‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 99 sur 134 · CUS S. R. E. CARDINALIS CORNELIUS, MAXIMI · texte numérisé non relu

CUS S. R. E. CARDINALIS CORNELIUS, MAXIMI

CULTUS MINIMUM AIU.UMENTUM DICAT

Dans ces siècles de foi, Venise aimait à célébrer les cessations de pestes en consacrant par de superbes monuments publics les témoignages de sa vive reconnaissance envers Dieu. Ce fut alors qu'on vit s'ouvrir de nombreux asiles aux pestiférés, aux orphelins, aux enfants trouves et à toutes les misères humaines. Si de nos jours la reine de l'Adriatique est déchue de sa sj)londeur, la charité chrétienne lui reste et ce di\ in tlanibeau, qui répandit un si doux éclat sur les temps de sa prospérité, embellit encore aujourd'hui d'un noble reflet, les débris de sa grandeur passée. Il est consolant de contempler cette gloire (]u'on n'a pu lui ravir. Honneur donc à la religion catholique qui seule a su inspirer et conserver ces belles institutions!

Venise, vendredi 12 juin.

Illam boraincs <]icp$. hanc posuisse deos. Sa>cnazar.

Nous partîmes ce jour de grand matin du port de la piazzetta pour nous diriger vers l'ile charmante de saint Michel in murano. Un air calme et pur régnait sur les lagunes ; une douce fraîcheur a succédé aux chaleurs accablantes des jours précédents. Notre noire gondole, glissant sous le pont des 5oi(pir5,poursuivit sa course à travers une multitude d'étroits canaux. Sortis de là, nous entrâmes en mer et bientôt nous fûmes débarqués au but de notre excursion.

Un couvent de capucins avec son église constitue toute l'île de saifU Michel. J'aime ces flots des lagunes, où ne s'élève point d autre édifice que la maison de Dieu et l'humble demeure de religieux dévoués à son service. Du sein de ces humides solitudes un cantique de louanges et d'amour s'élance à toute heure vers les voûtes du ciel ; et quand chaque étoile sur l'azur du firmament célèbre la grandeur, la magnificence du Créateur do l'unixers, chacune de ces îles semées sur l'azur des flots joint sa voix à l'hymne des astres dans le concert éternel de la terre, de la mer et des cieux.

Ce beau couvent appartenait jadis aux Camaldules. C'est là que se rédigeait alors la Raccolta coîogeriana, espèce de journal qui a

puissamment contribué a conserver le goût des études sérieuses en Italie. Là aussi, dans la riche bibliothèque, se conserve le précieux monument géographique de Fra Mauro^ fait à la main et orné de miniature. On frappa une médaille en son honneur a^•ec cette légende :

FR.\TER MAIUI'S SANCTI .MICHAEI.IS MORIANENSIS DE VENETUS, ORDI.MS CAMALDILE.NSIS. COSMOGUAPHLS INCOMPARABILIS.

Ce couvent eut pour abbé un moine illustre par son vaste savoir dans les sciences théologiques et mathématiques, l'illustre pontife Grégoire XYI.

Le vaste jardin du couvent et les portiques qui l'entourent ont été depuis destinés à recevoir les monuments funéraires des riches de Venise, dont le cimetière général est dans l'ile san Cristoforo. Ce ne sont point ici de fastueux mausolées, mais de simples pierres que surmonte une croix. Ici tout est recueillement et profond silence; partout l'image de Dieu, partout des religieux, des prêtres, des prières; rien n'y est mondain et tout nous y rappelle notre fin et nos devoirs.

Pendant notre visite, des familles entières débarquaient tour à tour pour verser une larme et adresser des prières au Dieu de miséricorde pour le soulagement des âmes chères à leurs cœurs! O culte des tombeaux que tu es admirable! Mais vous aussi, religior) sainte, que vous êtes consolante et merveilleusement apjjropriec au cœur de Ihomme, vous qui fites une veitu de lespérance !

L église est riche et élégante. Le dernier rayon de l'école vénitienne Grégoire Lazzarini y a peint un grand tableau ladoration du veau d'or remarquable tant pour la composition que pour I expression et le coloris. Cette toile est d'autant plus estimable (ju à I époque où Lazzarini la peignit, il s'était dcjà (•carte du stylo naturel pour se jeter dans un genre manir-n-

ILF. I)i: MIRANU 393

Une simple pierre, entre les dalles de ce beau temple, indique la place où reposent les cendres deMorelli, savant bibliothécaire de saint Marc. L'épitaphe composé par son ami et son digne successeur, M. l'abbé Bcttio, rappelle les travaux, les services, la renommée de ce grand biographe.

L'inscription sépulcrale du moine Eusèbe, composée par Aldo Manutio, est enchâssée dans une table de marbre ornée de jolies sculptures. On y lit -.

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