GENIO. MLNICIPI. ANNO. POST
INTERAMNAM . CONDITAM .
DCCIV.
AD. CNEJUM. DOMITIANLM.
AHENOBARDL .M .
COSS. PROMDENTl.E. T. C.ESARIS. AlGl'STI.
NATI. AD. /ETERMTATEM. ROMAM. NOMIMS.
SL'BLATO. IIOSTE. PERNICIOSISSIMO. P.R. FAUSTl^S. TITUS. UBERALIS. M. Vn\. HERI.M. P. S. F. C (*)
(*) Pccuilia sua licii curavil.
TERNF. 69
Cette pierre, comme on le voit par l'inscription, fut placée pour perpétuer la mémoire de la chute de Séjan. Après le nom d'Ahenobardus, il y a un petit sillon dans le marbre, presque imperceptible, qui laisse à peine distinguer le mot Coss, qui est au bout ; mais qui suffit à prouver qu'il y avait là autrefois le nom d'un consul, et qu'il y a été adroitement effacé ; il y a des savants qui pensent que Lucius Aruncius Camillus Scribonianus, consul sous le régne de Tibère, ayant été mis à mort, comme coupable d'avoir tramé une conspiration contre l'empereur Claude, on ordonna que son nom et son consulat seraient effacés de tous les registres et de toutes les inscriptions publiques. Il se pourrait fort bien que ce soit ce nom qui s'est trouvé sur cette épigraphe.
Terni est la patrie de l'historien d'Agricola ; les empereurs Tacite et Florien y ont aussi reçu le jour. Près de cette ville on leur avait élevé un mausolée qui, après avoir été endommagé par la foudre, est tombé complètement en ruines.
C'est dans les environs de Terni qu'en 1798 les Français remportèrent sur le général Mack une victoire éclatante qui leur valut la reprise de Rome et l'occupation de Naples.
Cette ville rappelle d'autres souvenirs aux chrétiens : cest ici que la jeune vierge Agapia, les saints évêques Proculus et Valentinus avec leurs disciples Ephebus et Apollonius, cueillirent la palme glorieuse du martyre et délivrèrent pour jamais leurs concitoyens du joug infamant de l'idolâtrie. (*)
On trouve dans cette ville, que sa position rend une des plus agréables de la belle Italie, une assez grande quantité d'édifices élégants, des ruines et des monuments. Sur l'horloge à la grand place on lit ce vers qui renferme une belle leçon de morale.
Hora, dies et vita fugit, manet unica virtus.
(*) Les Iroi.s Rome, lome ô, pag. 191.
« L'heure, le jour et la vie s'enfuient, la vertu seule reste. »
La cathédrale a une tour fort belle et très élevée. Dans le jardin de l'évéché on aperçoit encore les restes d'un ancien amphithéâtre avec ses souterrains, et dans l'église de San Salvatore des vestiges d'un temple du soleil ; la villa de la famille Spada renferme quelques débris de bains anciens. A San Siro, dans une cave du couvent des R. P. Jésuites, existent aussi des ruines que l'on croit être celles d'un temple dédié à Hercule.
Près d'une des portes s élève une fontaine embellie par des sculptures travaillées avec art ; dans le fond se voit un paysage savamment exécuté ; sur le devant des animaux jettent de l'eau dans un bassin tandis que d'autres semblent s'y abreuver.
Sur le pont on a mis une inscription du temps d'Urbain VIII dans laquelle il est dit que ce pont fut bâti par le grand Pompée.
Terni est aujourd'hui le point de départ de l'intéressante excursion pour la cascade qui porte son nom ; des mulets nous servirent de monture pendant la traversée dont les trois quarts se font sur une route fort étroite, mais bien entretenue, qui va en serpentant au milieu de vergers ombragés par des vignes, formant avec les ormeaux et les peupliers de magnifiques guirlandes chargées do grosses grappes do raisin, qui sont la principale richesse de ces contrées.
Au village de Papigno. on aperçoit à droite un torrent qui est côtoyé par un sentier bordé d'orangers et de chênes. Là nous vîmes des masses énormes de rochers qui portaient jusqu'aux nues leurs cimes de forme bizarre ; la végétation y est contrariée dans son développement, mais extraordinaire dans ses elîcts.
