SPOLETTE
Hiiic albi, Clitumne, ffreges, et maxima taurus Viutima sxpe luo perlusi tlumine sacro, Romanos ad templa deùm duxere trluniplios. V rg. Georg. lib. II.
Nous arrivâmes bientôt à Spolette, (*) ville très ancienne, (**) bâtie sur un terrain inégal. Elle est arrosée par le Tessino ; ses rues sont généralement étroites. C'est la patrie de P. Cornutus, célèbre orateur dont parle Cicéron dans son traité de oratore.
Un sang glorieux, le sang des martyrs féconda ce territoire pendant la persécution du cruel Dioclétien. Les prêtres Concorde, Carpophore,les évéques Félix et Sabin, les diacres Abunde, Exupérance et Marcellin, Venustien, gouverneur de Toscane, sa femme et ses enfants, Grégoire et plusieurs autres simples fidèles, après
(*) Monseigneur lHasfa'i Ferrctli, aujourd'hui Pie IX, fut arclievoque de cette ville de 1827 à 1832. I.ors des (roubles qui éclatèreiil en Italie après la révolution française de 1830, le diocèse et la ville de Spolette restèrent très calmes.
(**) Pline compte ses habitants parmi les Ombriens, et les appelle : (/eus anîiquissima I/aliw. Annius assure qu'elle fut la capitale des Filuntbres.
avoir livré leurs corps à la fureur des bourreaux, s'envolèrent au ciel avec la palme et la couronne du martyre.
L'an 175, toute la ville était en mouvement ; on conduisait un martyr au prétoire, d'où il devait passer au supplice. Le juge l'attend assis sur son tribunal, entouré parles licteurs. L'accusé s'appelle Pontius ; le juge, Fabien. L'interrogatoire est court et brutal : Es-tu chrétien ? — Oui. — Sacrifie ? — Non. — Qu'on le frappe de verges ; et le corps du martyr n'est plus qu'une plaie. — Cesserastu d'attaquer les dieux de l'empire? — Non. — Qu'on le fasse marcher nu-pieds sur des charbons ardents ; et le saint y marche sans souffrir, comme sur un vert gazon. — Respecte la religion des ancêtres. — C'est une fable honteuse. — Qu'on l'étende sur le chevalet ; et le martyr est étendu avec des cordes passées dans des poulies et serrées par un double tour. — Sacrifie. — Je ne sacrifierai pas ; — et on lui déchire les côtes avec des ongles de fer, et il ne meurt pas ; et le juge vaincu cache sa honte en envoyant le héros au fond d'un cachot obscur, où les anges, éclatants de lumièie, viennent le consoler.
Le jour a reparu ; Fabien veut que le soleil, témoin de sa défaite d'hier, éclaire son triomphe d'aujourd'hui. Plus menaçant que la veille, il monte sur son tribunal ; le peuple est plus nombreux, plus avide du drame sanglant. Voici la victime. — Sacrifie. — Non. — Qu'on l'expose aux lions ; et de longs rugissements se font entendre, par lesquels les rois des animaux saluent le vainqueur des démons et des Césars. Le juge ressaisit la victime et l'inonde de plomb fondu. Vains supplices! Alors le glaive du confecteur consomme l'holocauste. Le martyr est mort, mais il a vaincu. Jupiter, tes temples sont ébianlés : juge, ta i)uissance est tombée dans le mépris; licteurs, ^os faisceaux sont baissés; confecteurs, votre hache et votre glaive sont émoussés; encore quelques coups, et ils seront hors de service; ils échapperont de vos mains, et les fils et les filles (les victimes les recueillciont précieusement. Longtemps après que nous ne serez plus, ils les nKinlirront aux \()yageurs
POUTK d'ANNIBAI.. H\
comme un double monument de votre impuissante cruauté et du courage victorieux de leurs nobles ancêtres. (*)
Spolette fut d'un grand secours aux Romains durant les guerres puniques. Annibal, après avoir défait le consul Cneius Fiaminius auprès du lac Trasimène, l'an 219 avant Jésus-Christ, vint former le siège de cette ville; les habitants firent une si belle défense, qu'il fut forcé de se retirer. Ce fut, sans doute, cette résistance héroïque, qui lui fit abandonner son projet de marcher sur Rome. La valeur d'une simple alliée de son formidable ennemi fit que le général carthaginois n'osa attaquer les Romains qui s'étaient retranchés derrière les remparts de leur capitale. Une inscription sur une des portes de Spolette rappelle le souvenir de cette action mémorable.
HANNIBAL CiESIS AD TRASIMENLM ROMANIS, URBEM ROM.\M INFENSO .\GMliNE PETENS, SPOLETO MAGNA SUORIM CLADE REPULSUS, INSIGNl FLGA PORT^ NOMEN FECIT.
