‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 20 sur 134 · SOMMA · texte numérisé non relu

SOMMA

Samedi, 9 mai.

O fortuiiatum nimiiim, cui Jticerc vitam, Di'liciis orbis spretis, opilmsque reliulis, llliiiunic|iie siti, vani el certamiiielionoris Hisce (latum liais, atquc otia carpc-ru dia. P. Giustolo.

L'aurore ne commençait pas encore à paraître et déjà nous avions dit adieu à l'inhospitalière Somma.

Les environs de ce pauvre hameau offraient cependant des beautés grandioses, mais d'un aspect sauvage. Pas une habitation, à peine remarque-t-OR quelques arbres à de longs intervalles sur le bord du chemin, des ruines éparses ça et là, des pâtres appuyés sur leurs fusils, gardant nonchalamment leurs buffles et tournant de temps en temps la tête pour voir passer les voyageurs. Toutefois cette solitude nous plut beaucoup.

Le monastère de saint Julien avec sa tour neuf fois séculaire se Aoit de loin comme perché sur le monte Luco, dont le sommet est couronné do vieux chênes, que les anciennes lois municipales défendent d'abattie. Le berger même ne peut pas mener paître son troupeau sur l'herbe qui se déroule en tapis près de leurs troncs.

Non loin du couvent saint Antoine on voit un de ces nestors des forêts qui a plus de cent douze pieds de hauteur, sur un diamètre de près de dix neuf pieds. Sur cette montagne on voit plusieurs ermitages. Dans les premieis siècles de l'Eglise, on rencontrait on ces lieux une foule de pieux solitaires qui se sanctifiaient dans

les exercices de la pénitence et dans la contemplation des choses célestes. Cette montagne conserva longtemps quelque chose de sa première destination et, avant l'époque fatale de 1793, il y avait encore douze habitations principales, occupées par autant de particuliers laïcs qui y vivaient dans le célibat, n'ayant d'autre compagnie qu'un certain nombre de domestiques. Quand par suite de la mort de l'un de ces célibataires une de ces maisons devenait vacante, un autre ne pouvait s'y établir sans le consentement des onze survivants. Ils choisissaient parmi eux un supérieur auquel ils donnaient le nom de prévôt: ils avaient une église qu'ils entretenaient, ainsi qu'une infirmerie commune, oli ils pouvaient s'établir, quand ils étaient malades. On appelait ces solitaires les ermites de Spolette et ordinairement c'étaient des gentilshommes, qui s'y retiraient avec assez de revenu pour pouvoir y vivre à l'aise. Les magistrats de la ville leur avaient accordé le droit de se fournir avant tout autre des denrées qu'on présentait au marché. Aujourd'hui les ermitages répandus sur les différentes hauteurs sont abandonnés et les jardins qui les entouraient ont disparu.

Telle était, dit Valéry, (*) la douceur de cette solitude religieuse, dont une certaine liberté et le confortable même n'étaient point bannis que des hommes appartenant aux premières classes de la société, et parmi lesquels on cite un comte Potocki, y ont fini leurs jours.

Le nom de la montagne semble insinuer que, du temps du paganisme, ce lieu était un bois sacré ; peut-être les chênes qu'on y voit en faisaient-ils partie.

Avant d'arriver à Spolette, la route décline un peu vers la gauche ; puis on arrive à un pont qui a deux arches d'une longueur et d'une élévation considérables. Cette construction hardie sert à franchir une vallée et conduit à une montagne, qui, vue de loin, produit un effet charmant.

(*) V«lcry, voyages en Italie, liv. Wlll.

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