D'une pointe du rocher qui donne en face de la cascade, appelée délie marmore, à cause des terres calcaires que le fleuve charrie et qu'il dépose, non-seulement sur les rochers, mais aussi dans le lit de la Néra, on voit le Velino se précipiter d'une hauteur perpendiculaire de deux cent soixante dix pieds. Celte rivière prend sa source dan.'^ l(^s Apennins à (iii;ir;int('-(iiii| milles de Tci ni et se décharge
CASCADE DE TERNI. Ti
dans le lago délie marmore, après avoir reçu les eaux de plusieurs rivières.
II est assez probable qu'autrefois, à partir de ce point, elle dirigeait son cours dans une vallée à gauche ; mais comme Terni, à cause de sa position, était continuellement menacée de voir ses terres ravagées par des inondations, on aura détourné les eaux do la rivière ; c'est ce que Tacite semble insinuer. Il raconte que les Réatins s'adressèrent à l'empereur Tibère, pour le prier de ne pas entraver le cours du Velino, parceque, disaient-ils, le fleuve serait forcé de se frayer un autre passage et porterait le ravage dans les campagnes voisines. Or les habitants de Rieti se trou%'ent sur une hauteur ; si donc le Velino avait eu la même chute que celle qui le fait tomber dans la Néra, coulant dans une vallée, on no voit pas comment la suppression de cette chute aurait pu leur être nuisible.
Ce fut le consul Marcus Curius Dentatus qui, faisant la guerre dans ce pays, à le premier percé une montagne pour laisser ainsi s'écouler les eaux de la rivière. Cette perforation fut effectuée l'an 463 de la fondation de Rome.
Le lit du Velino est très élevé en comparaison de la situation de la ville de Terni, mais il est entouré lui-même de hautes montagnes.
C'est un spectacle bien imposant que cette chute du Velino ! A sa base s'ouvre un gouffre immense où viennent tomber en mugissant, après avoir roulé de rocher en rocher, les ondes écumantes dont la masse se succède incessamment. C'est à la vue de ces sublimes horreurs que l'homme remonte à son Créateur. Il nous sembla que d'une main ce grand Dieu précipitait ces eaux en fureur, tandis que de l'autre il les enchaînait au bas de la montagne dans leur lit invariable, en leur étant le pouvoir de nuire aux campagnes ; il nous sembla le voir, au commencement des temps, lorsqu'il donnait à l'eau son existence, créer une matière qui par des miracles continuels devait rappeler à l'homme le souvenir de son Créateur. Qu'il est puissant cet être incompréhensible! La foudre
brille-t-elle à nos yeux, ce sont des traits de sa colère ; si le tonnera gronde sur nos têtes, c'est sa voix que l'on entend ; les cieux lui servent de marche-pied ; il se joue des montagnes arrachées de leurs fondements ; a-t-il dessein de faire rentrer sa création dans le néant, il le veut et déjà elle n'est plus ! Convaincus de notre petitesse, nous crûmes que nous allions cesser d'exister ; mais le Dieu de ces merveilles est aussi le Dieu de l'homme, et l'homme est sa plus grande merveille.
Cependant, par un sentier contourné, roide et taillé dans le roc, nous étions parvenus à la partie supérieure de la cascade. De ce point l'aspect est imposant, mais moins beau. Sous vos pieds se creuse un abime dont l'épouvante qu'il inspire s'accroît par la fougue du fleuve et le bruit étourdissant de l'eau qui tombe ; mais bientôt l'efîroi fait place à des sensations plus douces et plus agréables; à travers des arcs-en-ciel répétés par tous les accidents que produisent les eaux dans leur chute, on aperçoit un bassin dans lequel on voit se réfléchir des villages, des champs bien cultivés et des bois groupés sur la pente des montagnes.
L'eau, en roulant dans l'abîme, rejaillit, s'élève, se répand au loin et retombe en rosée ou pluie très fine ; quand il gèle une partie de l'eau reste suspendue en stalactites ; au lever du soleil elles forment comme autant de gouttes diamantées qui éblouissent les yeux par l'éclat mille fois répété de toutes les couleurs de l'Iris.
Tout ce qui tombe dans la rivière est aussitôt entraîné au fond du gouffre, pour ne plus reparaître. Malheur au gondolier imprudent qui ose confier sa barque fragile à ces ondes perfides, il ne tardera pas à se repentir de sa témérité.
