‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 132 sur 134 · S. S. PIE IX · texte numérisé non relu

S. S. PIE IX

Le 13 mai 1792, la comtesse Mastaï mit au monde un fils qui reçut au baptême les prénoms de Jean Marie. Dès sa jeunesse il montra de l'aptitude, de la sagacité, un esprit judicieux et une tendre dévotion à la sainte Vierge. Il fit ses études au collège de Volterra, qui, pendant les guerres d'Italie, était sous la domination française. En 181 1 , le jeune comte, âgé de dix-neuf ans, servit avec distinction dans la garde d'honneur, que l'empereur Napoléon avait formée et qui se recrutait dans tous les départements de l'empire. Après la chute de Bonaparte, il entra dans un régiment autrichien, le gouvernement pontifical n'ayant pu encore réorganiser une armée. Il retourna en 1815 au sein de sa famille, oij il tomba malade. Les médecins déclarèrent la maladie mortelle ; mais le malade ne désespéra pas de sa vie. Avec une foi vive, il eut recours par la prière à fintercession de la divine Mère du Sauveur, sous la protection de laquelle, la comtesse Mastaï l'avait placé. Il échappa à rinten.sité du mal et sa santé se rétablit parfaitement. Cette guérison inespérée laissa une impression durable dans lesprit du comte Jean Marie et acheva de déterminer sa vocation à l'état ecclésiastique. Il se rendit à Rome pour y suivre les cours de théologie.

Quelques années après, le comte Mastaï fut nommé aumônier et directeur d'un hospice pauvre appelé Tata Giovanni : le jeune abbé y sacrifiait annuellement la plus grande partie de son revenu.

En 182:^ le souvorain pontife pnvnya monseigneur Muzi comme

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vicaire apostolique au Chili, dans l'Amérique méridionale et lui adjoignit en qualité d auditeur l'abbé Mastaï. Celui-ci, étant revenu à Rome, en 1825, fut admis dans la prélature. Après y être monté successivement à différents grades il fut nommé président du célèbre hospice de saint Michel à Ripa grande. Dans ceiie charge importante, monseigneur Mastaï déploya toutes les qualités que les pauvres malades de l'hospice Tata Giovanni avaient déjà admirées en lui, l'activité, l'esprit d'ordre, le désintéressement et la bonté du cœur. La maison saint Michel n'avait pas encore été administrée avec autant de sagesse, d'économie et les malades n'avaient pas encore été traités avec autant de soins et de bienveillance.

Dans un consistoire en 1827, Léon XIL le nomma à l'archevêché de Spolète, qu'il administra pendant cinq ans. On y conserve encore le souvenir de son administration aussi capable qu'éclairée. Vers la fin de 1 832, le Pape Grégoire XYI le transféra de ce siège à celui d'Imola. Le nouvel archevêque continua la vie pastorale qu'il avait menée dans le diocèse de Spolète. Il décorait, à ses frais, d'une manière splendide, la chapelle de Notre Dame des Douleurs, dans l'église des Servites, restaurait le tombeau de saint Cassien, ou^ rait aux jeunes clercs sans fortune un asile gratuit dans le séminaire diocésain, accueillait les orphelins des deux sexes, procurait l'instruction aux enfants des classes pauvres, fondait une maison de refuge pour les filles repenties et un asile pour celles dont la vertu pouvait courir des dangers dans le monde. Le pieux prélat mit les sœurs de saint Vincent de Paul et celles du bon Pasteur à la tète de Ihospice et des établissements de charité.

Grégoire XVI lui conféra le chapeau de cardinal dans le consistoire du 14 décembre 1840. A la mort de ce Pape, il fut proclamé souverain pontife le 16 juin 1846, prit le nom de Pie IX et reçut les acclamations universelles du monde catholique.

Dès son avènement au trône pontifical toute la vie politique de ce souverain magnanime peut se résumer en deux mots : amnistie et réforme, c'est-à-dire, clémence et oubli du passé, concessions et

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bienfaits pour l'avenir. Nous voulons reproduire ici les termes mêmes dans lesquels son cœur paternel annonça, au milieu de l'enthousiasme et de letonnement du monde, ses intentions généreuses et les sages réformes dont il prenait la libre initiative, malgré les pressentiments douloureux et les craintes trop légitimes qui déjà assiégeaient son àme.

Voici, en partie, le texte de ce document, publié le 14 juillet 1846, où respire toute la noblesse et la mansuétude de son grand cœur :

u Dans ces jours où notre cœur était si profondément ému de voir la joie publique s'associer à notre pontificat, Nous ne jiouvions Nous défendre d'un sentiment de douleur, en pensant ([u'un certain nombre de familles ne pouvaient participer à la joie commune^ parce que, privées des consolations domestiques, elles portaient la peine de quelques offenses faites par l'un de leurs fils à la société et aux droits sacrés du prince légitime.

C'est pour cela que dès ce moment Nous résolûmes d'étendre la main et d'offrir la paix du cœur à ces enfants égarés qui voudraient Nous montrer un repentir sincère. Maintenant que notre bon peuple Nous a fait voir son affection et sa constante vénération pour le Saint Siège en notre personne. Nous sommes persuadés que nous pouvons pardonner sans danger.