.c Annibal, conduisant à Rome son armée qui venait de remporter la victoire de Trasimène, fat repoussé des murs de Spolette avec une perte d'hommes considérable, et sa fuite, si glorieuse pour la ville, fit donner à cette porte le nom de porte de la fuite. »
Ce fut à l'occasion de cet échec que cette porte prit le nom du guerrier africain ; Porta di fuga ou Porta d'Àmiibale, qu'elle a conservé encore aujourd'hui.
Une autre inscription fait mention de ce siège; elle dit, en d'autres termes, la même chose que la précédente.
(*) Les trois Eomc, lom. III, pag, l9o. Baron, ad an. 17b, n, VU, in annol. ad martyr. 19 jan. — C'est à laniphithéàlre que le peuple, ivre du sang des gladiateurs, demanda des chrétiens pour victimes : ses vœux furent des ordres : ce fut le commencement de la persécution à Spolette. Voyez Bosio, Rom. Subter, tomo 1, pag. 125.
HANNIBAL, DEVICTIS ROMAMS AD TRASIMENIM LACUM, OBSESSO INCASSIM SPOLETO, PORTA HAC ARIETE PERCULSA, A CIVIBUS REPULSL'S ET LACESSITUS, HIC PRIMUM VICTUS, HOSTIBL'S VISUS EST FLGERE.
Ce fut dans cette ville qu'Auguste fut proclamé maître de l'empire et que ceignant le diadème, il mit fin à la république. Plus tard les Lombards s'en emparèrent pour en faire la capitale d'une province qu'ils érigèrent en duché. Leurs rois y firent longtemps leur résidence.
Luitprand, roi d'Italie, y assiégea en 740 le souverain pontife Grégoire III, parcequ'il n'avait pas voulu livrer le duc Trasamond, qui s'était mis en rébellion contre ce puissant monarque, et quatre siècles plus tard, en 1 i 55, Spolette fut détruite par l'empereur Frédéric Barberousse, parceque les habitants, ne voulant pas recevoir ses troupes dans leurs murs, avaient même insulté les ambassadeurs de ce farouche Germain.
Spolette vit aussi le spectacle magnifique d'un concile, où un grand nombre d'évéqucs et de seigneurs, répondant à l'appel de Grégoire IX, vinrent délibérer sur la grave question de savoir : s'il fallait porter la guerre dans la Terre-Sainte pour reconquérir le royaume de Jérusalem.
Cette ville conserve encore plusieurs restes de son antique magnificence. On y voit un pont-aqueduc. Ponte délie Torre, bâti par les Romains et qui joint deux montagnes. Sa longueur est de six cents pieds sur trois cents d'élévation. Cet aqueduc, qui part de Monte Luco, n'a pas moins de six milles de longueur ; sa construction gothique prouve qu'il ne remonte pas au-delà du temps des Goths. Les eaux qu'il amène passent sur le Ponte Sangidnario, ainsi nommé à cause du grand nombre de martyrs qui en ont été précipités. On distingue aussi les ruines d'un ancien théâtre, celles d'un temple de la Co/ico/y/c à l'église du Crucifix, celles du temple de Mars à I église de saint Julien, et de celui de Jupiter au couvent de saint André. Les trois portes encore debout paraissent avoir été fort belles, ainsi que le palais construit piu- Théodoric, roi des
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Visigoths, que Narsès rétablit après que les Goths eux-mêmes l'eurent renversé.
La métropole, dédiée à saint Philippe de Néri, monument en style byzantin, (*) presque tout en marbre, remonte aux premiers temps de la renaissance. La chaire de vérité est surmontée d'un ciel dont la sculpture semble être le travail d'un ciseau distingué. Le maître-autel, d'un marbre rare, est soutenu par de belles colonnes. L'antiquité du pavé est remarquable ; le marbre dont il se compose est tellement marqueté que l'on y voit diverses figures, divers ronds et autres choses curieuses qui rentrent tout-à-fait dans le goût des Goths. La coupole est l'ouvrage de Filippo Lippi. Le duc Laurent de Médicis, qui savait apprécier les talents et les encourager noblement, fit ériger un tombeau à l'artiste infortuné de Florence. Ce génie avait succombé aux cruelles douleurs d'un poison que lui versèrent ses ennemis. Politien a fait son épitaphe, qui est très belle ; on l'a gravée sur le mausolée. La voici telle que nous l'avons transcrite sur les lieux :
CONDITUS HIC EGO SUM PlCTLR.ï FAMA PHILIPPLS,
NL'LLI IGNOTA ME.'E EST GRATIA MIRA M ANUS. .\RTIFICES POTII DIGITIS AMMARE COLORES ;