'i.o <;ai.imuo vi:ito.\. Picroiii (;i:i,i:in:iu!iM()

i n.n ET BENEDIC. FIlATER PIENTISS

I I Mltl POMFRISQIE. DECF.SSIT \M KM.IMV M\ll

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