Nous Nous plaisons à ('S|iérer que ceux qui useront de notre clémence sauront. en tout temps, respcîctcr et nos droits et leur propre honneur. Nous avons encore la confiance que les esprits gagnés et adoucis par notre pardon aimeront à déposer ces haines civiles qui sont toujours ou la cause ou l'effet des passions |»olitiques. et qu ainsi se formera vraiment de nouveau le lien de la paix par lc(|iicl Dieu M'Ul (pic tous les enfants d ini iik'-iiu' |)ère soient ensemble clroitciiiciit unis. ■•

Le Pontife débonnaire prévoyait cependant déjà les ingratitudes (]ui |)aieraicnt sa clémence ; mais il les prévoyait ù regret et comme malgré lui-. -Si |t(iiMlant ajuutait-il, Nous v«'ni()ns à être trnm-

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pés..j> et son cœur se hâtait de repousser ces prévisions funestes.

C'est ainsi que le cœur de Pie IX savait pardonner. Voici maintenant comment sa haute intelligence pourvoyait au honheur de ses sujets par de sages réformes. L'ouverture de la Consulte d Etal eut lieu le 15 novembre 1847. Voici les paroles que le Souverain Pontife adressa au cardinal Antonelli, en sa qualité de président de la Consulte :

« C'est en vue du bien public que, depuis le premier moment de mon élévation au trône pontifical j'ai fait, d'après les conseils inspirés de Dieu, tout ce que j'ai pu, et je suis encore prêt, avec l'assistance de Dieu, à faire tout pour l'avenir, sans cependant rien retrancher de la souveraineté du pontificat, et de même que je l'ai reçue pleine et entière de mes prédécesseurs, de même je dois transmettre ce dépôt sacré à mes successeurs. J'ai pour témoin toute l'Europe de ce que j'ai fait jusqu'ici pour me rapprocher de mes sujets, pour les unir à moi, pour connaître de près leurs besoins et y pourvoir... »

La postérité lira, un jour, avec l'admiration attendrie que nous sentons nous-mêmes, ces paroles du noble Pontife. Il ne manquait à sa générosité qu'une seule gloire ; le peuple romain la lui a décernée par son ingratitude ; et c'est bien à Pie IX qu'on peut appliquer cette belle pensée de La Bruyère^ que les événements rappellent involontairement à notre souvenir : <■ Celui-là est bon, celui-là est grand qui fait du bien aux hommes ; mais s'il soulTre pour le bien qu'il a fait, il est très-bon, il est très-grand. S'il souffre de ceux-là même à qui il a fait ce bien, il a une si grande bonté qu'elle ne peut être augmentée que dans le cas où ses souffrances viendraient à s'accroître; ct^ s'il en meurt, sa vertu ne saurait aller plus loin : elle est héroïque, elle est divine. i> (*)

Après avoir tout fait {)Our le bonheur spirituel et temporel de son peuple, une faction impic^ qui avait reçu le plus de bien-

(*) Caraclères do La Bruyère. — L'ami de la ri'Iiu;ioii, N. 170 i.

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faits de ce magnanime pontife, osa attenter à la majesté du Siège de Home, à rinviolabilité de la personne très sacrée de son auguste Chef et au libre et légitime exercice de ses droits. Après l'assassinat de son ministre le comte Rossi, le Saint Père fut assiégé dans son palais du Quirinal. Le pieux et savant prélat Palma tomba à ses côtés frappé d'une balle tirée par les assaillants. Le Pontife eut la double douleurde voir son amour méconnu et ses Etats livrés à toute l'efîervescence des passions populaires.

La résistance était impossible; le dévouement des Suisses eût été inutile; Pie IX ne voulut pas l'accepter.

Le saint Père, abandonné lâchement par les uns et attaqué avec violence par les autres, n'avait plus aucun secours à attendre; et, comme toute la nation italienne devait s'associer à ce délaissement des Romains, il n y avait pas un seul des ambassadeurs italiens présents à Rome autour de sa personne, tandis que tous ceux des autres puissances étaient là à leur poste, «t Vous le voyez, mes- .•^ieurs, dit-il, aux membres du corps diplomatique étranger qui l'entouraient, tout le monde m'a abandonné : si vous n'étiez pas autour de moi, je serais seul avec la poignée de braves qui nie protègent. » Ce furent là ses seules plaintes.

Le 24 novembre 1848, le Pape était forcé de se soustraire à ses oppresseurs, de quitter Rome accompagné de M. De Spaur, ambassadeur de Bavière et de chercher un asile dans le royaume de Naples. Il arriva le 26 du courant dans la petite ville de Gaéte.

Cette triste et douloureuse nouvelle plongea toute lEglise dans le deuil et dans les larmes. La jilujiart des numibres du Sacré-Collége, après les menaces de mort dirigées contre eux et sur l'ordre exprès du Saint-Père, s'éloignèrent de Rome. Le cardinal Larabruschini n échappa que par miracle ; son palais fut fouillé en tous sens et .son lit percé de poignards. Alors la ville éternelle fut livrée par les démagogues à une anarrhie complète.

T(;lle fut la iécoin[)('nse des bienfaits immenses que le généreux Pentife avait accordés à son peuple !

LETTRE DE HENRI Mil A LÉON X. 531

La proscription a succédé aux ovations, les cris de mort ont remplacé les chants de triomphe et les canons qui avaient salué l'amnistie ont été tournés contre la maison du pardon ! . . . . Des insensés jurent de détruire fotte souveraineté temporelle de la Papauté, qui est la garantie de I indépendance des consciences catholiques, du monde entier; mais leur mauvais dessein périra !...

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