Tout le haut de la montagne est couvert de bois taillis que la pluie continuelle n'empêche pas de croître. Les plantes y sont fraîches et vigoureuses; mais ce qu'il y a de particulier, c'est que toutes les racines des arbres et môme celles de quelques plantes, dès quelles sont à une certaine profondeur en terre, sont pétrifiées , elles oe changent point de forme, seulement elles prennent la cou-
CASCADE DK TEUM / •>
lour grise du sablu fin qui les environne sans s'y attacher. Cet accident ne parait causer aucun dommage à l'arbre dès que le suc pétrifiant a pénétré la racine, ce qui ne se fait qu'à environ un demi pied de profondeur; la partie de racine, qui conser\e sa force ordinaire de végétation, se divise en deux branches s'étendant hoiizontalement et continuant à nourrir l'arbre. Il paraît que c'est l'eau du Velino, qui a cette propriété particulière ; Pline en parle en ces termes :
« In Ciconum flumine et in Piceno lacu Velino lignum dejectum lapideo cortice obducitur. » (*)
Au septième livre de l'Enéide Virgile fait sortir Alecton dun antre situé au centre de l'Italie ; cet antre ne peut être autre qu'une excavation dans le rocher du Velino. \o\c\ les vers mêmes du poète latin :
At sœva e speculis tempus dea nacta nocendi, Ardua tecta petit stabuli et de culmine summo Pastorale canit signum cornuque recurvo, Tartaream intendit vocem -. qua protinus omne Contremuit nemus, et sylvœ intonuére profunda*. Audiit et Trivise longe lacus, audiit amnis Sulfurée Nar albus aquà fontesque Velini. (**)
« La cruelle déesse, d'un lieu élevé, attendait ce moment pour nuire. Aussitôt elle vole vers le toit de la métairie, et, du faite de l'étable, donne le signal connu des bergers -. sa bouche infernale enfle le cor d'un son formidable qui fait trembler les bois et retentit au loin dans les forets profondes. Le bruit en fut entendu jusqu'au lac de Diane, jusqu'aux eaux blanches et sulfureuses du Nar, jusqu'aux sources du Velino. »
(*) Plinius, llisl. nalur. lil). il, cap. CIIL (**) m\. lib. VIL
74 SOLVEMRS b ITALIE.
La cascade de Terni a été peinte sous tous les aspects, décrite dans tous les termes, rien cependant, à notre avis, ne saurait en donner une idée même approximative. Elle est dans son genre, comme Saint-Pierre à Rome, comme le golfe de Naples, comme le Vésuve, im des plus admirables épisodes d'un voyage en Italie. La chute du Velino est peut-être le spectacle qui a produit le plus d'impression sur notre imagination ; on ne peut s'en faire une idée sans l'avoir vue de près.
Des voyageurs qui ont parcouru les quatre parties du monde, après avoir vu la chute du Rhin, celle de Gavarny, la Niagara, franchi les Alpes, gravi les Pyrénées, admiré les beautés grandioses du Thibet, préfèrent la cascade de Terni à toutes les jouissances qu'ils achetèrent au prix de tant de dépenses, de fatigues et de périls.
En descendant de la montagne nous fûmes surpris par une pluie battante -, le sentier était très glissant sous nos pas et entravait beaucoup notre marche ; nous étions accablés de fatigue.
A deux milles environ de la cascade se trouve le petit lac de piè di luco avec ses eaux paisibles et ses belles fleurs de nénufar dont les feuilles nagent à la surface, production aquatique qui, à chaque nouveau printemps, fait sortir de l'onde son calice merveilleux. Ces flots presque dormants ne sont guère agités que par le souffle du vent et le mouvement des rames que de jeunes et robustes batelières font tomber en cadence dans le lac, lorsque le matin elles portent à manger à leurs maris qui travaillent sur la rive opposée. Environné de tout côté de hautes montagnes, lepj'é di luco semble former une belle \ allée pleine d'eau.
Avant de quitter Terni, les garçons de notre hôtel, rangés en deux haies, se présentaient, l'un après l'autre, pour énumerer leurs services, réclamer la buona mano et recevoir d'un air de mauvaise humeur et sans remercier la pièce d'argent, que nous leur donnAmes.
Partout à Tentiée des villes, le soldat qui demande les passeports pour les viser, réclame une gratification en les remettant. Le