IMPROVISATEUR
L'église de saint Grégoire renferme un trésor bien précieux : celui des reliques de dix mille martyrs, qui moururent, au milieu des supplices atroces, pour cimenter le christianisme.
Dans la ville il y a de beaux palais dont plusieurs ont beaucoup souffert d'un tremblement de terre arrivé en 1765. Ils appartiennent aux familles Coligola, Anciani, Leti, Mauri, Piancini, Spada et aux ducs Benedetti et Firentillo. Dans celui des seigneurs Spada on conserve un tableau de Raphaël qui, comme tout ce qui est sorti du pinceau de ce génie sublime, transporte l'âme d'admiration.
Sur la place de la Potia miova, notre cicérone nous fit remarquer une belle il/arfone de Crivelli, parfaitement conservée; elle date du commencement du quinzième siècle ; c'est un superbe monument de ces belles peintures qu'on rencontre si fréquemment dans les rues des villes italiennes et qui touchent tant le cœur du voyageur.
Vers le milieu du dix-septième siècle vivait à Spolette Vincenzo Leonio, (*) un des meilleurs poètes qui aient illustré la langue italienne.
Le territoire de Spolette est très fertile et produit un bon vin ; mais les habitants ne savent pas en tirer un grand profit. La fabrication des chapeaux est la seul branche d'industrie qui y soit un peu considérable.
En quittant la ville, un spectacle un peu grotesque arrêta nos regards. Devant l'église de san Gregorio, un homme avait réuni autour de lui une foule d'enfants, de femmes et de vieillards ; nous fîmes arrêter notre voiture ; la multitude gardait le plus profond silence ; tous avaient les yeux fixés sur le personnage qui était là, avec un sangfroid admirable. Lorsqu'un orateur de la vieille Rome montait à la tribune aux harangues, le peuple accourait de tous les points de la ville pour l'entendre. Alors se débattaient
(*) Oïl .1 (le lui: Vanzone in occasioue deW assedio e liberazioue di yienna, in lireuze 1684, et d'autres poésies.
86 SOUVENIRS DITALIE.
les grandes questions qui pouvaient intéresser la république ; mais il semble qu'aujourd'hui on vienne ici uniquement pour tuer le temps et chasser l'ennui d'une vie oisive. Cependant l'orateur élève la voix : les histoires les plus singulières furent racontées avec un aplomb merveilleux ; nous entendîmes certaines aventures dont l'excentricité nous fit hausser les épaules ; les braves passants témoignaient cependant beaucoup d'intérêt pour ces récits fabuleux ; il y avait peut-être même parmi les auditeurs des badauds assez simples pour croire toutes ces merveilles. Toutefois il déclamait, de temps à autre, des vers avec une action si expressive, qu'on voyait se répéter dans les gestes et dans les yeux des auditeurs, tous les sentiments qui se passaient dans le cœur de l'orateur ; et cet homme, dont la voix dominait un auditoire assez nombreux^ n'était autre qu'un misérable orateur forain à peine vêtu de haillons. On donne à cette espèce de gens le nom à'improvvisatori ; certes ils ne méritent guère ce nom, car leurs contes, leurs histoires et tout ce fatras de choses idéales, se trouvent déjà fixés fort avant dans leur mémoire avant qu'ils essaient d'en égayer leur monde.
Nous continuâmes notre chemin et nous étions déjà bien éloignés, lorsque tout-à-coup nous entendîmes partir de cet endroit un tonnerre d'applaudissements redoublés. L'enthousiasme était sans doute à son comble. Nulle part on trouve le goût pour ces sortes d'amusements aussi prononcé qu'à Naples et ses environs.
Cependant notre voiture roulait avec rapidité sur une des plus belles routes de l'Italie ; un temps magnifique favorisait notre voyage, et nous étions pour ainsi dire transportés tout-à-coup dans un agréable jardin. La vallée dans laquelle on s'enfonce offre, pendant l'espace de plus d'une lieue, un sol des plus fertiles, une riche culture,des moissons abondantes de vignes et des arbres vigoureux m grande quantité.
On y trouve au.s.si une espèce de bois fossile, rempli de pores, qui croit dans un terrain pierreux. Kcyzlcr dit que, dans certains